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SEANCES
mercredi 2 mai à 18h30
dimanche 6 mai à 18h30
ENSAN : Ecole Nationale Supérieure d’Architecture
de Nantes
LAUA : laboratoire Langages, Actions
Urbaines, Altérités
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MUR
de
Simone Bitton
France/Israël, 2004, 1h40, VOSTF, documentaire
"Nous aimons tellement cette terre
que nous l’emprisonnons." Mur est
une méditation cinématographique personnelle sur le conflit israélo-palestinien,
proposée par une réalisatrice qui brouille les pistes de la haine
en affirmant sa double culture juive et arabe. Dans une approche documentaire
originale, le film longe le tracé de séparation qui éventre
l’un des paysages les plus chargés d’histoire du monde, emprisonnant
les uns et enfermant les autres.
« Le parti pris du documentaire de Simone Bitton
est volontairement non pédagogique ; ici pas de commentaire
contextualisant la mise en oeuvre de ce projet ruineux, un refus stratégique
d'indiquer d'une séquence l'autre de quel côté du
mur on se trouve. Comme il est dit à plusieurs reprises, la
caméra "enregistre", en l'occurrence un processus
architectural et politique nouveau, qui provoque un mélange
de colère et de fascination, ses effets sur le paysage, la
biologie bouleversée du territoire, sur la vie d'habitants
encerclés. »
Didier Peron, Libération
« Le mérite
politique de Mur est de
filmer la réalité matérielle, tactile, de la
chose et de justifier rapidement et fortement son titre – et pas
de doutes, c'est un mur, quelque chose qui est construit pour séparer,
pour empêcher. Rarement aura-t-on aussi bien rendu la sensation
d'une terre de lait et de miel, l'harmonie d'un paysage travaillé par
les hommes depuis si longtemps, représentation matérielle
d'un espoir tout proche et pourtant hors d'atteinte. »
Thomas
Sotinel, Le Monde
« Comment ne pas condamner le gouvernement
israélien
? Comment ne pas soupçonner le transfert forcé de population – modalité internationalement
reconnue de crime contre l'humanité – lorsqu'un village
entier est coupé de ses terres fertiles ? Comment même
ne pas craindre une forme de génocide, dès lors que
la malnutrition infantile fait son apparition dans les territoires
occupés les plus isolés ? Ces préoccupations,
prégnantes depuis l'accession d'Ariel Sharon au poste de Premier
ministre en février 2001, ont été avivées
par la construction dès juin 2002 de la "clôture
de sécurité" par laquelle Israël entend se
séparer des Palestiniens et se protéger du terrorisme
venu de Cisjordanie. Une clôture alternant des portions en
béton de huit mètres de haut et des tronçons
de barbelés, clôture qui fut condamnée en juillet
par la Cour internationale de justice de La Haye. Dans son film Mur,
grand prix du dernier Festival international du Documentaire de Marseille,
Simone Bitton enquête sur l'érection de cette barrière.
Mais pour elle, il ne s'agit pas tant de condamner moralement un
projet que de rendre compte en détails de son avancée.
L'ouvrage, d'abord, frappe par son immensité : travellings
interminables sur une barrière qui s'étire à l'horizon,
plans rapprochés sur des blocs de béton trop grands
et trop lourds pour les ouvriers qui les manipulent, coût moyen
de deux millions de dollars par kilomètre édifié.
Il choque ensuite par la violence qu'il déploie : violence
faite à une terre pourtant sacralisée, avec des milliers
de mètres cubes de champs retournés ; violence subie
par les Palestiniens de Cisjordanie, spoliés de leurs vergers
et surveillés depuis des miradors ou des hélicoptères
de combat ; violence infligée également aux Israéliens,
rendus aveugles par cette clôture opaque. La progression de
l'ouvrage est lente, mais certaine. Déplacés par une
grue dont le rouage tourne de façon inquiétante, les
pans de mur filmés en plan fixe viennent inéluctablement
obstruer la totalité de l'écran. Il y a pourtant une
faille dans ce Mur, une insondable fragilité. Une
incapacité, malgré le gigantisme des moyens déployés, à atteindre
les objectifs qui lui ont été assignés. L'obstination
des Cisjordaniens à franchir l'obstacle de béton pour
aller travailler ou rendre visite à leurs proches, la dérisoire
facilité avec laquelle un Palestinien traverse un rideau de
barbelés, la gêne d'un vieil Israélien d'origine
irakienne avouant qu'il se sentait mieux dans son pays natal, la
honte d'un enfant israélien refusant que sa mère parle
arabe à la maison... Autant de traits qui révèlent
l'impossibilité d'une séparation unilatérale
par le mur et pointent son inefficacité en termes de sécurité.
Car de part et d'autre de ces stèles en béton, la vie
poursuit son cours et les corps se déplacent, dégagés
de tout asservissement. Côté israélien, les enfants
dessinent sur le mur ; côté cisjordanien, les Palestiniens
s'appuient sur lui pour fonder leur résistance. Gros plans
sur ces mains qui à travers les barbelés se rejoignent
et s'aident à passer, peu importe la peine, peu importe la
durée. Peu importe aussi l'attitude solennelle qu'affiche
Amos Yaron, Directeur général du ministère de
la Défense, dont les contre-sens politiques donnent envie
de s'agiter. C'est ici que réside la puissance de Mur :
rendre civil, inlassablement mobile et audacieux. À la fin
du film, le mur lui-même s'est transformé. Il n'est
plus une offense ; il est réapproprié, comme le montre
cette scène où une femme le caresse de la paume : geste
qui renvoie immédiatement à un autre mur disputé,
façon de suggérer que la matière ne peut rien
séparer. "La perception morale des Israéliens
n'a rien à faire de commissions d'enquête, de tribunaux
internationaux", formulait l'historien Ilan Greilsammer il y
a déjà dix ans, insistant sur la priorité morale
absolue que constitue pour les Israéliens la sécurité de
leur nation. Simone Bitton en prend acte, et si elle s'attaque au
mur, c'est davantage pour démontrer son absurdité que
son immoralité. À l'instar d'autres films récemment
primés, Mur trouve sa valeur cinématographique
non tant dans sa beauté – pourtant saisissante – que
dans son efficacité. C'est que, dans un monde où les
valeurs fondatrices du droit international vacillent, il y a urgence à intervenir
sur le réel autant qu'à le transcrire, il y a urgence à créer
des objets aptes à susciter la mobilisation de toutes les
personnes concernées. C'est ce que tente Mur, en
proposant au spectateur un salutaire déplacement de sa faculté de
juger. »
Benjamin Bibas et Sophie Berdah, Hors Champ,
le quotidien des Etats généraux
du documentaire de Lussas
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