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SEANCES
mercredi 13 juin à 20h
samedi 16 juin à 20h
mardi 19 juin à 20h
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EUREKA
de
Shinji Aoyama
Japon, 1999, 3h37, VOSTF
Avec
Koji Yakusho, Aoi Miyazaki, Masaru Miyazaki, Yohichiroh Aitoh, Saiuri Kokusho
A Kyushu, une sanglante prise d'otages
traumatise à jamais Makoto et deux
enfants, Kozue et Naoki. Ces derniers en restent muets. 2 ans plus tard, sans
parents, ils rencontrent Makoto, qui s'installe chez eux avec leur cousin. Soupçonné d'un
meurtre, il achète un bus d'occasion et propose aux 3 enfants de partir
avec lui. Magnifique road movie mélancolique, Eureka propose comme
thérapie au deuil le voyage.
« Kozue et son grand frère, Naoki rescapés
d’une prise d’otage tentent peu à peu de se remettre
de cette expérience traumatisante sur l’île de
Kyushu. D’abord, il y a la largeur des prises de vue que le
format scope ne fait que rendre plus puissantes, et plus empreintes
d’un souffle élévateur. Ensuite, il y a le choix
du noir et blanc tiré sur pellicule couleur qui confère
aux images ce ton sépia, à la fois mélancolique
et d’une douceur extrême. Et puis au centre de cet amalgame
de recherches esthétiques, il y a le récit de trois
vies qui n’en font qu’une parce qu’elles ont conflué dans
le torrent d’une expérience dévastatrice, "surgie
comme une catastrophe naturelle". La caméra les fixe,
les approche dans leur douleur muette, les entoure (à la manière
de Kiyoshi Kurosawa, dont le réalisateur fut l’assistant
et admet s’être beaucoup inspiré), et s’accroche à ces
liens invisibles qui persistent à lier les enfants, pourtant
enfermés dans le mutisme, entre eux, et au chauffeur du bus.
Les images submergent le regard dans l’immensité des
plaines sauvages d’un pays a priori tout petit, d’une île,
celle de Kiushu. La profondeur de champ, scrupuleusement préservée
dans un récit intimiste, permet à l’esprit d’appréhender
l’horreur de la douleur avec toute l’espérance
que cela doit comporter pour celui qui essaye de continuer à vivre.
Ainsi (…), les héros de ce film ne sont que les éléments
complémentaires du macrocosme qui les abrite. Et nécessairement
le mal qui les habite se répand alors comme une traînée
de poudre sur ces espaces sans fin. C’est pour cette dernière
raison que le chauffeur de bus, Makoto, n’a d’autres
issues que de quitter le domicile familial, de rompre avec ce qui
jusqu’ici fut un environnement heureux. Dans la douleur intérieure
d’avoir survécu à l’aventure du bus, il
y a la fuite, nécessaire pour "recommencer". Or,
tel que le lui dit par la suite son ex-femme, il n’était
pas possible de recommencer, seulement de continuer. (…) Et
c’est peu à peu que les trois personnages, de nouveau
réunis dans le rituel du quotidien et non plus dans l’exception
de l’événement, réapprennent à sentir.
(…) Dans ce nouveau schéma qui s’esquisse, où un
frère et une soeur s’unissent à un étranger
célibataire, un quatrième personnage prend place. Il
est l’élément indispensable à la mémoire
du vieil équilibre, c’est-à-dire à la
structure mentale. Quatrième du couple parent / enfant, quatrième
du face à face meurtrier, quatrième exclu de ce qui
lie les trois autres, sorte de témoin. (…) C’est
ce que semble dire Kozue, à la fin du film, lorsqu’elle
lance au loin des coquillages auxquels elle donne les noms de tous
ces personnages. Comme si, bons ou mauvais, il fallait les réunir
pour abolir le traumatisme qu’ils portent chacun pour l’enfant.
La douleur ne se dit pas. Tout au plus quelques larmes sur le visage
de la petite fille. Mais surtout une absence cruelle de mots qui
semblent faire écho à la toute première phrase
du film : "Un raz-de-marée va venir. Et j’en suis
sûre, tout le monde disparaîtra". Dès lors,
le réalisateur a habilement recours aux effets visuels les
plus révélateurs d’une vie intérieure
malgré les mots pour le dire. Et de jouer sur les très
gros plans de visage qui succèdent à des paysages sans
fin, pour rappeler la douleur (…). Dans ces moments, la durée
de la prise est merveilleusement plus longue que de rigueur. Impossible
donc d’y échapper et de se laisser porter par les méandres
narratifs du voyage. Eux qui d’ailleurs n’auraient pas
de sens sans ces intercalations "photographiques". La durée
du film, c’est encore le chemin nécessaire pour parvenir à bout
de tant de souffrance, parce que rien ne pouvait se résoudre
sans la fuite du temps. Le film se construit sur deux parties essentielles :
celle de la douleur vécue apparentée au bus meurtrier,
et celle de son abolition progressive grâce au voyage dans
le nouveau bus. Et même si au cours du voyage, le drame trouve
encore la place de s’introduire (…), la fin révèle
un achèvement par retour sur le passé et dépassement
de celui-ci. Kosue entre dans la mer comme dans l’eau de la
grâce chère à Claudel, et semble prendre un souffle
nouveau. En arrière-plan, Makoto tient dans sa main le mouchoir
maculé du sang qu’il crache, mais sourit pourtant, parce
que la jeune fille revit pour eux tous : "Kaerô" (On
rentre !) crie-t-il à Kosue. : "C’est l’équivalent
du ‘Let’s go home Debbie !’ à la fin
de La Prisonnière du Désert, dit Aoyama. Eureka n’en
a pas l’air mais en fait c’est un western !". »
Louise
Labib, Artelio.
« Dans la première séquence
de Eureka,
une catastrophe terrifiante bouleverse la vie de trois personnes
: un adulte qui devra redonner un sens à son existence, et
deux enfants qui n'ont pas encore éprouvé leur volonté de
vivre. À l'origine du film de Shinji Aoyama, on retrouve les
chocs et traumatismes consécutifs à la vague de violence
et de crimes gratuits, comme les attentats au gaz sarin dans le métro
de Tokyo, qui a sévi au Japon. Eureka est l'histoire
d'êtres humains déstabilisés par un drame fortuit.
Dans la douleur, ils s'attachent peu à peu à constituer
une sorte de nouveau cercle familial où ils peuvent faire
face à l'horreur de leur expérience commune, commencer à reconstruire
leur vie et à se libérer du passé. Ce film retrace
leur cheminement : un voyage de l'âme, un road-movie intérieur. »
Notes
du distributeur
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