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SEANCES
jeudi 5 juillet à 19h
dimanche 8 juillet à 18h30
mardi 10 juillet à 19h
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LES
VIKINGS (THE VIKINGS)
de
Richard Fleischer
USA,
1958, 1h54, VOSTF
Avec
Kirk Douglas, Tony Curtis, Ernest Borgnine, Janet Leigh, James Donald, Alexander
Knox
Vers l'an 900, le Prince Einar est l'unique fils et héritier de Dragnar,
chef Viking sanguinaire. Prince Eric est son frère secret, le fruit de
l'union illégitime de Dragnar et d'une reine anglaise. Les deux hommes
vont se déchirer et s'affronter pour le coeur d'une princesse... Une odyssée
plastique, une expérience particulière de l’image, un souffle
physique pur qui transforme la fresque historique.
« En exagérant à peine, on voit
bien que Fleischer invente le filmage en scope. Preminger ? Ray ?
Kazan ? Bien sûr. Et d’autres. Mais l’œil
de Fleischer se passionne pour le défi de ce rectangle vierge
d’histoire filmique et en explore très vite, et seul,
toutes les possibilités. (…) Fleischer évite
la frontalité. Ses compositions affichent des diagonales,
variées, simples ou complexes : il faut qu’une
puissance conflictuelle de l’image anime l’œil
du spectateur. La perspective tracée recèle alors une énergie
excitante. Le cadrage de Fleischer oblige l’œil à voyager
dans l’image. À suivre la composition des groupes armés
(l’avancée vers le château d’Aella). Mais
encore à s’enfoncer dans la profondeur. Profondeur simple
si groupes et personnages se répondent simplement. Mais aussi
profondeur complexe et touffue. L’image privilégie les
voûtes, les tunnels, les porches, tout ce qui déplace
l’action au fond. L’œil doit aller la chercher.
Des objets, des corps occupent l’avant de l’image. Ils
la bouchent pour sculpter la profondeur, mais ils déclinent
aussi l’horizontalité. Le dynamisme est complet :
il faut suivre ce qui bouge à l’avant et bouche l’arrière,
et aller chercher dans cette profondeur l’action souvent la
plus importante. Elle-même est mobile, parfois déferle
vers l’avant. Les angles les plus complexes (en plongée
et contre-plongée très marquées) détachent
spectaculairement l’instinct du relief. Le duel final sur les
hauteurs du château marie la géométrie minérale,
qui vient contrer avec énergie les frontières horizontales
du scope, avec une sauvage impression de relief, forgée par
l’angle et l’accroche optique des pierres sculptées.
On réalise combien Fleischer use des décors comme des
végétations pour creuser le scope. (…) Effet
spécial de la surimpression, effet de tunnel, immersion élastique
de l’image. Relief baroque, dynamique, transformant l’artifice
en appétit supplémentaire de possibles aventures optiques.
Fleischer trace pour l’œil la carte d’un monde
en trois dimensions où habitent les péripéties
de l’histoire principale. (…) Sans théorie, Fleisher
retrouve le langage épique de l’épopée
et des fresques soviétiques, de manière très
immédiate. La fureur et la sève du film jaillissent
du lien et du conflit des plans. De larges unités de couleurs
et des ensembles poétiques en unifient les décors et
les chapitres. Mais au-dedans, les compositions, les contenus, les
tailles de plans s’opposent violemment, créent tantôt
des chocs, tantôt des rimes. Contenus de plans (postures, objets,
armes, emblèmes) engendrent des échos précis,
et des mouvements d’appareil se déclinent en quelques
figures (panoramiques des gouffres et des tours, travellings de l’avancée
viking, effet de grue cérémonielle) énoncées
comme motifs dominants. Une sorte de dessin baroque, arabesque, motif
centrifuge et néanmoins agrégat de symétries,
compose le récit, explorant l’histoire comme les puissances
du scope s’offrent à l’œil en des traversées élastiques.
L’architecture du film donne l’impression d’un
monument achevé et souple : en fait, le style visuel
en relief révèle une manière de penser, et l’univers
du film se donne par entrées multiples, en perpétuelle
mobilité. Les mondes de Fleischer fusionnent mythes et réalités
sociales. Le lien entre les deux est d’ordre physique, érotique,
panique, l’excès physique débouchant sur la perversion
ou la fureur. Ailleurs, les héros de Fleischer sont déments
et criminels. Ici, leur fureur remplit de vie des mondes qui finissent
ou surgissent. Fleischer souligne les présences mythiques
réclamées par son récit épique. Odin
et ses mystères guident l’histoire, tirant les ficelles
du mélodrame. Éric perd sa main, Einar son œil,
tel le Wotan wagnérien. Perte mythique : l’on abandonne
toujours une part de sa chair pour saisir une vérité supérieure
et se dépasser. Dans les vies rêvées de la fiction,
l’œil voit toujours mieux en s’arrachant ou en
s’abîmant. »
Pierre Berthomieu, Positif
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