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SEANCES
dimanche 1er avril à 20h30
mardi 3 avril à 18h30
samedi 7 avril à 21h
dimanche 8 avril à 18h30
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LES
FEMMES DE LA NUIT (YORU NO ONNATACHI)
de
Kenji Mizoguchi
Japon,
1948, 1h13, VOSTF
Avec
Kinuyo Tanaka, Sanae Takasugi, Kumeko Urabe
Fusako, une jeune veuve de guerre ayant également
perdu son fils, tente tant bien que mal de survivre dans la difficile
période de l'immédiat
après-guerre. Refusant de recourir à l'argent facile en se prostituant,
elle tombera finalement dans les mailles de la perversité du système
de son époque… Les images sont criantes de vérité,
les décors ultra-réalistes et les nombreux passages dramatiques à couper
le souffle. Si Mizoguchi s'évertue à explorer toujours davantage
ses thèmes de prédilection, jamais sa représentation n'a été -
et ne sera - plus réaliste.
« Singulièrement ralenti dans son rythme
de tournage par le manque d’argent et de personnel, il est tout à fait étonnant
que le projet particulier de Mizoguchi ait abouti. Tout d’abord
grâce au tour mesquin joué à l’auteur originel
Eijiro Hisaita, à qui le cinéaste avait demandé d’adapter
sa propre pièce de théâtre à succès,
avant de la faire réécrire par Yoshikata Yoda. Ensuite
par l’autorisation accordée par l’omniprésent
Comité de Censure veillant au bien-fondé des réalisations.
En effet, le résultat final se classe facilement parmi les œuvres
les plus réalistes et dures de la période de l’après-guerre.
Seul L’Ange Ivre d’Akira Kurosawa pouvait prétendre,
comme dit précédemment, à une même représentation
ultra-réaliste, inspirant certainement les futures œuvres
engagées de Seijun Suzuki (La Barrière de chair) et
de Kenji Fukasaku. En même temps, la mode était au pan-pan
mono, des romans ou films traitant d’histoires de prostituées.
Un courant ouvert par le roman La Porte de chair de Tamura Taijiro,
mais se résumant la plupart de temps à de simples films
d’exploitation sans grand intérêt. La population,
dans sa perversion, aime à s’infliger d’autres
horreurs en temps de malheur et ces produits étaient certainement
une sorte d’exutoire à son profond traumatisme suite
aux conséquences de la guerre. De nos jours, cette cruelle
représentation – profondément pessimiste – du
sort subi par les femmes dans l’après-guerre peut encore
choquer. Elle se situerait apparemment loin de la vérité.
D’après les histoires rapportées du tournage,
une visite dans un hospice s’occupant de prostituées
aurait été plus traumatisante que la scène se
déroulant dans le film : des figures hagardes, des femmes
toxicomanes en manque ou des prostituées battues à ne
plus être reconnaissables. L’équipe de tournage
avait également investi des lieux où forces militaires
ou policières n’osaient plus mettre les pieds, conséquence
d’un trop fort taux de criminalité. Les scènes
de viol, de dépouillement ou de passage à tabac (...)
n’étaient donc que monnaie courante à l’époque… L’audace
d’un tel projet devait se révéler payante. Les
images sont criantes de vérité, les décors ultra-réalistes
et les nombreux passages dramatiques, à couper le souffle.
Si Mizoguchi s’évertue à explorer toujours davantage
ses thèmes de prédilection, jamais sa représentation
n’a été – et ne sera – plus réaliste.
Une nouvelle fois le portrait d’une femme, sa déchéance,
est ici total. Veuve de guerre, Fusako est irrémédiablement
condamnée suite à la mort de son mari. Seule dans un
environnement hostile, elle ne peut survivre par ses propres moyens.
Ses timides tentatives de s’en sortir se solderont par des échecs
uniquement redevables à la seule méchanceté de
son entourage. Cherchant à vendre les derniers vêtements
qui lui restent, elle se fait gruger par un système uniquement
basé sur la seule survie des individus (...). Explorant systématiquement
ses thèmes de prédilection, rarement Mizoguchi avait été aussi
véhément dans son propos. Il trouve la parfaite source
d’inspiration pour ses histoires dans un décor de fin
du monde, les terrains dévastés par la guerre. Scénario
réécrit afin d’évincer le pur mélodrame,
son film regorge pourtant de scènes du même type. Établissant
le parfait équilibre et touchant juste, il réussit
le tour de force de réaliser un pur chef-d’œuvre,
loin de ses concessions futures à la conquête d’un
public occidental et un poignant témoignage de la détresse
d’une population entière au sortir de la guerre. »
Bastian
Meiresonne, Eiga Go Go
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