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SEANCE UNIQUE
lundi 5 mars à 20h30
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CONTRECHAMP
4
CINÉMA D'ÉMANCIPATION
RÉCRÉATION
De Claire Simon
France, 1992, 54 min
Claire Simon a filmé pendant trois mois la cour de récréation
d'une école maternelle. Cour des miracles et arènes de gladiateurs.
Bagarres et premiers émois. Du western à West Side Story.
« On dirait que c'était des humains qui vivaient
dans un royaume... un royaume qui aurait sa propre économie,
sa propre hiérarchie sociale, un langage et des codes particuliers.
Ses habitants, tous âgés de 3 à 6 ans, seraient
les élèves d'une école maternelle du 7è arrondissement
de Paris. Pendant plusieurs semaines, Claire Simon a filmé,
caméra à l'épaule, un moment spécial
de la vie des enfants : la récréation. Moment privilégié où les
enfants n'ont plus à se soumettre aux lois "venues
d'en haut", celles des grandes personnes, mais inventent les
leurs. À la récré, on joue au policier et
au prisonnier, à la maman et au papa, les filles ramassent
les brindilles des platanes et les garçons discutent déjà pour
savoir qui a le plus long... filet de bave (bien sûr). Mais
on joue rarement seul et c'est bien ça le problème
: jouer avec les autres. Il faut respecter des tours, déterminer
les rôles, défendre son territoire, donner des ordres...
et croyez-moi c'est pas toujours de la rigolade. Car les autres
sont aussi indispensables que dangereux. C'est sans doute ce qui
frappe le plus dans Récréations : la violence physique,
verbale, et émotionnelle qui règne dans ce petit
royaume. La réalisatrice ne s'y est pas trompée,
elle qui cite en exergue Spinoza. La maîtrise de soi passe
bien sûr par l'apprentissage des règles de vie en
société et le contrôle de ses émotions
vis-à-vis des autres. Mais c'est dur ! Certaines bagarres
enragées pourraient presque inciter le spectateur à qualifier
le travail d'observation très neutre et extérieur
de la réalisatrice, de non-assistance à personne
en danger... C'est en effet le parti pris de l'auteur : ne pas
intervenir dans les scènes filmées, ne pas non plus
imposer de commentaire. Ayant réduit son dispositif filmique
au minimum, Claire Simon parvient plus ou moins à se faire
oublier : seuls quelques regards insistants à la caméra
viennent lui rappeler qu'elle n'est qu'un intrus au pays des enfants.
D'ailleurs, les autres adultes comptent aussi pour du beurre :
on entr'aperçoit les dames de ménage à la
fin de la récréation, et quant aux maîtresses,
on les considère moins comme des personnages à part
entière que comme postes gardés près desquels
on se réfugie lorsqu'on veut échapper à l'attaque
d'un grand. Même si son point de vue reste forcément
celui d'un adulte, extérieur, lointain, curieux, Claire
Simon a réussi, dans Récréations, à saisir
des moments de cruauté et de poésie propres à l'univers
enfantin. L’exploit réside surtout dans le fait d'éviter
la compilation de petites scènes anecdotiques ou de bons
mots d'enfants pour, au contraire, permettre au spectateur, par
de longs plans-séquences, de prendre le temps d'entrer ou
de retrouver la petite porte du monde imaginaire de l'enfance. »
Laetitia Mikles, Chronic’art
« Quand j’ai fait Récréation, il a été très
clair pour moi que c’est la honte qui était le moteur pour faire
ce film. J’ai amené ma fille dans cette cour, en me disant "si
elle s’en sort là, elle s’en sortira partout". Je regardais
le matin les scènes et je revoyais ce qu’on a vécu à la
maternelle. Ce que je voyais, c’est qu’enfant, le désir est
si fort : je t’aime : tu ne m’aimes pas... on ne veut pas que cela
se passe mal. Enfant, j’étais comme les cuisiniers dans Coûte
que coûte, j’avais honte que cela se passe mal. Tout le temps on
a honte que cela se passe mal. Plus tard, moi, vieille enfant dans la cour, je
peux enfin raconter ce dont j’avais honte ! »
Claire Simon, Cinémas croisés
« Que se passe-t-il exactement dans les cours de récréation
des écoles maternelles où se retrouvent des enfants de trois à six
ans ? "Pour nous, les adultes, la récréation c'est du
vacarme, un vacarme joyeux. De loin. Mais si l'on s'approche et qu'on regarde
les enfants jouer d'un peu plus près on se souvient très vaguement
qu'on était l'esclave d'untel, le bourreau d'un autre. Oh mais c'était
pour rire. C'est fini maintenant... Vraiment fini ? Pas sur !" Ils
ne sont pas si anodins, les jeux d'enfants dans les cours de récréation. »
Ciné-club de Caen |
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© Beat Streuli, Photo : Boris Becker
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"ALLEN STREET No 1, 29TH MAY 1994"
De
Beat Streuli
USA, 1985, 10
min
Beat Streuli enregistre à leur insu les faits et gestes
d’adolescents qui se retrouvent dans une cour, lieu de passage
et de rencontre ; alors même que le zoom en nous rapprochant
des protagonistes favorise un sentiment de proximité émotionnelle
et physique, il nous en distancie en faisant osciller notre regard
entre observation et indiscrétion.
