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SEANCES
Jeudi 11 janvier à 18h30
Vendredi 12 janvier à 18h30
Samedi 13 janvier à 20h30
Dimanche 14 janvier à 20h30
INÉDIT À NANTES
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ALIMENTATION
GÉNÉRALE
de
Chantal Briet
France,2005, 1h24, documentaire
À la cité de la Source à Epinay-sur-Seine, dans un centre
commercial vétuste menacé de destruction, l’épicerie
d’Ali reste l’unique lieu d’échange, un refuge où peuvent
se retrouver les habitants du quartier. Ce film documentaire nous plonge avec
bonheur dans le quotidien d’une petite épicerie, véritable
oasis de vie. Les clients se succèdent sous l’œil bienveillant
d’Ali, l’épicier charismatique, chanteur à ses heures… Cette
chronique émouvante et souvent drôle met en valeur l’importance
d’un tel lieu : un petit commerce de quartier où jaillissent encore,
malgré les difficultés, la chaleur humaine, le rire, la convivialité…
« Lorsque je suis entrée pour la première
fois dans l’épicerie de la Source à Epinay-sur-Seine,
Ali m'a offert le café – servi sur les congélateurs,
entre la machine à jambon et le journal destiné à tous… Les
clients et les habitués qui défilaient chez lui racontaient
comme à l’habitude les mini-évènements
de leur vie… La pluie, le beau temps, les angoisses du moment,
la vie dans la cité, les émissions télé… De
ces diverses conversations sortaient des accents de solitude, de
détresse, mais aussi beaucoup de bonne humeur et une sacrée
dose d’humour – comme pour faire passer le goût
un peu amer de la vie… C'était en 1999. J’ai
rendu des visites régulières à Ali pendant plusieurs
mois, surtout le matin, pour partager le rituel du petit-déjeuner
avec Janine, Bertho, Djama et les autres… Je crois bien que
je suis devenue, moi aussi, une habituée… J'ai rapidement
compris que ce lieu me donnerait la possibilité de poursuivre
ma quête : filmer le temps dans un lieu, filmer le temps qui
passe sur des êtres, des visages, et sur leurs destinées.
Filmer également une manière d’exister ensemble – un
petit "commerce", qui reprendrait à son compte l’origine
du mot lui-même : un lieu d’échange, où l’on
s’alimenterait de manière générale… »
Chantal
Briet.
« Au-delà du pittoresque, au-delà du
politiquement correct, ce documentaire sur l’épicerie
de La Source – quartier "sensible" d’Epinay-sur-Seine – tire
sa force d’avoir été tourné sur plusieurs
années dans ce lieu quasi unique. "J’ai rapidement
compris, explique Chantal Briet, que ce lieu me donnerait la possibilité de
poursuivre ma quête : filmer le temps dans un lieu, filmer
le temps qui passe sur des êtres, des visages et sur leurs
destinées." Filmer le temps est un luxe et une spécificité du
documentaire. On peut à la rigueur tourner une fiction sur
quelques saisons, très rarement sur des années. Avec
le documentaire, c’est possible, voire courant. De cette façon,
on gagne en profondeur humaine, en amplitude. La cinéaste
ne respecte pas scrupuleusement la chronologie, mais suit l’évolution
des personnages qui hantent l’épicerie du dynamique
et souriant Ali. Ce havre chaleureux, plus familial qu’un café de
quartier, sert de repaire à des chômeurs, des retraités.
Certains viennent pour faire des emplettes, mais aussi pour papoter,
prendre un café, offert par la maison. D’autres, tel
Jamaa, un pilier de l’épicerie ferré en littérature
allemande, rendent de menus services en échange de quelques
sous. Le temps qui s’écoule, on le perçoit non
seulement par le passage du franc à l’euro, mais aussi
par des changements dans la physionomie des personnages, dans leur
statut social. Le talent de la cinéaste et de ses monteurs
(Benoît Alavoine et Nathalie Charles) réside dans leur
capacité à dessiner de vrais personnages, dont les
apparitions servent de jalons au film (l’épicier Ali,
mais aussi Jamaa, Bertho, Rabbah, Papi). Bien sûr, les choses
sont parfois un peu forcées sur un mode théâtral.
On se doute qu’un tel faisant un numéro de breakdance
ou qu’un groupe chantant a cappella dans la supérette
jouent pour la caméra. De même, la musiquette qui ponctue
les rituels du film accentue son côté folklo. Mais la
singularité des personnages transcende ces réserves.
La cerise sur le gâteau, qui clôt élégamment
le film, c’est la transformation du magasin. Vétuste,
il est rénové, réinstallé. Séquence
quasi proustienne à la manière du Temps retrouvé ;
postface mortifère qui marque la fin d’une époque,
la destruction d’un lien. Le nouveau magasin est nickel, mais
Jamaa n’y vient presque plus, Papi est mort, etc. Métaphore
du progrès, qui améliore la vie, mais détruit
le tissu social. Il y a dans ce film la quintessence de ce qu’ont
toujours cherché, en forçant sur le trait, Mocky, Jérôme
Deschamps ou Scola. »
Vincent Ostria, Les Inrockuptibles
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