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LA
VERITABLE HISTOIRE DU CINEMA ?
L’intitulé « Véritable
Histoire du Cinéma » pointe la dérision sous-jacente
à toute entreprise de classification artistique. Nous n’en
sommes pas dupes (sauf à considérer qu’au Cinématographe
‘‘on se la pèterait grave cinéphilie’’,
ce qui n’est aucunement notre position, juste appliqués
que nous sommes à défendre une idée du cinéma
face à l’hégémonie du tout spectaculaire).
Derrière l’humour donc, une idée et une proposition
: on pourrait croire qu’il s’agit de programmer des films
au deuxième degré, ironiques voire absurdes, genre série
B, Z ou H… Il n’en est rien et cette programmation entend
bien prendre son objet au sérieux. Qu’est-ce à dire
? Et bien que si notre projet n’a pas fondamentalement pour visée
la remise en cause des modèles de base de l’histoire du
cinéma, il espère tout de même offrir une approche
non-conventionnelle de ce que poursuivent les problématiques
liées à l’enregistrement des images et du son.
A l’origine de cette programmation il y a donc des constats, et
des questions qui en découlent :
1/ rares sont les « Histoires du Cinéma » qui ambitionnent
de saisir conjointement documentaire et fiction. Tout le monde s’accorde
pourtant sur les origines spécieuses du cinéma qui opposeraient
les frères Lumière à Mélies. La magie du
cinéma de fiction inauguré par un Mélies aurait-elle
d’emblée (r)emporté la mise sur la définition
du cinéma ? Ou bien les problématiques de captation du
réel propres aux premières images des Lumière,
comme à tout documentaire, contribuent-elles aussi à cette
magie, comme nous le soutenons absolument ?
2/ le genre dit « documentaire » (il faudrait plutôt
dire : le documentaire dit « genre ») ne fait pas se presser
la foule et, le plus souvent, il est réduit au statut de programme
télévisuel, notamment sous sa forme la plus faible celle
du reportage (ou « docucu »). En ce sens, les efforts produits
ces deux dernières années par Le Cinématographe
en termes de diffusion de documentaires ont rarement été
récompensés par une attention du public à la hauteur
de la qualité des films proposés. Fallait-il pour autant
se résigner au verdict du bilan et abandonner tout engagement
de notre programmation envers ces films ?
Nous avons évidemment pensé que non et, plutôt que
regretter l’absence de spectateurs, nous avons estimé que
l’enjeu restait capital et qu’imaginer cette « Véritable
Histoire du Cinéma » était une fantaisie bien modeste.
Ainsi cette programmation prend plus largement appui sur la conviction
qu’un lien « non consensuel », ne pouvant être
réduit à une qualité de reflet, tient le monde
et le cinéma. C’est la nature ou le caractère fluctuant
de ce lien que nous entendons interroger. Sans rien affirmer, sans privilégier
un type d’approche, la chronologie ou l’évolutionnisme,
l’appartenance à tel ou tel courant, ou ce bon vieux fils
naturel qu’est le découpage national, nous invitons le
spectateur à des rencontres plus ou moins inédites entre
des films, bien sûr, mais aussi des lieux, des personnages, des
scènes et des époques. S’il est un parti pris que
l’on voudra bien revendiquer pour cette véritable histoire
du cinéma, c’est abdiquer du règne hégémonique
de la fiction sur un documentaire privé du mot cinéma
et relégué au rang de genre.
L’idée était donc, non plus de programmer des documentaires
seuls au sein d’une grille composée de films de fictions,
ou lors d’un mois consacré, mais plutôt la mise en
valeur, en parallèle, en correspondance ou en conflit avec telle
ou telle fiction, régulièrement, tout au long de l’année…
Une manière de revisiter l’histoire du cinéma en
confrontant des grands films qui, du documentaire à la fiction,
semaient le trouble, ou participaient à ces problématiques
de va-et-vient entre la captation du réel et le rendu de la réalité
: c’est-à-dire sur les capacités du cinéma
à produire des vérités. Car si l’on excepte
le pur divertissement (qui n’est pourtant pas toujours absent
du documentaire, comme il n’est pas la raison d’être
des fictions) tout film n’a-t-il pas pour visée de dire/penser
quelque chose du monde et des hommes ? En ce sens documentaires et fictions
ne s’opposent pas toujours, et les moyens mis en œuvre par
un cinéaste (capteur d’images) se trouvent très
souvent participer aux problématiques des deux.
« Réel de la fiction ou fiction du réel »,
« Fiction de l’histoire du cinéma »…
tels auraient pu être les noms ‘‘qui s’la pètent’’
de cette programmation qui confondera-confrontera documentaire et fiction,
fiction et documentaire, documentaire et documentaire, fiction et fiction,
non-documentaire et non-fiction… pour mieux garder en vue un cinéma
dont les manifestations artistiques sont rares. Au bout du compte «La
Véritable Histoire du Cinéma » n’est-ce pas
l’appellation la plus excitante pour ce nouveau rendez-vous auquel
nous vous convions nombreux et assidus ?
LA
VERITABLE HISTOIRE DU CINEMA (5/9)
Ford + Kramer
DU 25 FEVRIER AU 2 MARS 2004
Pour
cette cinquième étape de la Véritable Histoire
du Cinéma, ses programmateurs ont choisi de mettre en regards
les films de John Ford et de Robert Kramer.
Les Cheyennes
Milestones
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