Le Cinematographe
Le Cinématographe
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CONTRECHAMP

Cinéma(s) de libération en Amérique latine -Retour sur les tumultueuses années 1960

Carte blanche à Olivier Hadouchi


CONTRECHAMP • 2012/2013

Un programme présenté par Olivier Hadouchi, historien du Cinéma, en collaboration avec Mathieu K. Abonnenc et l'ESBANM.
Olivier Hadouchi a rédigé l'ensemble des textes de cette page.

Dans les années 1960, un vent porteur de bouleversements révolutionnaires paraît souffler en Amérique latine, suite à la victoire de la révolution cubaine et à l’aspiration au changement partagée par de larges secteurs de la population dans de nombreux pays du sous-continent. En 1967, le célèbre « Message à la Tricontinentale » d’Ernesto Che Guevara est rendu public, traduit en plusieurs langues, et il circule très rapidement dans le monde entier, proposant de « Créer deux, trois… de nombreux Vietnam dans le monde », afin de provoquer une vaste insurrection dans le tiers-monde, de lutter contre l’impérialisme nord-américain et de provoquer un grand changement social et politique. Dans le contexte des « nouvelles vagues », des « jeunes » et des « nouveaux cinémas » qui émergent à l’échelle mondiale à cette époque, et du nouvel essor du documentaire engagé et militant, des cinéastes tels que le Brésilien Glauber Rocha, l’Uruguayen Mario Handler ou le Vénézuélien – d’origine uruguayenne - Ugo Ulive tournent des films axés sur la libération. Fictions allégoriques, films-tracts, ciné-guérilla, pamphlets aux allures de cocktail molotov ou de rafales de mitraillettes, documentaires engagés, essais documentés... Malgré les différences d’approche et de style, chacun d’entre eux tenter d’associer l’audace politique et l’invention artistique, d’associer révolution formelle et révolution politique.

Terre en transe
Terre en transe
Terre en transe (Terra em transe)
de Glauber Rocha

Brésil, 1967, 1h43, VOSTF, 2005,16 min, animation

Puissante allégorie de la situation politique des années 1960, à travers un pays imaginaire nommé "Eldorado" (censé représenter la nation latino-américaine par excellence), ce film de Glauber Rocha travaille les questions de l’art et de la politique, du chaos existentiel, jusqu’à la plus extrême tension, jusqu’à l’explosion. Œuvre de rupture, baroque et flamboyante, Terre en transe nous invite à suivre les déambulations labyrinthiques d’un poète nommé Paulo Martins, tour-à-tour confronté aux fastes du pouvoir et à l’impasse populiste, à la tension entre l’utopie et la réalité, entre la poésie et la politique, poussée jusqu’à son paroxysme. Glauber Rocha se réapproprie le "Message du Che à la Tricontinentale" tel un poète plasticien, un cinéaste-dramaturge-et chef d’orchestre visionnaire et halluciné.


Me gustan los estudiantes (J'aime les étudiants)
de Mario Handler

Uruguay, 1968, 9 min
Liber Arce, Liberarse (Liber Arce, Se Libérer)
de Mario Handler

Uruguay, 1969, 10 min

Co-fondateur de la Cinémathèque du Tiers-Monde à Montevideo (Uruguay), pôle essentiel de la diffusion des cinémas militants et engagés d’Amérique latine à la fin des 60’s, Mario Handler est un documentariste subtil, sensible aux questions sociales et politiques. Il est notamment l’auteur d’un classique du film d’agitation J’aime les étudiants (Me gustan los estudiantes), qui superpose des images d’une violente manifestation étudiante avec la visite de Johnson (le président nord-américain) en Uruguay. Liber Arce, Liberarse vise à associer la lutte pour le changement en Uruguay avec celles qui se déroulent alors dans le tiers-monde, notamment au Vietnam. Après des années d’exil à cause de dictature militaire qui sévissait dans son pays, Mario Handler est rentré en Uruguay où il a tourné plusieurs documentaires autour de l’exclusion sociale (Aparte, 2002) ou de la mémoire de la dictature (Dis à Mario qu’il ne rentre pas, Decile a Mario que no vuelva, 2006).


Basta !
de Ugo Ulive

Vénézuela, 1969, 21 min

"Basta ! est un film éminemment expérimental. Par l’intermédiaire de symboles violents (utilisant librement le concept de cruauté d’Artaud), quelques-unes des conséquences de l’organisation sociale actuelle en Amérique Latine sont exposées : l’aliénation de l’être humain, marginalisé et chosifié, et la présence constante de l’impérialisme vu comme un viol." écrivait le cinéaste Ugo Ulive à propos de son film. Ce film rare et très subversif (digne de figurer dans l’anthologie d’Amos Vogel, Le cinéma, art subversif) n’hésite pas à arpenter le territoire des tabous humains (la mort, l’aliénation mentale), a souvent provoqué des réactions de rejet et choqué plusieurs générations de spectateurs en Amérique latine.
Ugo Ulive est un cinéaste, un dramaturge et un metteur en scène de théâtre ayant séjourné à Cuba pendant plusieurs années dans les années 1960 (pour travailler dans le domaine du théâtre et du cinéma).


Olivier Hadouchi, historien du cinéma et programmateur, auteur d’une thèse sur "le cinéma et les luttes de libération autour de la Tricontinentale (1966-1975)" à l’université de Paris 3, chargé de cours à l’Université de Nanterre. Auteur de textes parus dans CinémAction, Third Text, L’Ordinaire latino-américain, et dans Vies d’exil. Algériens en France 1954-1962, ouvrage coordonné par Benjamin Stora et Linda Amiri, de cycles de programmations de films pour Le BAL et pour le Bétonsalon en 2012.

Olivier Hadouchi a rédigé l'ensemble des textes de cette page.

Séance unique

Lundi 3 décembre 2012 à 20:30