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SEANCE UNIQUE
mercredi 25 avril à 20h30
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FRAGMENTS
Montage/démontage, collage/décollage,
la défection de l’œuvre ?
La forme du fragment questionne le fractionnement de la mémoire et de
la pensée. Elle ramène au parcellaire et au dérisoire, donc,
contradictoirement, à une forme d’universalité.
OBJETS TROUVÉS
De Anne-Marie Cornu
France, 1998, 5 min
Une accumulation de séquences "offertes" par Kodak, lors du
développement de bobines Super-8.
FLARE OUT
De Peter Gidal
1992, 20 min
"Sound : unrecognition unidentified, in time, you hear ? Image:
recognition identified, out of time in time ; not not knowing the unknown
but not knowing the known, no trace of 'no trace of any thing'. Grain :
is grain silver, black & white, or colour ? Is silver black & white
or colour ? You see ? " Peter Gidal, février 1992
NAVY BLUES
De Miles McKane
1998, 11 min
Proposition cinématographique à partir de trois copies d'un film
commercial, Les Bleus de la marine (1946). Travail de montage visuel
et sonore, qui prélève les premières et dernières
images de chaque bobine pour chaque copie du film
LE PRÉ DE BEJINE
De Serguei Eisenstein
URSS, 1935/37, 32 min
Avec Vitia Kartarshov, Boris Zakhava, Elena Telecheva
Le père et son fil, l'un dans le camp des koulaks, l'autre dans celui
des kolkhoziens, s'opposent jusqu'à ce que le sang soit versé.
Ce film, détruit au cours de la Seconde Guerre Mondiale, n'existe plus
pour le spectateur que sous la forme d’un moyen-métrage composé d'une
partie explicative et d'un montage de photogrammes de plans fixes.
« Eisenstein
ressuscité à la Cinémathèque
de Toulouse. Le Pré de Béjine a été victime
en 1935 de la censure stalinienne. De ce long-métrage d’Eisenstein
n’a subsisté qu’une image par plan. À partir
de cette trame, un photographe toulousain, Patrick Riou, vient de reconstituer
le film. Serghei M. Esenstein revient à Moscou, après
un séjour au Mexique où il a tourné Que Viva Mexico.
Nous sommes en 1935. Le plus célèbre des cinéastes
soviétiques, (…) entreprend aussitôt un film sur
l’URSS, en particulier le monde agricole, ceux qui travaillent
la terre. (…) Titre du long métrage : Le Pré de
Béjine. Il s’agit du premier film parlant d’Eisenstein.
Le tournage achevé, le cinéaste présente son film
devant la commission de censure : refusé ! Pour le pouvoir
stalinien et ses représentants, il est impensable de montrer
des granges à blé ravagées par les flammes d’un
incendie criminel, impensable que les paysans soient privés
du fruit de leur travail. Eisenstein va donc tourner une deuxième
version. L’incendie des granges est cette fois remplacé par
le pillage d’une église, avec profanation des icônes.
Encore refusé ! Un tel déchaînement de violence
est-il concevable dans un pays où la construction du socialisme
inonde déjà toute la population de ses bienfaits ? Le
film est donc interdit de diffusion et les copies devront être
détruites. À Moscou cependant, une monteuse de cinéma,
dont on ne connaît plus le nom, prélève une image
de chaque plan. Longtemps, ces six cent quarante clichés, enfermés
dans une boîte, vont dormir sur une étagère de
la Cinémathèque de Moscou. Jusqu’en 1965 où quelqu’un
a la curiosité d’ouvrir la boîte... À la
fin des années soixante-dix, la Cinémathèque de
Moscou cède les images à son homologue de Toulouse. Comment
(re)donner vie au Pré de Béjine, un film qui n’existe
pas ? Comment cette oeuvre, qui faillit tomber dans les oubliettes
de l’histoire, pourrait-elle soixante ans après effectuer
son entrée dans le domaine public ? C’est à une
véritable reconstitution du Pré de Béjine que
se livre depuis deux ans le photographe toulousain Patrick Riou. Un
travail commandé par la Cinémathèque de Toulouse
et le Centre de recherche et d’action culturelle de Valence.
Patrick Riou – travail de bénédictin – a
tout d’abord réalisé le tirage de chacune des six
cent quarante images, en respectant les cadrages voulus par Eisenstein.
Et quelles images ! Même si le cinéma venait de prendre
la parole, Le Pré de Béjine conservait toute la force
d’expression visuelle du cinéma muet. On reste ébahi
devant ces visages furieux, radieux, malheureux, illuminés,
devant ces paysans usés par le travail de la terre. Deuxième étape,
les photos ont pris place sur des panneaux, en suivant le scénario
et les indications de montage d’Eisenstein. Ici, cependant, les
deux versions du film ont été combinées. On peut
donc aujourd’hui voir Le Pré de Béjine, même
si ce n’est pas en salle obscure comme l’avait imaginé son
réalisateur. Les rôles ont été inversés
: c’est le spectateur qui défile devant les images et
donne au film le rythme qui lui convient. Cette exposition n’est
pas un ersatz, mais une expérience passionnante. Elle fait de
Patrick Riou un précieux collaborateur d’Eisenstein. »
Bruno
Vincens, L’Hunmanité, février 1995
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