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SEANCES
Jeudi 14 décembre à 20h30
Samedi 16 décembre à 18h30
Mardi 19 décembre à 20h30
JEUDI 14 DÉCEMBRE À 20:30 • ENTRETIEN ENTRE
CYRIL NEYRAT ET PATRICK GRANDPERRET
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MONA
ET MOI
de
Patrick Grandperret
France, 1989, 1h30
Avec
Denis Lavant, Sophie Simon, Antoine Chappey, Johnny Thunders, Jean-François
Stévenin
Pierre est amoureux de Mona. Il vit avec une bande de copains, entre
drogue, embrouilles et amours. Il rencontre Johnny Thunders, icône punk rock, et
au risque de bouleverser sa vie, décide de tout faire pour organiser un
concert à Paris. Culte, Mona et moi est un film-phare des années
80, célébré par la critique comme un renouveau du cinéma
français.
« Il y a en France un triangle cassavetien, formé par
trois personnalités complémentaires : Jean-François
Stévenin, cinéaste et acteur, Yann Dedet, monteur, et Patrick
Grandperret, producteur et cinéaste. On les retrouve tous les trois
dans Mona et moi : Grandperret à la réalisation, Dedet au
montage (et dans un petit rôle), et Stévenin comme acteur. Difficile
de passer sous silence cette parenté, tant elle est manifeste dès
le début du film (et au-delà de l’objet-film, dans son
système de production comme dans sa méthode de montage). (…)
Le charme de Mona et moi ressort du domaine de l’aléatoire. Une
fois défini le cadre physique (un loft) où évolueront
les personnages, sur une toile de fond sociale très années 70
(quatre zonards qui tâtent du rock et de la drogue en amateur), le film
va révéler par petites touches la disproportion entre les aspirations
velléitaires des anti-héros et leur rêve mythique du rock’n’roll,
qui se cristallise sur une "star" emblématique (Johnny Valentine
alias Johnny Thunders). (…) Typique de la mentalité de la décennie
70, où une certaine jeunesse, libérée des tabous par les
actions de la génération précédente, fondait son
idéal sur un hédonisme nihiliste, le film de Grandperret traduit
l’impuissance (sociale) profonde de la marginalité à tout
prix. (…) Refusant d’adhérer (il constate, c’est
tout) à cette mythologie du rock et de la drogue, le réalisateur
s’amuse – c’est ce qui fait la grande singularité du
film – à faire se rencontrer des marginaux ordinaires avec une
figure exotique (…). D’où une irrésistible drôlerie
qui naît de l’inadéquation des tentatives de Pierre et ses
acolytes (qui, en fait de chanson, connaissent surtout Boby Lapointe) pour
entrer dans le monde brutal du rock. Le sommet cocasse de cette disparité ethnique étant
la discussion entre Hubert Deschamps et Johnny Thunders dans un bistrot (le
bon Français moyen carburant au pinard et le junkie sirotant un verre
de lait). À une remarque de Thunders sur la réconfortante sécurité des
rues de Paris, Deschamps rétorque en lui opposant le meurtre sauvage
d’Henri IV par Ravaillac, à deux pas de l’endroit où ils
confèrent ! (…) Loin de chercher la quadrature du cercle,
la perfection scénaristique vers laquelle s’escriment trop de
cinéastes (et producteurs), Grandperret organise un vrai récit
picaresque à partir de bribes arrachées au réel. (…)
Cette cuisine de montage, qui fait surgir des fautes de raccord criantes, confèrent à Mona
et moi une impression de liberté, de vie, tout simplement, qui manque
cruellement au cinéma actuel, hyper-balisé, semé de gardes-fous… La
démarche de Grandperret renoue en définitive avec l’esprit
originel de la Nouvelle Vague, revu et adapté au contexte social de
l’après-68. »
Vincent Ostria, Les Cahiers du cinéma
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