« Une caméra vidéo et un zoom,
la focale réglée une fois pour toutes, un plan fixe,
une lumière naturelle contrastée, celle du soleil, un
temps imparti, celui de la bande, des passants ou automobilistes filmés à leur
insu, voici ce qui rassemble les travaux vidéo dont il est question
ici.
Les trois bandes intitulées Allen Street filment d’un
seul tenant en trois lieux différents et à des dates échelonnées
en mai 1994 la vie d’une rue animée de New York située
dans le Lower East Side, quartier plutôt défavorisé :
le 24 mai, un coin de trottoir plutôt calme où des adolescents
discutent, le bitume de la rue où passent des voitures à l’arrière
plan ; le 29 mai, un endroit dépourvu de circulation automobile,
probablement un square, lieu de rencontre d’adolescents également.
Le 13 mai, le cadrage comprend au premier plan le trottoir où conversent
de jeunes gens, en deuxième plan le flot de voitures et en troisième
plan un autre trottoir.
Un puissant zoom permet de placer la caméra
loin de l’aire des protagonistes. Elle est installée en
léger surplomb, enregistrant les allées et venues des
jeunes gens qui entrent dans le champ filmé, le traversent ou
s’y arrêtent, engagent une conversation. Ce qui se passe à l’image
n’est pas essentiellement différent entre le début
et la fin de la bande, ni même de l’une à l’autre.
Le temps passe, rien ne change. Le hasard des choses se donne en spectacle.
S’il
n’y a à proprement parlé ni événement,
ni mise en scène, Allen Street N.Y. (2) 29th May (1994) soulève
pourtant la question de la fiction. En enregistrant les faits et gestes
d’adolescents qui se retrouvent dans une cour, lieu de rencontre
plus que de passage qui par conséquent favorise l’établissement
de liens, Allen Street N.Y. (2) 29th May engage à une lecture
qui aspire à se débarrasser du hasard et à inclure
le hors champ. Peut s’en faut que ce hasard ne réunisse
les prémisses d’une fiction et que le hors champ, paradoxalement,
ne prolonge dans les méandres imaginés de la fiction
les menues actions de l’image. On imagine l’ébauche
d’une idylle, son éventuel dénouement. Une fiction
s’amorce rattrapée par son antonyme. À l’instar
du réel, les détails et mouvements anodins en flux continu
prennent le dessus et parasitent toute tentative de fictionalisation.
Le
parti pris technique adopté par Beat Streuli touche plusieurs
points névralgiques des codes cinématographiques et ne
peut se soustraire à une lecture qui tente dans un premier temps
de codifier les gestes et les apparitions et à en faire sens,
pour finalement s’abandonner à la seule durée.
Toute lecture s’inscrit dans le prolongement d’un regard.
Ici le parti pris technique dédouble le regard : si le
point de vue de la caméra semble transmettre de manière
neutre une tranche de vie prélevée au réel, notre
regard est impliqué autrement. En effet, alors même que
le zoom en nous rapprochant des protagonistes favorise un sentiment
de proximité émotionnelle et physique, il nous en distancie
en faisant osciller notre regard entre observation et indiscrétion. »
Isabelle
Aeby-Papaloizos
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