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SEANCES
Mercredi 21 avril à 20h30 |
VIVRE
ME TUE
de Jean-Pierre Sinapi
France, 2002, 1h26
avec Sami Bouajila, Jalil Lespert, Sylvie testud, Simon Bakinde
Paul Smaïl, 27 ans, français dont le physique dévoile
les origines arabes, boxe, enrage, bouquine. Fou d’amour pour
Myriam, fou de tendresse pour Daniel, le “petit frère”
mal dans sa peau. En attendant, il livre des pizzas. Mais en attendant
quoi ?
Autour de la fraternité et du manque de confiance en soi,
Jean-Pierre Sinapi a écrit, avec " Vivre me tue ",
une œuvre forte et touchante portée par trois admirables
comédiens.
Construit comme un grand flash-back, Vivre me tue va, par petites touches,
par une succession de fragments, par des bouts de vie, raconter l’histoire
de deux garçons qui ont, a priori, assez d’atouts pour
réussir dans la vie. Marocains d’origine mais nés
à Paris, Paul et Daniel Smaïl ont une bonne tête,
une famille aimante et surtout ils se soutiennent dans une magnifique
fraternité… Titulaire d’un DEA de littérature
sur Moby Dick, Paul, malgré ses études, est au chômage
depuis des mois. Pour survivre, il travaille comme livreur de pizza
et il se désespère de constater que ses entretiens d’embauche
tournent court simplement parce qu’il se nomme Smaïl…
Sans céder au didactisme, pas plus qu’à un romantisme
confortable sur le racisme ordinaire en France, Sinapi, avec humour,
tendresse et empathie, raconte deux personnages qui pensent impossible
de s’intégrer sans se déformer, intellectuellement
pour l’un, physiquement pour l’autre. Paul, le séduisant
intello obsédé par l’échec, a aussi besoin
de boxer " pour se purger le sang " de ses frustrations tandis
que Daniel, absorbé par un narcissisme outrancier, fabrique,
en se dopant à mort, un corps qui ne fait, en définitive,
rêver que les mateurs des sex-shops de Pigalle ou d’Hambourg…
Pour réussir le portrait de ses " malades de la vie ",
Jean-Pierre Sinapi a bénéficié de trois comédiens
exceptionnels : Sami Bouajila (Paul) cache sous son sourire une fêlure
profonde d’écorché vif que, seule, sans doute, l’écriture
viendra soulager. Tour à tour lumineuse et grave, Sylvie Testud
campe Myriam, l’étudiante aimée de Paul qui prépare
l’agrégation de lettres tout en étant une supportrice
acharnée du RC Lens. Enfin, Jalil Lespert (révélé
par Ressources humaines) est un extraordinaire Daniel, grand enfant
retardé, naïf et puceau, terriblement pathétique
dans sa quête d’un corps parfait.
" Vivre me tue " (les trois premiers mots du roman –
alors – inachevé de Paul Smaïl) est une œuvre
forte parce qu’elle se tient toujours à juste distance
de ses personnages. Observateur attentif et humaniste, Jean-Pierre Sinapi
n’a que faire de démonstration. Son film touche profondément
parce que Paul, Myriam et Daniel sont simplement vivants. Et que leur
fureur de vivre est bouleversante.
Pierre-Louis Cereja
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