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LA
VÉRITABLE HISTOIRE DU CINÉMA
FILMER LA
JUSTICE
DU 11 AU 22 JANVIER 2006
"Gardant à l’esprit son engagement
à valoriser le cinéma documentaire à travers les
manifestations significatives de sa capacité à faire art
au sens le plus fort du thème, la Véritable Histoire du
Cinéma vous convie cette fois, de manière inédite,
à rencontrer six films contre deux habituellement (le plus souvent
un film de fiction et un film documentaire). Ces rapprochements, juxtapositions
ou confrontations proposés entre des œuvres et des pratiques
cinématographiques distinctes sont motivés, par-delà
la divulgation de films parfois méconnus ou oubliés, par
le désir de rappeler que le cinéma documentaire n’est
pas « moins écrit, moins en forme, moins mis en scène
que le cinéma de fiction » bien que les enjeux et les contraintes
des opérations (tournage, valeurs des cadres, choix des axes
de la prise de vue, mouvements de caméras, construction sonore,
nature des personnages, montage, etc…) qu’ils ont en commun
diffèrent et que la relation du spectateur au représenté
s’en trouve par conséquent modifiées voire perturbée.
Aussi notre intitulé « Filmer la Justice » ne propose
pas tant un thème ou sujet à débattre qu’il
est un motif dont les deux termes « filmer » et «
justice » sont à saisir avec une égale proportion
dans leur importance puisque nous sommes au cinéma, face à
des représentations qui soulèvent sur un mode singulier
des questionnements où interfèrent politique, esthétique
et éthique.
À un premier niveau, on pourrait repartir de l’analogie
maintes fois soulignée entre la scène de théâtre
(qui est inhérente, doit-on le rappeler, à toute fiction
cinématographique) et le processus du rituel judiciaire. De Dreyer
à Coppola en passant par Lang, Ford, Preminger, Hitchcock, Lumet,
Bresson, et bien d’autres que leurs œuvres aient été
de qualité ou médiocre, le cinéma de fiction a
largement convoqué cette scène ontologiquement spectaculaire
du tribunal (et ses coups de théâtre !) pour constituer
ce quasi-genre cinématographique que serait le film de procès
dont la détermination (et le privilège sans doute) plus
que jamais consiste à (r)établir la Vérité,
son régime authentique fût-il d’abord le vraisemblable,
c’est-à-dire le simulacre.
Le cinéma documentaire n’a pas toujours, contrairement
à ce que l’on croit, l’avantage du sujet. L’enregistrement
d’audiences judiciaires a souvent été contrarié
par la loi. Il a été interdit en France de 1954 à
1985 avant qu’une dérogation n’autorise, en vue du
procès pour crime contre l’humanité de Klaus Barbie
(1987), le filmage de débats constituant « un intérêt
pour la constitution d’archives historiques ». C’est
au cœur de cette impossibilité documentaire que le film
de Marcel Hanoun L’Authentique procès de Carl-Emmanuel
Jung (1966-1967) engageait la nécessité et l’originalité
de sa proposition redoublée par cet autre vide laissé
par l’inexistence d’archives montrant les crimes de masse
commis par les nazis.
Si des dérogations (de moins en moins exceptionnelles) permettent
aujourd’hui, sous la pression insistante des médias, d’introduire
des caméras dans les prétoires, la justice n’en
impose pas moins ses propres scènes et ses propres contraintes
au cinéma (temps et distribution de la parole, durée de
l’audience, unité de temps et de lieu, action limitée)
et les audiences se déroulent sans que l’effectuation d’aucun
acte cinématographique n’en vienne perturber le cours (il
est fréquent que l’emplacement des caméras ne soit
pas décidé par le réalisateur). La première
réalité que le cinéma aura alors filmé est
donc celle de la justice rendue, il ne saurait se soustraire à
son ordre. C’est cet ordre par les limites et les contraintes
qu’ils posent qui atteste d’emblée la valeur documentaire
de ce qui a été enregistré (10ème chambre,
instants d’audience). Dans le prétoire néanmoins,
le cinéma se retrouve dans une position équivalente à
celle du public, de ce côté de la scène qui la constitue
en spectacle dont le prévenu est l’objet, au milieu d’autres
acteurs (avocats, témoins, greffiers,…) avec tout ce que
cela implique de dualité entre le constat de la puissance écrasante
de l’institution judiciaire et le voyeurisme voire la cruauté
qui consiste à observer la fragilité de ceux que le magistrat
Antoine Garapon appelle « les malgré eux ». Quels
sont les moyens dont dispose le cinéma pour empêcher la
réalité de l’audience de n’être qu’un
dispositif dramatique sans le dépasser par la révélation
de ses enjeux ? Le travail de montage de Frederick Wiseman dans Juvenile
Court semble avancer une réponse pertinente à cette question.
Enfin la scène de justice n’est pas toujours circonscriptible
à l’audience. Elle peut esquiver par nécessité
la frontalité de l’institution judiciaire et opérer
par règlement différé. Créer une scène
pour en questionner une autre, se donner l’oportunité d’un
espace-temps singulier pour y déployer un régime de vérité
: étude de cas avec L’Affaire Sofri, de Jean-Louis Comolli."
Jérôme Baron
Jérôme Baron
10e Chambre, Instants d'Audience
L'Affaire Sofri
L'Authentique Procès
de Carl-Emmanuel Jung
Furie
L'invraisemblable Vérité
Juvenile Court
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