mars 2007

 
 

Œdipo Rex (© DR)

SEANCES

mercredi 14 mars à 15h
dimanche 18 mars à 16h30

ŒDIPE ROI (ŒDIPO REX)

de Pier Paolo Pasolini
Italie, 1967, 1h50, VOSTF

Avec Pier Paolo Pasolini, Franco Citti, Alida Valli, Silvana Mangano, Carmelo Bene, Julian Beck


Dans une famille bourgeoise de Lombardie des années vingt, un enfant naît, Œdipe. Jaloux de l'amour que lui porte sa femme, son père l'abandonne. Devenu adulte, Œdipe, ignorant sa véritable identité, tue son père et s'éprend de sa mère sans savoir qui elle est… Magnifique illustration d'un mythe universel que Pasolini maîtrise et transcende à merveille.

« Du mythe d’Œdipe, Pasolini nous offre trois traductions conjointes : trois illustrations de la tragédie à des époques différentes. En prologue les années 30 ; une ville de la province italienne ; la raison obscure de la culpabilité d’Œdipe s’enracine au plus profond de la chair de l’homme, dans les rapports sexuels qui lient entre eux le mari et la femme, et le couple et l’enfant ; c’est le volet Freud. Le drame : l’Antiquité "préhistorique" ; la Grèce des hommes et des dieux, Pasolini raconte "l’affaire" ; c’est le volet Sophocle. En épilogue : aujourd’hui ; l’Italie industrielle ; au malheur d’Œdipe, mendiant aveugle errant à Colone, Pasolini donne une résonance moderne : il suggère les équivalences politiques et sociales du malheur d’être homme, de sa misère "innocente" et de l’obscure culpabilité de son aveuglement ; c’est le volet Marx »
Jean-Louis Bory

« Un prologue muet reconstitue par quelques épisodes la petite enfance de Pier Paolo Pasolini dans les années 20 à l'époque de son complexe d'Œdipe : le père, jeune officier jaloux de l'amour que sa femme porte à leur fils, serre un soir les pieds de l'enfant jusqu'à le faire pleurer. La légende d'Œdipe roi de Thèbes est ensuite relatée, depuis son abandon dans le désert jusqu'à la découverte finale de l'inceste involontaire, et le départ pour l'exil du roi maudit qui, par son accouplement contre nature a apporté la peste dans le royaume. En marchant, Œdipe, qui s'est crevé les yeux, et le messager du royaume se retrouvent sous les arcades dites de la Mort à Bologne, en 1967, comme deux vagabonds : l'infirme joue de la flûte, ils traversent quelques lieux urbains puis on aboutit à la campagne, dans le pré où la mère donnait le sein à son bébé dans le prologue. Le film est articulé en trois volets. Un prologue par lequel Pasolini introduit à son récit une note autobiographique, décrit la scène primitive et la violence du père, qui, accusant son enfant d'être venu au monde pour le "rejeter dans le néant", le pend par les pieds pour le castrer ; c'est le volet freudien. Le "volet Sophocle" nous plonge dans un Maroc de déserts blancs et rocailleux, une Afrique qui renvoie à la sauvagerie de la Grèce mythologique et à l'esthétique d'un Pasolini hanté par la culture populaire, primitive, avec ses teintes ocres et sang séché, ses armures de quincaillerie et ses masques de coquillage et de rafia. Le troisième volet, d'inspiration marxiste, situe Œdipe dans un schéma social, politique et existentiel. Le mythe est ramené à la dimension humaine. C'est l'éternelle histoire de la victime à la recherche de la vérité, du bourgeois parricide qui s'engage aux côtés des prolétaires. La quête de purification d'Œdipe, son autopunition, prend évidemment une dimension tragique lorsque l'on sait ce que le destin a réservé à l'auteur du film. »
Ciné-club de Caen

 
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