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SEANCES
samedi 5 mai à 20h
mardi 8 mai à 15h
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WASSUP
ROCKERS
de
Larry Clark
USA,
2005, 1h45, VOSTF
Avec
Jonathan Velasquez, Francisco Pedrasa, Milton Velasquez, Usvaldo Panameno
Pour sortir du quotidien de leur ghetto
du South Central de Los Angeles, un groupe de jeunes latinos-américains,
fans de punk-rock, optent pour aller skater le fameux ''nine stairs''
de Beverly Hills. Là-bas, ils se lient à des jeunes filles
de riches familles et suscitent de la jalousie. Leur présence
détonne très vite dans le paysage local...
« C’est à Beverly Hills, dans une
chambre d'adolescente, bonbonnière rose molletonnée,
qu'a lieu la scène la plus douce, la plus politique et sans
conteste la plus forte du nouveau film de Larry Clark, Wassup
Rockers.
Assis sur le lit, en sous-vêtements, la jeune propriétaire
des lieux et un garçon à la peau brune, cheveux longs,
bonnet sur la tête, sont filmés frontalement, en plan
fixe. Les yeux grands ouverts, pleins de désir et de curiosité,
la jeune fille interroge son invité sur sa vie, lequel lui
expose en retour, candide et timide, les détails de son quotidien
de pauvre "dans le ghetto", à South Central, totalement
coupé du reste de Los Angeles... Dans la réalité comme
dans le film, Kiko, le garçon à la peau brune, et sa
petite nébuleuse de potes vivent là. D'origine latino-américaine,
ils ont grandi dans un environnement hyperviolent, appris à négocier
avec lui, à y résister même, à leur manière,
en revendiquant leur liberté. Adeptes de skate-board et de
punk-rock, ces "rockers" portent des jeans trop serrés,
refusent pacifiquement, et au prix de railleries constantes, la doxa "gangsta" qui
impose à tous de s'habiller en "baggy", de fumer
des joints, d'écouter du rap, etc. Le film s'ouvre sur un
entretien de Jonathan, figure-phare de la bande, adolescent magnétique
qui évoque un peu, par la manière qu'il a de susciter
le désir, le personnage rédempteur interprété par
Terrence Stamp dans Théorème de Pasolini,
et qui enchaîne ici les anecdotes sur ses copains, sur leur
vie de groupe, leurs familles bancales... Construit de manière
assez hétérodoxe, Wassup Rockers (contraction
de "What's up Rockers ?", "Quoi de neuf, rocker ?",
interjection péjorative dans le contexte du ghetto) comprend
une première partie très documentaire, solidement ancrée
dans l'environnement des rockers. Filmés dans un rapport de
grande proximité qui les rend immédiatement attachants,
on les suit, sur un fond de musique punk, dévalant en meute
les artères de South Central sur de vieilles planches pourries,
draguant comme ils peuvent, passant des soirées ensemble, à faire
de la musique ou à s'envoyer des vannes. À mi-film,
Larry Clark sort ses personnages du gettho pour les emmener à Beverly
Hills rencontrer des filles riches et blanches. Sans préavis,
on bascule dans la fiction pure. Et ce n'est pas là pure coquetterie
de la part de l'auteur. Soulignant qu'une telle situation n'a simplement
jamais lieu dans la réalité, ce changement de régime
de mise en scène est au contraire un geste politique fort.
Il ouvre le film sur une course délirante à travers
une enfilade de propriétés cloisonnées appartenant à des
milliardaires californiens qui prennent tour à tour ces "kids",
et souvent en même temps, pour des objets sexuels et des cibles
vivantes. Avec beaucoup d'humour, Larry Clark dépeint une
caricature de Charlton Heston, président de la National Rifle
Association, momifié mais toujours prêt à tirer
sur la jeunesse, une fête hystérique du milieu de la
mode, une vieille actrice alcoolique et nymphomane... Présumés
coupables en raison de leur apparence, les jeunes ne sortiront pas
indemnes de cette course insensée au sein de l'aristocratie
financière américaine, paranoïaque et raciste,
par bien des aspects tout aussi violente que la loi du ghetto. »
Isabelle
Regnier, Le Monde
« Jonathan, Kiko, et autres gars
du quartier, viennent de quitter Beverly Hills dans une camionnette
de fortune, comme des clandestins ramenés à la hâte à la
frontière.
Foulant à nouveau le sol, les ados s’élancent
sur leur skate et s’alignent en file indienne, roulant sur
le bitume et dans la nuit. Larry Clark les accompagne d’un
long mouvement d’appareil latéral, parfaitement ajusté à leur
vitesse de glisse. Ce travelling, c’est peut-être ce
qu’a toujours cherché Larry Clark dans le cinéma :
substituer au cadre fixe d’une photographie un mouvement d’accompagnement
de son modèle, trouver la forme qui lui permette d’avancer à la
même vitesse qu’un skateur. Le plan est très beau,
très émouvant, mais moins que le suivant. Subitement,
comme si le cinéaste sautait de la planche à roulettes
de son travelling pour enjamber celle de son personnage, le film épouse
le point de vue des skateurs. La ville devient alors un poudroiement
coloré de néons et de striures abstraites, comme avalées
par la caméra. Rien de plus usuel au cinéma qu’un
plan subjectif. Pourtant, lorsque la caméra se substitue à l’œil
du personnage, que les rails du travelling et la trajectoire du skate
ne forment plus qu’une seule avancée convergente, le
film ne semble avoir été fait que pour ce plan-là.
Pour que le cinéaste consomme jusqu’au bout son désir
de se tenir exactement à la place de ceux qu’il filme. »
Jean-Marc
Lalanne, Les Inrockuptibles
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