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SEANCES
PARTIE 1
vendredi 20 avril à 19h
PARTIE 2
vendredi 20 avril à 21h
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MARSEILLE
DE PÈRE EN FILS - PARTIE 1 : OMBRE SUR LA VILLE
de
Jean-Louis Comolli
France,
1989, 1h20, documentaire
MARSEILLE
DE PÈRE EN FILS - PARTIE 2 : COUP DE MISTRAL
de Jean-Louis Comolli
France, 1989, 1h20, documentaire
Premier opus, à l’occasion
des municipales de 1989, de la série
des sept films réalisés par Jean-Louis Comolli avec Michel Samson,
Marseille de père en fils radiographie un paysage politique en pleine
recomposition au lendemain de la mort de Gaston Deferre, une ''ville expérimentale''
où s’essaient les pratiques politiques.
« Nous avons commencé à filmer
la vie politique marseillaise en 1989. Une élection municipale.
Celle qui devait décider de la relève de Gaston Defferre,
mort deux ans plus tôt. Marseille de père en fils ?
Héritage impossible ! Pourquoi ? L'ombre de Defferre écrasait
tout – et d'abord le Parti Socialiste. Elle empêchait
de voir à quel point la ville avait changé. Deux scènes
se partageaient le film – le clivaient : celle de la lutte à mort
des héritiers socialistes de Gaston Deferre (Pezet, Vigouroux,
Weygand, Sanmarco) ; celle de Marseillaises et de Marseillais
qui, à l'écart et même dans l'ignorance du combat
politique, poursuivaient leur rêve de Marseille. Pour la plupart,
ces personnages étaient d'anciens ou de nouveaux migrants
marseillais : Arméniens et Algériens. De tels personnages
avaient pour nous toute leur nécessité, précisément
parce que l'histoire que nous racontions – celle de l'impossible
héritage des pères-héros, ou si l'on veut, du
début de la décomposition du parti socialiste (du socialisme
en France) – se faisait sans eux, en leur supposée absence.
Pendant que Jean-Claude Gaudin, mal remis de ses compositions avec
le Front National s'interrogeait sur sa défaite, pendant que
le mystérieux Robert Vigouroux triomphait sur tous les fronts,
Madame Maaskri allait allumer un cierge à Notre Dame de la
Garde ; des Arméniens montraient fièrement l'église
qu'ils avaient bâtie de leurs mains ; Madame Slimani partait à la
conquête de la cité, au nom du commerce triomphant et
de ce qu'elle appelait "le mélange", mélange
des origines, des histoires, des coutumes, des drames. Le film faisait
apercevoir que diriger Marseille est difficile à cause du
patchwork des communautés, de ces nouveaux arrivants qui,
peut-être parce qu'ils ne peuvent pas encore hériter
de l'histoire de la ville, l'écrivent à leur façon,
avec l'espoir d'en faire hériter leurs enfants. Il y a là des
mouvements de population qui laissent les politiques désarmés.
Dans un système fortement clientéliste, quand tout
bouge, comment constituer ou reconstituer des réseaux ? La
lutte à mort entre les héritiers de Gaston Defferre — Robert
Vigouroux, le "bon docteur" et Michel Pezet, le "mauvais
fils" — disait le désarroi des socialistes devant
une ville qui leur échappait. C'est à Marseille, avant
le congrès de Rennes, que le Parti Socialiste a entamé son
processus de division, que les clans rivaux, apparus au grand jour,
ont montré jusqu'où ils pouvaient aller dans la violence
destructrice. Une fois de plus, Marseille était aux avant-postes,
sorte de zone franche, de "ville expérimentale" où s'essaient
les pratiques politiques qui s'étendront ensuite à toute
la France. »
Jean-Louis Comolli, Michel Samson, Rétrospective
de la série,
Centre Pompidou, novembre 2003
« Toute campagne électorale
a des allures de drame et offre, par sa nature particulière,
un cadre et une trame de choix au cinéaste qui ne renonce pas à raconter
une histoire : une unité de lieu, de temps et d'action, des
personnages qui s'affrontent, des rebondissements, voire des revirements.
Cet épisode essentiel, qui rythme, consacre et condense la
vie politique de nos sociétés, a pris un singulier
relief lors de la campagne des élections municipales de 1989 à Marseille.
La succession de Gaston Defferre, qui a régné sur la
ville de 1953 à 1986, aiguise alors les ambitions et les conflits,
en particulier au sein de la famille politique, déchirée,
du maire défunt. Marseille de père en fils 1 nous
raconte cette campagne électorale hors du commun, en campe
les enjeux, en présente les principaux protagonistes. L'originalité du
film tient, entre autres, à la superposition de deux types
de temporalité : le temps court de la campagne électorale,
avec ses meetings, ses visites, ses inaugurations de circonstance
; le temps long des souvenirs personnels et des réflexions
des hommes politiques sur leur ville. À cette fin les candidats
ont été filmés délibérément
dans le décor de leur vie privée avec l'assurance que
leurs propos ne seraient pas diffusés avant les élections.
On mesure alors, par ce jeu d'aller-retour, le décalage entre
une parole et des comportements saisis dans l'intimité et
les règles de l'apparition en public (…). Si le film
met en évidence cet écart, il nous montre aussi, à travers
et au-delà des personnages, des composantes essentielles de
la vie politique marseillaise : l'importance des réseaux de
connaissance et de clientèle (…) ; les règles
de bienséance locale de ''fabrication'' d'un leader politique
(dans un long monologue, Charles-Emile Loo, ancien compagnon de Gaston
Defferre, en détaille le ''bon usage'') ; enfin, le poids
des communautés ethniques (arménienne, juive, arabe,
corse...) et des groupes professionnels dans le processus de mobilisation électorale (…).
Ce riche document d'ethnologie politique soulève deux questions
de fond qui se télescopent : celle des contraintes cinématographiques
et des choix qui en découlent ou les accompagnent ; celle
du contraste entre les performances des personnages à l'écran
et sur le plan électoral. (…) Le film Marseille de
père en fils tente de renverser les règles de l'apparition
publique des hommes politiques. Ou plus précisément,
ses auteurs se sont-ils fixé cet (ambitieux) objectif alors
même qu'ils allaient tourner dans la ville la plus filmée
de France, cette cité saturée d'images et de discours, à propos
de laquelle chacun dispose d'un stock de représentations mentales
impressionnant. Autant dire qu'il fallait, pour le réaliser,
inventer une méthode et/ou quelques trucs qui forceraient
ces politiques à mauvaise réputation à sortir
des images battues. »
Jean-Louis Comolli et Michel
Samson, « Marseille de père
en fils, filmer les hommes politiques », Terrain n° 15,
octobre 1990
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