Dog star man (© DR)

SEANCES

Mercredi 14 janvier à 20h30

DOG STAR MAN

de Stan Brakhage
Canada, 1961-64, 1h 15, 16mm, silencieux

Film en un Prélude et 4 parties : Prélude : 25', Part 1 : 30', Part 2 : 5'30, Part 3 : 7'30, Part 4 : 6'

" Avec Prélude, je voulais faire un film rythmé sur la transformation d'images inacceptables en images acceptables. Et je voulais en somme que ce soit le facteur déterminant sur la table de montage et, ça le devint. Il me fallait commencer avec un matériau qui serait incompréhensible et le travailler à reculons. Durant la longue période de montage, je nourrissais parallèlement des intérêts pour le Surréalisme avec, par exemple, la notion de forme chez John Cage à travers différentes opérations aléatoires. Ensuite, je ne cessai de reprendre ce matériau, de le restructurer et je me retrouvai à la fin avec une bande-image du métrage actuel du Prélude.
La peinture faite à la main était toujours en rapport direct avec ce type singulier de "vision avec les yeux fermés" qui n'existe que dans les rêves. Le type le plus commun de "vision les yeux clos", est celui que l'on obtient lorsque nous fermons les yeux en plein jour et regardons le mouvement des silhouettes et des formes sur l'écran rouge de la paupière. Puisque Prélude reposait sur la vision des rêves, tels que je m'en souvenais, il devait comprendre la "vision les yeux clos". La peinture était ce qui s'en rapprochait le plus ; je peignais donc, brossant des motifs que je contrôlais de diverses façons. Les formes surgirent de cette sorte d'action et de réaction œil-nerf. L'étape suivante, une fois que j'eus la bande-image complète, consista à commencer la seconde couche en surimpression. Il est possible d'avoir trois, quatre, ou plus de couches du métrage total du film et de surimprimer une image sur une autre à l'endroit où on le souhaite. J'ai pris la bande-image qui avait été largement déterminée par des opérations aléatoires et surréalistes et j'ai commencé à en monter une seconde en parallèle. A partir de ce moment, tout ce que j'établissais fut absolument prémédité. Je reprenais des plans afin d'en altérer la forme sur la couche d'images numéro deux. La couche d'images numéro deux se développait toujours à partir de ce qu'il y avait sur la couche numéro un, pour le structurer et le transformer en quelque chose de similaire à ce dont on se souvient lorsqu'on se réveille le matin. D'un côté, il y avait cette masse incompréhensible d'éléments surgissant d'intérêts pour le Surréalisme et l'intervention du hasard que j'appelais la pellicule du "chaos", de l'autre côté il y avait la pellicule "structurée" qui représentait la transformation du rêve rendu accessible à la mémoire éveillée le matin. Le temps que je finisse, aucune intervention du hasard ne subsistait dans le film.

Je voulais que Part 1 ait un rythme opposé à celui de Prélude. Je voulais qu'il soit lent, déployé, étiré jusqu'à la tension la plus vive que pouvait contenir ce matériau. Et je me persuadais que c'était pour cela que je rendais délibérément énigmatique chacune des collures. Une collure devait être faite simplement et uniquement parce que c'était ce qui fonctionnait visuellement. Parfois, il fallait une semaine pour réaliser dix collures définitives. Progressivement, péniblement et laborieusement, j'essayais une chose, puis une autre, je la défaisais et essayais encore autre chose. Parfois je gâchais tout le plan précédent en arrachant, l'un après l'autre, les morceaux du film que j'avais collés et devais repartir du plan antérieur… Le cœur a cessé de battre dans la première partie, alors que nous voyons de plus en plus fréquemment, en noir et blanc, l'image de l'homme qui grimpe la montagne ; il y a cette image négative de Dog Star Man qui est tombé absolument à cet instant.

Je ne savais pas ce qui arriverait dans le Part 2, sauf ce qui serait dans une certaine mesure autobiographique ; mais je savais que le cœur recommencerait à battre dans la troisième partie, et qu'il s'agirait d'un rêve sexuel éveillé, au désir ardent qui relancerait le cœur.
Le moment où l'homme est vu à la fois montant et tombant est récapitulé au début de la deuxième partie... Je réintroduis l'homme grimpant en négatif et en positif, en surimpression. Je pensais que ces deux aspects de Dog Star Man pouvaient se déplacer comme si dans la mémoire... Je m'aperçus que l'homme dans sa chute et dans sa montée en positif et en négatif était séparé, comme en-dessous, mais aussi relié à lui même comme bébé (...), ou à ses propres enfants.

Le Part 3 comprend les bobines Il, Elle et Cœur. Les images féminines tentent de devenir masculines et n'y arrivent pas et inversement. Dans la bobine Elle, on voit des morceaux de chair en mouvement qui se séparent distinctement pour former une image de femme, tiraillée par le désir d'être homme. Dans un sens c'est très proche de Bruegel, les pénis remplacent les seins dans des flashes d'images, puis un pénis surgit d'un œil, ou bien encore des poils d'homme se déplacent sur tout le corps d'une femme. A un moment tout cela cesse, et cette chair devient finalement une femme. Dans la bobine Il, c'est le contraire qui se passe ; un morceau de chair est torturé par une inclinaison à la production d'imagerie féminine, en sorte que par exemple ses lèvres se transforment soudainement en vagin. Finalement la forme mâle émerge. Puis bien entendu, ces deux formes dansent ensemble, superposées et l'on obtient un magma de chair homme-femme qui se divise et se réunit selon des mélanges, des distorsions proches de celles imaginées par Bruegel.

Le Part 4 commence avec l'homme allongé sur la falaise comme nous l'avions trouvé à la deuxième bobine. Il se lève et se débarrasse de tous ses rêves sexuels ainsi que de toutes les raisons qu'il avait d'abattre cet arbre. Finalement, si l'on y prête attention, il n'y avait aucune raison pour que l'homme au chien abatte cet arbre, comme il le fait à la fin de la quatrième partie... Donc tout le concept de l'abattage est balancé... La hache est lancée et la figure est coupée en chaise de Cassiopée. Tout le film se termine et se blanchit dans d'évidents rappels de coupes, de brûlures et de colorations d'amorces, qui évoquent le début du Prélude. "
© Stan Brakhage et Lightcone

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