avril 2004
 
 

LA VERITABLE HISTOIRE DU CINEMA ?

L’intitulé « Véritable Histoire du Cinéma » pointe la dérision sous-jacente à toute entreprise de classification artistique. Nous n’en sommes pas dupes (sauf à considérer qu’au Cinématographe ‘‘on se la pèterait grave cinéphilie’’, ce qui n’est aucunement notre position, juste appliqués que nous sommes à défendre une idée du cinéma face à l’hégémonie du tout spectaculaire). Derrière l’humour donc, une idée et une proposition : on pourrait croire qu’il s’agit de programmer des films au deuxième degré, ironiques voire absurdes, genre série B, Z ou H… Il n’en est rien et cette programmation entend bien prendre son objet au sérieux. Qu’est-ce à dire ? Et bien que si notre projet n’a pas fondamentalement pour visée la remise en cause des modèles de base de l’histoire du cinéma, il espère tout de même offrir une approche non-conventionnelle de ce que poursuivent les problématiques liées à l’enregistrement des images et du son.

A l’origine de cette programmation il y a donc des constats, et des questions qui en découlent :

1/ rares sont les « Histoires du Cinéma » qui ambitionnent de saisir conjointement documentaire et fiction. Tout le monde s’accorde pourtant sur les origines spécieuses du cinéma qui opposeraient les frères Lumière à Mélies. La magie du cinéma de fiction inauguré par un Mélies aurait-elle d’emblée (r)emporté la mise sur la définition du cinéma ? Ou bien les problématiques de captation du réel propres aux premières images des Lumière, comme à tout documentaire, contribuent-elles aussi à cette magie, comme nous le soutenons absolument ?

2/ le genre dit « documentaire » (il faudrait plutôt dire : le documentaire dit « genre ») ne fait pas se presser la foule et, le plus souvent, il est réduit au statut de programme télévisuel, notamment sous sa forme la plus faible celle du reportage (ou « docucu »). En ce sens, les efforts produits ces deux dernières années par Le Cinématographe en termes de diffusion de documentaires ont rarement été récompensés par une attention du public à la hauteur de la qualité des films proposés. Fallait-il pour autant se résigner au verdict du bilan et abandonner tout engagement de notre programmation envers ces films ?
Nous avons évidemment pensé que non et, plutôt que regretter l’absence de spectateurs, nous avons estimé que l’enjeu restait capital et qu’imaginer cette « Véritable Histoire du Cinéma » était une fantaisie bien modeste.

Ainsi cette programmation prend plus largement appui sur la conviction qu’un lien « non consensuel », ne pouvant être réduit à une qualité de reflet, tient le monde et le cinéma. C’est la nature ou le caractère fluctuant de ce lien que nous entendons interroger. Sans rien affirmer, sans privilégier un type d’approche, la chronologie ou l’évolutionnisme, l’appartenance à tel ou tel courant, ou ce bon vieux fils naturel qu’est le découpage national, nous invitons le spectateur à des rencontres plus ou moins inédites entre des films, bien sûr, mais aussi des lieux, des personnages, des scènes et des époques. S’il est un parti pris que l’on voudra bien revendiquer pour cette véritable histoire du cinéma, c’est abdiquer du règne hégémonique de la fiction sur un documentaire privé du mot cinéma et relégué au rang de genre.

L’idée était donc, non plus de programmer des documentaires seuls au sein d’une grille composée de films de fictions, ou lors d’un mois consacré, mais plutôt la mise en valeur, en parallèle, en correspondance ou en conflit avec telle ou telle fiction, régulièrement, tout au long de l’année… Une manière de revisiter l’histoire du cinéma en confrontant des grands films qui, du documentaire à la fiction, semaient le trouble, ou participaient à ces problématiques de va-et-vient entre la captation du réel et le rendu de la réalité : c’est-à-dire sur les capacités du cinéma à produire des vérités. Car si l’on excepte le pur divertissement (qui n’est pourtant pas toujours absent du documentaire, comme il n’est pas la raison d’être des fictions) tout film n’a-t-il pas pour visée de dire/penser quelque chose du monde et des hommes ? En ce sens documentaires et fictions ne s’opposent pas toujours, et les moyens mis en œuvre par un cinéaste (capteur d’images) se trouvent très souvent participer aux problématiques des deux.

« Réel de la fiction ou fiction du réel », « Fiction de l’histoire du cinéma »… tels auraient pu être les noms ‘‘qui s’la pètent’’ de cette programmation qui confondera-confrontera documentaire et fiction, fiction et documentaire, documentaire et documentaire, fiction et fiction, non-documentaire et non-fiction… pour mieux garder en vue un cinéma dont les manifestations artistiques sont rares. Au bout du compte «La Véritable Histoire du Cinéma » n’est-ce pas l’appellation la plus excitante pour ce nouveau rendez-vous auquel nous vous convions nombreux et assidus ?

LA VERITABLE HISTOIRE DU CINEMA (7/9)
Godard + Pasolini
DU 21 AU 25 AVRIL 2004


Enquête sur la sexualité, Masculin Féminin, le rapport de ces titres s’impose de lui-même. Mais plus, de Pasolini à Godard, de l’Italie à la France des années 60, on retrouve les échos d’un monde qui change, d’une « nouvelle vague » qui le regarde différemment de ses aînés : immédiateté et urgence d’en rendre compte, anticipation du réel, proximité du journalisme au sens fort, fiction rendant compte du monde et réalité recomposée en histoire faisant sens… Encore une fois, la Véritable Histoire du Cinéma cherche à confronter documentaire et fiction en ce qu’il sont deux genres mêlés, s’interpénétrant, quasi indissociables. Fiction du réel, réel de la fiction, deux insistances parcourant l’œuvre de Godard et Pasolini, comme elles n’ont pas cessé de traverser toute l’histoire du cinéma…la vraie. (XE)

Masculin Féminin

Enquête sur la sexualité

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