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SEANCES
jeudi 3 mai à 20h30
dimanche 6 mai à 20h30
mardi 8 mai à 20h
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PUBLIC
HOUSING
de
Frederick Wiseman
USA, 1997, 3h15, VOSTF, documentaire
À Chicago, Frederick Wiseman et son équipe légère
ont observé pendant six semaines les activités quotidiennes de
la cité Ida B. Wells, un ensemble de logements sociaux dont les habitants
sont majoritairement noirs et pauvres. Le film prend le contre-pied des stéréotypes
et corrobore les "problèmes sociaux" qu’on attendait en
les abordant comme on ne les attendait pas.
« Ville : Ida B. Wells, cité de
la banlieue de Chicago. Année : aujourd’hui (1997).
Population :
noire à 99%. Problèmes : drogue, chômage,
insalubrité, logement, sida, vols, violences, vieillesse,
grande pauvreté, éclatement des familles, etc. Espérance
de vie : faible et aléatoire. Pays : au moment d’écrire
Etats-Unis, on hésite tant l’impression voulue et donnée
par Public Housing, le trentième film de Frederick Wiseman,
est celle d’une île coupée du reste du monde auquel
pourtant il paraît qu’elle appartient – définition
d’un ghetto. Existe-t-il encore un monde hors-champ, ou voit-on
des survivants de l’humanité tenter d’habiter
des ruines ? Et si oui, ce monde sait-il encore que Wells existe
ou bien a-t-il déjà fait le sacrifice de cette partie
de lui-même, exactement comme il a renoncé à penser
l’existence d’un tiers-monde ? C’est la terrifiante
vertu du travail de Wiseman : l’immersion totale – espace
sans sortie, durée sans rémission d’un temps
anti-télévisuel – en un milieu saisi dans son
quotidien provoque, non seulement un effet d’hyper-réalité,
mais aussi une impression d’étrangeté, de fantastique.
Si bien qu’en voyant Public Housing, les seuls autres
films auxquels on pense sont Assaut, Invasion Los Angeles ou New
York 1997 : comme si les fictions urbaines pas si paranoïaques
que ça tout d’un coup de John Carpenter, avaient poussé sur
le terreau documentaire retourné par Frederick Wiseman ;
terreau devenu en quelque sorte caution pré-historique, hors
de toute chronologie des films, à des scénarios-catastrophes
qui, en en retour, laissent imaginer ce qui est latent dans la réalité filmée.
D’ailleurs, une "femme de terrain" dit au cours d’une
de ces réunions de quartier filmés dans Public
Housing, que la cité est au bord de devenir une "war
zone", ce qui serait un très bon titre pour un Carpenter.
Et il y a un tragi-comique involontaire à ce que la ville
s’appelle Wells, comme l’écrivain de La Guerre
des mondes. Deux mondes en guerre (à moins que l’ethnocide
en cours ne l’empêche). Deux mondes aussi qui, pour l’instant,
s’ignorent. »
Bernard Benoliel, Les Cahiers
du cinéma
« Un supermarché, ses allées,
ses chariots et sa profusion de richesses mercantiles mises à portée
de toutes les mains : quelle image plus prosaïquement symbolique
de l’american way of life ? Dans Public Housing,
que Frederic Wiseman a tourné dans les quartiers noirs de Chicago,
on trouve un supermarché conforme au modèle type. Sauf
qu’il est interdit aux consommateurs. Ses allées sont
réservées aux vendeurs, ses étagères au
stockage. Les clients, eux, s’agglutinent à l’extérieur,
derrière un guichet grillagé, lançant leur demande
de loin, le nez sur la vitre du paradis perdu, le geste maintenu à distance
respectable par les précautions antivol… Une scène
hallucinante de l’envers des rêves américains, filmée,
sans commentaire, par un grand du documentaire hors norme. Après
l’hôpital psychiatrique, la caserne, le grand magasin,
Wiseman, éternel chroniqueur des institutions américaines,
est allé interroger la réalité du logement social à Chicago, "noeud" emblématique
de tous les problèmes urbains du pays : affrontements raciaux,
drogue, chômage… (…) Il peut y avoir des séquences
choc chez Wiseman comme celle du supermarché, mais sa démarche
repose essentiellement sur autre chose : une maïeutique de
la rencontre et du montage, qui accorde tout son temps à la
complexité des choses et des gens… En trois heures, Public
Housing nous donne l’impression d’un voyage en direct :
il nous véhicule à l’intérieur des bureaux,
des maisons, des cuisines, des salles de réunion, sans oublier
d’enregistrer le jeu paisiblement inattendu des jets d’eau
sur les pelouses ombragées des grands ensembles pas si décatis
que ça. On y rencontre des cheftaines d’association, des
flics, de ménagères volubiles et des vieilles dames mutiques,
des sportifs reconvertis dans le social, des pseudo délinquants "courants" et
des drogués qui veulent se repentir. Le film prend le contre-pied
des stéréotypes et corrobore les "problèmes
sociaux" qu’on attendait en les abordant comme on ne les
attendait pas. Public Housing, cela étant, parle, même
si on ne l’entend pas, par la voix de Wiseman. C’est-à-dire
par son montage, dont les choix ne sont évidemment pas neutres :
lui-même a expliqué, par exemple, qu’il n’avait
pas retenu d’images de rappeurs (à Chicago !) pour éviter
de donner dans un cliché trop convenu. On se demandera,
alors, si les pelouses du quartier d’Ida B. Wells Homes sont
vraiment plus fleuries que les graffitis d’escaliers, et s’il
n’atténue pas quelques misères convenues mais réelles.
On s’interrogera plus encore sur le comportement qu’auraient
les policiers qu’il accompagne s’il n’était
pas là. Questions sans réponses. Mais questions
elles-mêmes stimulantes. »
Ange-Dominique Bouzet, Libération
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