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SEANCE UNIQUE
vendredi 9 mars à 19h30
SÉANCE SUIVIE D’UNE LEÇON DE CINÉMA DE NICOLAS
THÉVENIN, SOCIOLOGUE DU CINÉMA ET FORMATEUR ÉCOLE & CINÉMA
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LA
FEMME D'À CÔTÉ
de François Truffaut
France,
1981, 1h46
Avec Gérard Depardieu, Fanny Ardant, Henri Garcin, Michèle Baumgartner,
Véronique Silver
Ayant autrefois vécu des amours
ombrageuses, Bernard et Mathilde, par le plus pur des hasards, se trouvent être
voisins. Même s'ils sont mariés tous deux, leur destin
se croisent à nouveau... Truffaut déploie dans ce film
une extraordinaire maîtrise et un style d'une perfection inégalée
pour rester à distance de cette œuvre sombre où rien
ne semble pouvoir contrôler ou apaiser la force des passions.
« Ce qui est admirable dans le film de Truffaut,
c’est
d’avoir mené cette progression jusqu’à son
terme : partir de deux personnages banals, ordinaires, exempts de
toute originalité, totalement "intégrés" à leur
milieu social, non pour les entraîner vers des aventures hors
du commun qui les singulariseraient, leur permettraient d’échapper à leur
destin, suscitant ainsi l’identification du spectateur comme
le ferait le cinéma hollywoodien, mais pour redoubler au contraire
cette banalité de leurs relations amoureuses, pour réaffirmer
leur identité jusqu’à ce qu’elles n’en
redeviennent plus qu’une, partagée par les amants, jusqu’à ce
qu’elle parvienne à cette indifférenciation que
postule l’amour. (...) Que l’on veuille faire qu’un,
régresser, se fondre dans l’autre dans un monde qui
avance, progresse, se subdivise toujours plus dans ses formes et
ses désirs, voilà ce qui est insupportable et insoutenable.
Le "désir", à côté, qu’on
croit souvent, dans ses manifestations perverses, transgressif, est
une forme ô combien plus sociale et rassurante ! La Femme
d’à côté va jusqu’au bout de
ce thème si rare au cinéma, qui met en péril
le fonctionnement spectatoriel essentiel : celui de l’identification
aux protagonistes que leur identité, l’image du double,
risque de barrer beaucoup plus radicalement que l’habituelle
exacerbation des différences (sous le monstre, on retrouve
l’homme alors qu’on ne trouve rien derrière le
double). »
Pascal Kané, Les Cahiers du cinéma
« Truffaut
présentait La femme d'à côté comme
l'histoire limpide d'une passion amoureuse moderne. Il y déploie
pourtant une extraordinaire maîtrise et un style d'une perfection
inégalée pour rester à distance de cette œuvre
sombre où rien ne semble pouvoir contrôler ou apaiser
la force des passions. Mathilde et Bernard, en reprenant leur liaison,
basculent dans un passé tragique qu'ils croyaient avoir exorcisé.
Madame Jouve qui fuit le retour de son ancien amant pour lequel,
vingt ans avant, elle avait voulu mourir en se jetant dans le vide
et qui garde dans son corps les stigmates de cette passion, présente
la seule alternative civilisée à la force archaïque
des passions. Dès la fin du générique, c'est à elle
que Truffaut délègue la mise en forme du récit
: elle sera narratrice et témoin de l'irruption du désordre
passionnel dans l'ordre social. (…) Tout le film suit le cours
d'un mouvement régressif où Mathilde, figure de la
mère archaïque et possessive, vient reprendre son fils,
l'arracher à l'ordre social pour recréer avec lui une
relation duelle qui les mènera à la mort. À la
fin du film, elle tuera Bernard en lui tirant une balle dans la tête
au cours de rapports sexuels. Le corps inerte de ce dernier s'effondrera
littéralement entre les jambes de Mathilde, suggérant
un retour de cet homme adulte au ventre maternel et au néant.
Séparés, définis, identifiables au début
du récit, Bernard et Mathilde se laisseront peu à peu
entraîner dans un tourbillon vertigineux qui amènera
leur fusion mortelle dans la dernière image. Jumeaux, doubles
monstrueux, les amants projettent au sein d'une société paisible
l'image insupportable d'un rapport symbiotique où les identités
se trouvent inextricablement mêlées, où dépendance,
besoin et manipulation mutuels sont privilégiés. Cette
relation de nature régressive se modèle sur celle que
l'enfant entretient avec sa mère. Placée sous le signe
d'un désir illimité, elle enferme le couple dans le
cycle infernal d'un mal que rien ne peut jamais apaiser. »
Ciné-club
de Caen
« Après Le Dernier métro,
qui mettait en présence six ou sept personnages d’importance égale,
j’ai voulu revenir à la discipline inverse avec une histoire
plus serrée construite autour d’un couple. J’ai volontairement
gardé les conjoints à l’arrière-plan, choisissant
d’avantager un personnage de confidente qui lance l’histoire
et lui donne sa conclusion : "Ni avec toi, ni sans toi".
(…) Il a fallu qu’un soir de janvier, j’assiste à la
rencontre de Gérard Depardieu et Fanny Ardent pour me dire,
les voyant côte à côte : voilà les amants
qu’il me faut. J’ai l’espoir que le spectateur ne sera
pas tenté de prendre parti, de donner tort à l’un
et raison à l’autre, mais qui les aimera tous les deux comme
je les aime. »
François Truffaut
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