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SEANCES
mardi 28 mars à 21h
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LA VIE D'OHARU, FEMME GALANTE
(SAIKAKU ICHIDAI ONNA)
de Kenji Mizoguchi
Japon, 1952, 2h05, VOSTF
avec Ichiro Sugai, Kinuyo Tanaka, Toshiro Mifune, Toshiaki Konoe
Oharu, une prostituée agée, se souvient de son passé
: Fille de samourai, elle s'éprend de Katsunosuke, un jeune homme
issu d'un milieu pauvre. Il est tué et la famille d'Oharu est
banie du pays. Oharu devient alors la seconde épouse du seigneur
Matsudaira car sa première femme est stérile. Oharu aura
un fils. Chassée, elle devient prostituée...
« Comment parler de Mizoguchi sans tomber dans un double piège
: le jargon du spécialiste ou celui de l'humaniste ? Que ses
films relèvent de la tradition, ou de l'esprit, du nô ou
du kabuki, cela se peut : mais qui ensuite nous enseignera la signification
profonde de celle-ci, et n'est-ce pas tenter d'expliquer l'inconnu par
l'inconnaissable ? Que l'art de Mizoguchi soit pourtant fondé
sur le jeu d'un génie personnel dans les cadres d'une tradition
dramatique, c'est ce dont nous ne pouvons douter ; mais en voulant l'aborder
alors en termes de civilisation, et y retrouver avant tout telles valeurs
universelles, serons-nous plus avancés ? Que les hommes soient
hommes sous toutes latitudes, nous pouvions le prévoir ; s'en
étonner ne nous instruit que sur nous-mêmes.
Mais ces films - qui, en une langue inconnue nous content des histoires
totalement étrangères à nos moeurs ou habitudes
- ces films nous parlent en effet un langage familier. Lequel ? Le seul
auquel doive somme toute prétendre un cinéaste : celui
de la mise en scène. Et les artistes modernes n'ont pas découverts
les fétiches africains en se convertissant aux idoles, mais parceque
ces objets insolites les touchaient en termes de sculpture. Si la musique
est idiome universel, la mise en scène aussi : c'est celui-ci,
et non le japonais, qu'il faut apprendre pour comprendre "le Mizoguchi".
Langage commun mais porté ici à un dégré
de pureté que notre cinéma occidental n'a jamais connu
qu'expérimentalement »
Jacques Rivette, Les Cahiers du Cinéma
« On y retrouve le ton du grand mélodrame anglais :
cruel, cynique, satirique, érotico-sadique. Les malheurs de la
victime sur lesquels nous sommes conviés à nous apitoyer
sont prétextes à dénoncer les injustices des hommes
et les infortunes de la vertu, puisque la vie n'est supportable qu'à
ceux qui sont durs, fermés à la pitié et l'amour,
malhonnêtes envers les autres. C'est donc à une condamnation
féroce du sort réservé à la femme, non seulement
à l'époque reculée où se situe l'action
mais encore de nos jours, que se livre Mizoguchi, puisque la femme objet
de désir n'est plus considérée que comme un objet
d'échange.
Mais en même temps, dans ce film, Mizoguchi nous livre, peut être
le plus ouvertement, ses propres obsessions érotiques. On sait
que la femme est au centre de son oeuvre. Mais c'est toujours une femme
vistime, malheureuse, sur laquelle fondent perpétuellement et
comme avec prédilection les pires malheurs. Mizoguchi semble
donc n'aimer que la femme souffrante torturée, au bord des larmes,
des gémissements, de la plainte, qu'il peut alors venir consoler,
combler d'un amour débordant et tendre. On conçoit alors
la sorte d'attachement, tant dans sa vie privée que dans ses
films, que Mizoguchi réserve aux prostituées : femmes
humiliées, méprisées, offensées. Attitude
très proche de celle d'un Dostoïewski, à la fois
sadique et masochiste, comme si l'homme était indigne de cet
objet merveilleux et unique qu'est la femme et qui la fait, en conséquence,
souffrir, pour bien se prouver à quel point il est indigne d'elle,
combien elle mérite alors tout son amour »
Jean Douchet, Cinéma 78
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