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SEANCES
mercredi 6 juin à 21h
samedi 9 juin à 17h
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SHARA (SHARASOJYU)
de
Naomi Kawase
Japon,
2004, 1h39, VOSTF
Avec
Kohei Fukungaga, Yuka Hyyoudo, Naomi Kawase, Katsuhisa Namase, Kanako Higuchi
A 12 ans, Shun a vécu la disparition de son frère jumeau Kei, comme
mystérieusement enlevé par les dieux. 5 années plus tard,
son souvenir l'obsède toujours, et ce lourd fardeau empêche Shun
de déclarer son amour à Yu, elle aussi hantée par un secret.
Des révélations sur leur passé à tous les deux vont
enfin leur permettre d'affronter la vie... Une oeuvre atmosphérique, subtile,
dont la beauté se diffuse graduellement.
« L’artiste et vidéaste expérimentale
qu’est Naomi Kawase n’éprouve aucune difficulté à montrer
dans une sorte de suspense douloureux et profond les traces de la
disparition d’un enfant, le travail de deuil et de mémoire
qui s’en suit et la lente réappropriation de soi et
de son histoire, malgré tout. Elle observe avec compassion,
comme une personne aimante écoute la détresse humaine.
Elle ne raconte et ne filme que ce qu’elle a vécu elle
même. Abandonnée par ses parents qui divorcent, elle
est élevée par sa grand-mère qui l’adopte.
Tous ses films tournent autour de ce noyau douloureux de l’abandon,
de la perte et de la reconquête de soi. La cinéaste
a elle-même traversé ces épreuves. Ses plus beaux
films ne racontent que cela, mais ce n’est ni larmoyant, ni
triste : Shara, c’est l’histoire de la
disparition d’un être proche, l’histoire d’un
corps manquant (Kei, le frère jumeau) qui obsède et
détermine la vie du corps restant, Shu. Et la vie de ses parents.
Disparition d’autant plus douloureuse, que le garçon
s’est littéralement évanoui, il a été comme
avalé, happé par une maison et son corps s’est évanoui
en même temps. Le cinéma sensuel de Naomi Kawase suit
les jumeaux dans leurs jeux de poursuite, les perd dans les dédales
de la ville de Nara, ancienne capitale du Japon, où la réalisatrice
a vécu elle-même, créant ainsi un mystère
et une interrogation plus profonde, dépassant toujours le
cas, le fait divers, l’anecdote. Son langage de cinéaste élargit
le propos en permanence : combien de corps ont disparus, où sont
tous ces fantômes du vieux Japon ? N’ont-ils pas
habités ces maisons et ces ruelles, ne sont-ils pas là dans
tout ce qui ne se parle pas, dans tout ce qui accable secrètement ?
De quel retour du refoulé veut-elle parler à ses parents,
aux Japonais ? Comment ne pas s’y perdre, comment vivre
sans oublier, comment accepter cette disparition cruelle, comment
grandir sans son frère jumeau, mais construire sa propre vie
quand même ? Comment faire avec la révélation
qu’on est un enfant adopté ? Quand elle entreprend
le travail sur Shara, elle s’installe avec ses acteurs-personnages
du film dans une relation quotidienne. Toute l’équipe
vit dans une maison, ça sera la maison du tournage, ça
sera leur vie pour et dans le film. Peut-être arrive-t-elle
ainsi à créer cette intensité peu commune qui
caractérise ses films. Comme si elle avait écouté pendant
des décennies les manifestations secrètes des âmes
en émoi. Son cinéma révèle, dans une
alchimie dont elle est seule à connaître la formule
et l’antidote, l’agitation des corps exposés aux
tourments des émotions. À l’observation de ce
monde intérieur insondable, elle joint un filmage d’une
précision exceptionnelle pour capter les manifestations du
corps par rapport à cette violence du réel inacceptable. Shara est
une autre pierre précieuse qui complétera la lente élaboration
d’une œuvre, du travail ô combien spécifique
de la cinéaste : étudier les rencontres tourmentées
des âmes sœurs / frères, parents / enfants, etc. Shara marque
aussi un tournant, car, c’est la première fois, que
Naomi Kawase donne la priorité à la "danse" de
la vie, à la renaissance – un bébé naît – non
pas pour remplacer le corps disparu, mais pour affirmer le mouvement
perpétuel. Dans une chorégraphie joyeuse, une danse
que Naomi Kawase a inventée, elle célèbre la
vie et sa propre guérison. »
Heike Hurst, Le
Monde libertaire
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