mars 2006

 
 

Saikaku Ichidai Onna (© DR)

SEANCES

mardi 28 mars à 21h

LA VIE D'OHARU, FEMME GALANTE
(SAIKAKU ICHIDAI ONNA)


de Kenji Mizoguchi
Japon, 1952, 2h05, VOSTF

avec Ichiro Sugai, Kinuyo Tanaka, Toshiro Mifune, Toshiaki Konoe

Oharu, une prostituée agée, se souvient de son passé : Fille de samourai, elle s'éprend de Katsunosuke, un jeune homme issu d'un milieu pauvre. Il est tué et la famille d'Oharu est banie du pays. Oharu devient alors la seconde épouse du seigneur Matsudaira car sa première femme est stérile. Oharu aura un fils. Chassée, elle devient prostituée...

« Comment parler de Mizoguchi sans tomber dans un double piège : le jargon du spécialiste ou celui de l'humaniste ? Que ses films relèvent de la tradition, ou de l'esprit, du nô ou du kabuki, cela se peut : mais qui ensuite nous enseignera la signification profonde de celle-ci, et n'est-ce pas tenter d'expliquer l'inconnu par l'inconnaissable ? Que l'art de Mizoguchi soit pourtant fondé sur le jeu d'un génie personnel dans les cadres d'une tradition dramatique, c'est ce dont nous ne pouvons douter ; mais en voulant l'aborder alors en termes de civilisation, et y retrouver avant tout telles valeurs universelles, serons-nous plus avancés ? Que les hommes soient hommes sous toutes latitudes, nous pouvions le prévoir ; s'en étonner ne nous instruit que sur nous-mêmes.
Mais ces films - qui, en une langue inconnue nous content des histoires totalement étrangères à nos moeurs ou habitudes - ces films nous parlent en effet un langage familier. Lequel ? Le seul auquel doive somme toute prétendre un cinéaste : celui de la mise en scène. Et les artistes modernes n'ont pas découverts les fétiches africains en se convertissant aux idoles, mais parceque ces objets insolites les touchaient en termes de sculpture. Si la musique est idiome universel, la mise en scène aussi : c'est celui-ci, et non le japonais, qu'il faut apprendre pour comprendre "le Mizoguchi". Langage commun mais porté ici à un dégré de pureté que notre cinéma occidental n'a jamais connu qu'expérimentalement »
Jacques Rivette, Les Cahiers du Cinéma

« On y retrouve le ton du grand mélodrame anglais : cruel, cynique, satirique, érotico-sadique. Les malheurs de la victime sur lesquels nous sommes conviés à nous apitoyer sont prétextes à dénoncer les injustices des hommes et les infortunes de la vertu, puisque la vie n'est supportable qu'à ceux qui sont durs, fermés à la pitié et l'amour, malhonnêtes envers les autres. C'est donc à une condamnation féroce du sort réservé à la femme, non seulement à l'époque reculée où se situe l'action mais encore de nos jours, que se livre Mizoguchi, puisque la femme objet de désir n'est plus considérée que comme un objet d'échange.
Mais en même temps, dans ce film, Mizoguchi nous livre, peut être le plus ouvertement, ses propres obsessions érotiques. On sait que la femme est au centre de son oeuvre. Mais c'est toujours une femme vistime, malheureuse, sur laquelle fondent perpétuellement et comme avec prédilection les pires malheurs. Mizoguchi semble donc n'aimer que la femme souffrante torturée, au bord des larmes, des gémissements, de la plainte, qu'il peut alors venir consoler, combler d'un amour débordant et tendre. On conçoit alors la sorte d'attachement, tant dans sa vie privée que dans ses films, que Mizoguchi réserve aux prostituées : femmes humiliées, méprisées, offensées. Attitude très proche de celle d'un Dostoïewski, à la fois sadique et masochiste, comme si l'homme était indigne de cet objet merveilleux et unique qu'est la femme et qui la fait, en conséquence, souffrir, pour bien se prouver à quel point il est indigne d'elle, combien elle mérite alors tout son amour »

Jean Douchet, Cinéma 78

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