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SEANCES
mercredi 9 mai à 20h
mardi 15 mai à 20h
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AMSTERDAM
GLOBAL VILLAGE
de
Johan Van Der Keuken
Pays-Bas, 1995, 4h05, VOSTF
Après avoir parcouru le monde, Johan van der Keuken choisit de filmer
ce lieu d’accueil qu’est sa ville natale. Les cercles paisibles des
canaux de la vieille cité lui inspirent une construction en mouvements
latéraux à travers les saisons, à travers le temps, mouvements
interrompus par une série de rencontres illustrant l’idée
de métissage très présente à Amsterdam .
« Je suis allé à l’Est distraire
mes pensées et, en chemin, autre chose m’est venu à l’esprit :
ma ville, Amsterdam, était l’endroit où était
représenté tout ce que je pouvais voir partout ailleurs.
Cette ville qui m’a toujours séduit, avec son aspect
trompeur de village, les reflets de sa lumière inimitable,
tour à tour nordique et méridionale, sauvage et sensuelle – carrefour
des nations, refuge tolérant qui a attiré vers elle
le monde entier. Et brusquement, je vis que tout cela avait changé,
que l’innocence avait disparu des rues et que des théories
cyniques l’avaient investie en force. À vrai dire, je
ne connaissais guère toutes les cultures qui s’y sont
implantées depuis quelques décennies, ni les sous-cultures
et "bandes" qui y sont nées. Le refuge d’autrefois
semble envahi par le tourisme commercial des autocars et le tourisme
désespéré de la drogue. Une chose était
sûre : cela m’était bien plus étranger
que la vie étrange des terres lointaines. Là-bas j’étais
surtout le voyageur qui essaie honnêtement d’avoir présent à l’esprit
ce qui unit les hommes au-delà de toutes les différences,
alors qu’ici, en pénétrant dans un quartier moins
connu peuplé de visages familiers, j’ai parfois brusquement été gagné par
un sentiment de déracinement. Et j’ai su qu’il
me fallait précisément filmer à Amsterdam ce
monde qui tourne en une ronde folle, pour essayer de transposer,
ici précisément, l’inconnu dans le familier.
En effet, si je ne suis pas ici un citoyen du monde, je ne le serai
nulle part ailleurs. »
Johan Van Der Keuken
« Johan van der Keuken revient
dans le très
beau livre que lui ont consacré Les Cahiers du cinéma
(Johan van der Keuken, Aventures d’un regard, 1998) sur la
genèse d’Amsterdam Global Village. La réflexion
tourne autour d’une certaine idée du cinéma direct,
définie comme suit : "(…) la vérité de
notre propre corps au milieu de ce qui est mis en mouvement autour
de nous. Le direct au cinéma : le corps et la caméra
se confondent le temps de la prise de vue, tant qu’on est en
phase avec l’imprévisible qu’on a soi-même
déclenché." On n’est pas très loin
de la "ciné-transe" chère à Jean
Rouch, à travers laquelle de part et d’autre de la caméra,
s’instaure une interaction, un échange, un partage en
vertu desquels les frontières – qu’elles soient épidermiques,
nationales ou culturelles – s’abolissent mutuellement
dans la création d’un imaginaire commun. Ce cinéma-là,
l’expression est de Jean-Luc Godard, est à proprement
parler rimbaldien, au sens où il accomplit, vingt-quatre fois
par secondes, ce troublant sésame de la modernité poétique : "Je
est un autre". D’où l’idée de van
der Keuken de filmer l’espace familier de sa propre ville,
Amsterdam, telle que l’autre l’a transformée,
telle qu’en vérité, il ne s’y reconnaît
plus tout à fait. Une série discontinue de portraits
détermine cette longue dépossession de soi (quatre
heures), à travers l’histoire et le trajet de personnages
eux-mêmes déracinés à Amsterdam. Soit
un jeune livreur de pizza d’origine marocaine, un homme d’affaires
tchétchène, un employé de grande surface bolivien,
une vieille femme juive et son fils miraculeusement sauvés
des griffes nazies, quelques autres encore. À l’occasion,
au gré de leur récit et de leurs déplacements,
le cinéaste accompagne le retour de leur mère patrie,
construisant ainsi son propre récit sur un mouvement
tout à la fois centrifuge et centripète. C’est
le très beau paradoxe de ce film qui, entièrement bâti
sur la notion de diffraction et de perte (celle du cinéaste
par rapport à sa ville, celle de ses personnages à l’égard
de leur pays d’origine), n’en figure pas moins, au final,
la reconquête devenue film. Amsterdam Global Village,
qui renouvelle à l’ère de la mondialisation la
forme des "symphonies" citadines de l’avant-titre
une œuvre qui – au fil des travellings qui subsument
leur commune nature sous le signe de la flânerie fluviale – place
le cinéma et la cité sous les auspices d’un même
manifeste, énoncé sur sa mobylette par le plus modeste,
sympatique et pétaradant de ses acteurs : "La vie ?
C’est ce qu’on en fait avec ceux qui nous entourent." »
Jacques
Mandelbaum, Le Monde
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