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SEANCES
jeudi 24 mai à 21h
samedi 26 mai à 10h30
mardi 29 mai à 19h
SAMEDI 26 MAI À 10:30 • SÉANCE SUIVIE D’UNE
RENCONTRE AVEC JEAN-LOUIS COMOLLI
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RÊVE
DE FRANCE À MARSEILLE
de Jean-Louis Comolli
France,
2003, 1h44, documentaire
Mars 2000, Marseille, France. La campagne des municipales s’ouvre dans
une ambiance de régression politique, notamment pour ce qui est de la
place des enfants de l’immigration au conseil municipal. En s’attachant
au cas particulier de Tahar Rahmani, conseiller PS grossièrement éjecté des
listes, Jean-Louis Comolli et Michel Samson donnent à voir une face des
faux-semblants et de l’hypocrisie politique à la française.
« En juin 1999, Jean-Claude Gaudin organise une
grande fête populaire, "la Massalia", pour exalter
toutes les communautés qui font Marseille et manifester l’envie
de milliers de gens venus d’ailleurs de se montrer Marseillais.
Radieux arc-en-ciel. Moins d’un an plus tard, mars 2000, commence
la campagne des municipales, la troisième pour nous :
qu’en est-il de ce nouvel esprit qui semble souffler sur la
vie politique marseillaise, trouve-t-il une traduction dans la sphère
politique ? Combien d’enfants de l’immigration récente,
celle qui gêne, on veut parler de l’immigration arabe,
figureraient en position éligible et seraient finalement élus
parmi les 101 conseillers municipaux ? Marseille, ville phare
des expérimentations politiques en France, nous dit-elle l’affaiblissement
du racisme anti-arabe et la fin des exclusions ? L’affichage
des fêtes, le ralliement des discours poussaient à l’optimisme.
Les enfants de l’immigration candidats semblaient aussi assurés
de leur coup: cette fois, l’intégration étant
derrière eux et le mot même leur devenant insupportable,
l’entrée en politique se ferait sans drame... »
Jean-Louis
Comolli, Michel Samson, Rétrospective de la série,
Centre Pompidou, novembre 2003
« Nous retrouvons la question :
qu’en est-il
du passage par la politique des Marseillais ex-migrants ? Du
premier au dernier film, la forme du récit change ; il
y avait deux scènes dans Marseille de père en
fils, il n’y en a qu’une dans Rêves de
France… La coupure est toujours active, mais ses acteurs
cette fois sont dans la même histoire, organiquement liés
dans le même film et non plus imposés par un geste arbitraire
de montage. L’histoire politique n’écrit pas le
même scénario à dix ans d’intervalle. Ce
qui fait du cinéma documentaire un témoin du passage
de la politique non seulement à travers les questions en jeu,
mais par les modifications qu’induit ce passage sur les formes
narratives. (…) Pour la première fois depuis que nous
filmons la vie politique à Marseille et en Provence, aucune
télévision, ni publique ni privée, n’a
accepté d’accompagner le dernier volet de la série.
(…) Nous tenions à la diffusion télé,
Samson et moi, pour une raison essentiellement politique : que
nos films soient présents là où ça se
passe en grande partie – sur un écran de télé ;
que ce soit là, sur le petit écran des infos et des
magazines, que nous proposions à des spectateurs aléatoirement
rassemblés une autre façon de faire jouer les corps
politiques, une autre expérience politique que celle du "spectacle" auquel
les télévisions tentent de nous habituer et dont elles
veulent nous convaincre qu’il est la seule manière de "montrer" la
vie politique. (…) Notre producteur, Paul Saadoun, a tenu
bon, finançant sur ses fonds propres (une pratique rare) ce
long tournage. Et c’est notre autre producteur, Gérald
Collas, qui a trouvé avec l’INA les moyens du montage. »
Jean-Louis
Comolli, Voir et pouvoir, Ed. Verdier, 2004
« Marseille
continue de faire son cinéma. Septième
volet de la série de documentaires consacrés par Jean-Louis
Comolli à la cité phocéenne, Rêves
de France à Marseille se veut le point d'orgue d'une édifiante
expédition dans les coulisses politiques d'une ville effervescente.
(…) Comolli boucle la boucle en s'intéressant aux municipales
de 2001. C'est donc dans cette continuité qu'il convient d'appréhender
cet ultime volet. Ici, il n'est plus question pour Comolli de faire
entrer progressivement son spectateur dans son univers ensoleillé "avé l'accent".
Toute démarche de familiarisation est ici exclue, car considérée
comme acquise. Le titre l'annonce, d'ailleurs : Marseille n'est
plus ici qu'un échantillon, qu'un élément révélateur
d'une réalité plus grande, nationale. L'ouverture se
fait donc brutale, chahutée par les rythmes endiablés
du grand raout populaire de la Massalia. Ce sera l'un des rares bains
de foule que s'autorisera la caméra de Comolli. Le reste se
fait en apnée sous les lignes de flottaison, et l'on y respire
mal. Austère, direct et dense, Rêves de France à Marseille s'impose
d'emblée comme un film exigeant, dont il faut accepter le
dispositif (alternance bancale de séquences sans commentaires à la
Strip-Tease, d'interventions énergiques du charismatique Michel
Samson et d'interviews-vérité) et le traitement (sans
véritable mise en place, présentation des acteurs,
ni repères clairs) sous peine d'être vite perdu en route.
