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SEANCE UNIQUE
mercredi 20 juin de 14h à 18h
SÉANCE SUIVIE D’UNE LEÇON DE CINÉMA
DE JEAN-CHRISTOPHE BERJON, DÉLÉGUÉ GÉNÉRAL
DE LA SEMAINE DE LA CRITIQUE, SUR LES CINÉMAS D'AMÉRIQUE LATINE
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LE
VIOLON (EL VIOLIN)
de Francisco Vargas
Mexique, 2006, 1h38, VOSTF
Avec Don Angel Tavira,
Dagoberto Gama, Fermin Martinez
Don Plutarco et son fils Genaro
vivent une double vie. Fermiers et musiciens, ils font aussi
partie de la guérilla qui tente de
renverser le gouvernement. L'armée attaque le village. La guerilla
prépare la contre attaque mais les munitions sont restées
cachées dans le village. Grâce à son violon, Don
Plutarco va se faire accepter par l'ennemi. Une fable à mi-chemin
entre néo-réalisme et modernité formaliste..
La
petite ville, il n’y va que pour gagner quelques sous
en faisant de la musique. Ou pour aider son fils à récupérer
des armes. Le reste du temps, Plutarco, le vieux violoniste manchot
(pour jouer, il attache son poignet à l’archet avec
un ruban), vit dans la forêt. Espace immense, apparemment tranquille,
mais où le danger se dissimule derrière chaque buisson,
chaque colline. Car la dictature règne, les militaires traquent
les résistants et forcent les paysans, ces « olvidados » modernes, à fuir
chaque jour un peu plus loin. A la suite d’une rafle, la bru
de Plutarco et sa petite-fille disparaissent. Après avoir
emprunté une mule à un propriétaire foncier
faussement bonasse, il se rend sur son lopin de terre, occupé à présent
par des soldats, sous le commandement d’un officier apparemment
mélomane.
C’est fou ce que certains militaires
aiment la musique : le rêve du capitaine, par exemple, aurait été de
jouer du violon, comme Plutarco, mais un caprice du destin l’a
transformé en petit chef, en séide de dictateur, en
bourreau occasionnel. Impassible, le vieux violoniste se propose
de lui donner des cours, alors qu’il ne songe qu’à déterrer,
dans son champ, des munitions et les apporter, au plus vite, aux
résistants.
C’est ce duel entre deux matois
jouant aux benêts,
essayant de se duper l’un l’autre – un affrontement
digne d’un western épuré – qui est au cœur
du premier film du Mexicain Francisco Vargas. Film où la violence
n’éclate que par stridences, notamment lors d’un
prologue terrifiant de sauvagerie. Le plus souvent, le jeune réalisateur
mise, au contraire, sur l’angoisse sourde, le péril
entrevu. Et quelques trouvailles ingénieuses de scénario
et de mise en scène : ainsi la silhouette de l’ivrogne
qui tangue interminablement devant l’entrée d’un
bistrot – et dont on se demande longtemps ce qu’elle
fait là – permet-elle à un paysan-résistant
d’éviter un contrôle de police…
Le
film est sombre et ardent. Entre le capitaine et Plutarco, entre
la dictature et la résistance, on devine vite qui vaincra.
Mais c’est le vieux violoniste qui triomphe, lorsque tout est
perdu, en s’opposant au capitaine qui lui ordonne, le somme
même, de jouer de son instrument une dernière fois. « Il
n’y aura plus de musique », rétorque Plutarco à son
oppresseur. Plus jamais ? Bien sûr que non. Alors même
que le violoniste s’est tu, Francisco Vargas filme deux gamins
chaplinesques, survivants magnifiques, chantant dans les rues un
refrain révolutionnaire.
Pierre Murat, Télérama
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