mars 2004
 
 




Entretiens avec Alain Guiraudie les vendredi 5 et samedi 6 mars à 20h30.
Entretiens animés par la Vie est à nous

CYCLE
INTEGRALE ALAIN GUIRAUDIE

DU 3 AU 7 MARS 2004

C'est un peu le coup de cœur du Cinématographe pour ce mois de mars. Même si certains films ont déjà été présentés au Cinématographe, celui-ci a plaisir à redonner un écran aux films d'Alain Guiraudie, restés trop peu de temps à l'affiche des salles nantaises, à l'instar de Pas de repos pour les braves . Il ne fallait pas moins d'une intégrale pour permettre au public de se plonger dans l'univers de cet auteur - osons l'adjectif -  génial!
Alain Guiraudie viendra au Cinématographe lors de deux « Entretiens » pour une véritable rencontre avec le public.
Enfin Le Cinématographe lui donnait Carte Blanche pour un film ; son choix s'est porté sur Le Jour des rois de Marie-Claude Treilhou.


ALAIN GUIRAUDIE :
Cinéaste de la communauté des hommes

« Déclarer tout de go " Alain Guiraudie, chantre de la communauté des hommes " n'en fait en rien un énième cinéaste crispé sur une certaine tendance gay pseudo moderniste à la sauce parisienne. Excluons d'emblée tout quiproquo et amalgame communautariste sexuel. Il s'agit plus tendrement du monde du partage, où la communauté commence avec deux personnes qui parlent, rêvent et travaillent parfois. Soyons attentifs à ce souffle singulier, à ce corps en présence, à cette langue magistrale qui nous vient du sud de la France et nous rappeler deux ou trois choses du cinéma en seulement deux films (l'année dernière, son premier moyen-métrage Du soleil pour les gueux) : entendre et respirer le monde sensible des hommes en cinéma, en toute conscience. Charnel et métaphysique. Un monde à la fois évident, dans une immédiateté physique du plan impressionnante de maîtrise formelle (le grand angle, la profondeur de champ, où chaque élément vibre) et abstraite, car prise dans un ballet subtil où les corps mouvants font se décoller littéralement toute la poésie rebelle, utopique et amoureuse de chacun. La politique du corps, terme générique de la modernité du cinéma, prend dès lors toute son ampleur avec Guiraudie ; où chaque geste est réinvesti de sa puissance érotique dans le temps, mais aussi la latence du prochain déplacement, de la prochaine parole de ce corps-là, de cet ouvrier sans travail mais à l'usine, mais sans les machines. Car cet érotique (comment ne pas songer à Renoir cinéaste engagé de cœur et d'esprit dans ce mouvement de vie pour la vie en cinéma) est inséparable d'une conscience de classe.

Rappelons-nous du film La Sortie des usines Lumières des frères Lumière en 1895, dans le quartier lyonnais de Mont Plaisir, où justement c'était plaisir de se laisser filmer par cet appareil étrange et moderne. La caméra restait dehors, inscrivant le cinéma dans le mythe de la vacance, hors les murs de l'usine, cette machine à rêves (le cinéma devient du travail et aussi une économie puissante) ainsi signifiée dès l'aube du cinématographe. Les temps ont changé, la joie des premiers ouvriers et ouvrières filmés en France a laissé place au silence de l'ouvrier métallurgiste entrant à l'usine en l'an 2000. Il semble que de nos jours, il soit impudique de parler ainsi, la lutte des classes n'existe plus, le chômage est ingéré dans les 35 heures et ma foi le monde ouvrier, c'est du folklore réservé aux pays en " voie de développement ". Oui mais…. Ce vieux rêve qui bouge , l'air de rien (et quelle force que cette apparente légèreté) avec les moyens fantastiques du cinéma (rendre présent l'absence, Manoel de Oliveira nous le démontre chaque année lorsqu'il fait vibrer l'inanimé, un mort, une statue, un feuillage, un livre, des mots , la femme aimée) raconte l'histoire de notre temps. Celui de la fuite du travail et donc de la désespérance du corps laissé pour compte, comme un chien affamé d'amour. Oui, l'utopie du travail existe et cela passe par l'être ensemble , comme l'écrit Emmanuel Lévinas. L'étant, cet autre, mon prochain qui fait que je suis au monde. Que je sois femme, jeune adolescent, salarié, cadre, ouvrier, hétéro ou pas, toi, moi ou lui. »
Nadia MEFLAH (Objectif Cinéma)

Filmographie
2003 Pas de repos pour les braves
2000 Ce vieux rêve qui bouge
2000 Du Soleil pour les gueux
1998 La Force des choses
1994 Tout droit jusqu'au matin
1993 Jours perdus
1990 Les Héros sont immortels


Ce vieux reve qui bouge + Tout droit jusqu'au matin

Du soleil pour les gueux + La force des choses

Pas de repos pour les braves + Les héros sont immortels

Le jour des rois

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