Cette austérité de forme est d'autant plus regrettable
que Comolli aborde avec pertinence un sujet difficile, politiquement
tabou et habituellement invisible. En prenant le cas particulier
de Tahar Rahmani, et en décortiquant les rouages de sa maladroite
mise à l'écart des listes municipales PS, le documentariste
met en lumière le déséquilibre flagrant de représentation
entre la population maghrébine et les hommes politiques issus
de l'immigration (un cinquième de la population marseillaise
est d'origine maghrébine, ce qui n'a évidemment rien à voir
proportionnellement avec les quatre enfants de l'immigration sur
101 membres du conseil municipal). Mais plus loin que ce triste constat,
intelligemment et clairement énoncé, Comolli parvient également à dresser,
en quelques entretiens bien menés, un état des lieux
inquiétant de l'évolution des positionnements politiques,
annonciateur du 21 avril. Où l'on saisit dans toute sa cinglante évidence
l'éloignement progressif de la gauche d'avec son électorat
traditionnel (les milieux modestes et la jeunesse notamment), sa
pernicieuse récupération par la droite, manière
de comprendre a posteriori l’incapacité du PS à trouver
un souffle nouveau après le séisme frontiste. »
Guillaume
Massart, Film de Culte
« Pour cette élection
du maire de Marseille, en 2001, Michel Samson – qui mène
le cadre à sa
suite, conduisant à la fois l'enquête et l'image sur
les lieux du travail politique – déclare nettement son
parti pris en faveur d'une représentation claire, par les
listes mêmes, des différentes populations de la ville.
Notamment, il se déclare pour que l'importante population
immigrée soit représentée sur les listes électorales
par des personnalités issues de l'immigration. Mais il se
déclare, en fait, d'autant plus que le reportage le confronte
rapidement au problème de l'éviction du conseiller
municipal socialiste sortant, Tahar Rahmani. Ainsi, le parcours du
journaliste se trouve peu à peu – comme celui d'un héros
de fiction – aimanté par le suspens d'une question qu'il
pose et à laquelle personne ne semble vouloir répondre
parmi les membres de la ''gauche plurielle'' de l'époque :
''Où est donc passé Tahar Rahmani ?''. Parallèlement,
l'assurance du cadre à se poser ici ou là, à composer
régulièrement dans la ville des plans de pure contemplation
pendant lesquels la musique jazz remplace la parole, installe l'idée
d'une musicalité de la cité qui improvise sans cesse
les conditions de son équilibre. Et c'est peut-être
là qu'il faut chercher un passage vers le plus grand engagement
et vers une portée politique conséquente du film, dépassant
la simple information sur le fonctionnement, les travers, les jeux
d'influence et les différents types de langues de bois pratiquées à l'intérieur
des partis. Car si les jeux sur les mots permettent au scénario
de rebondir et aux listes électorales d'accueillir à nouveau
Tahar Rahmani avant la fin de la campagne, ils apparaissent à la
fois suffisants dans la bouche de ceux qui les prononcent et largement
insuffisants pour qui se met à y chercher du sens. Dès
lors qu'à ces professionnels de la parole et de la représentation
que sont les politiques, la mise en scène littérale
du processus démocratique menée par Comolli et Samson
oppose la parole de ceux qui veulent être représentés
parce qu'ils en ont besoin, la parole du peuple opprimé, celle
par exemple des minorités comoriennes ou maghrébines,
les prouesses rhétoriques, au mieux, deviennent bouffonnes.
Le fait est que ce sont justement ces plans de contemplation, cadrant
un fragment parfois abstrait de ville, le bord d'un immeuble découpé sur
le ciel bleu, un abribus, l'entrée d'un collège encombrée
d'enfants, qui font le lien d'une parole à l'autre. De celle
souvent creuse des représentants élus – de droite
comme de gauche – à celle extrêmement dense des
représentés – là encore, de droite comme
de gauche. Et c'est dans la beauté de cette parole populaire
longuement préparée qui se donne à l'écoute
publique, que la rhétorique politicienne trouve encore un
peu de légitimité dans le film. La période est
telle, en effet, que ce sont les représentés, dans
leur besoin d'être représentés, leur besoin de
politique, qui ont seuls, face à la caméra, un véritable
discours politique. Les représentants, quant à eux,
oscillent entre la tartufferie d'un Jean-Claude Gaudin déclamant
sur Radio Gazelle un poème de son cru à la gloire de
Marseille : ''Marseille, c'est comme Alger…'', à celle
d'un Jean-Noël Guérini évoquant d'insolubles problèmes
physiques que lui posent sa fonction : ''Soyons clairs, dans une
bouteille de deux litres je ne peux pas mettre trois litres d'eau…''. »
Hélène
Raymond, Fluctuat.net
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