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SEANCES
samedi 17 mars à 14h
lundi 19 mars à 20h30
SAMEDI 17 MARS À 14:00 • SÉANCE SUIVIE D’UNE
CONFÉRENCE DE YVES TOUCHEFEU ET JÉRÔME
BARON
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TIRESIA
de Bertrand Bonnello
France,
2003, 1h55, interdit -16 ans
Avec
Laurent Lucas, Clara Choveaux, Thiago Telès, Célia Catalifo, Lou
Castel
Terranova, un esthète à la pensée poétique, séquestre
le transsexuel Tiresia. Privée de ses hormones, Tiresia se transforme
peu à peu. Mi-homme / mi-femme, Tiresia, qui a acquit des dons de prédiction,
est recueillie par Anna... Une stupéfiante odyssée, très
pasolinienne, qui mêle le divin et le profane et demande au spectateur
de croire en l'image comme en une apparition poétique.
« Le film de Bertrand Bonello, Tiresia, commence
par une série de séquences qui tendent clairement à répondre à quelques
critères du tour de force formel et fictionnel. Ces critères
sont : 1) la production de scènes aux résonances esthétiques
apparemment inédites (…) ; 2) du côté dramatique,
relever sans ambages, dès les premières scènes,
le défi d'une transposition de la figure mythologique dans le
monde contemporain. Plus précisément, ce second point
vise la production, à même la bisexualité du mythe
de Tiresia, d'une source originaire de la pensée actuelle du
cross-gender. (…) Bonello s'intéresse aux mythes dans
la mesure où ceux-ci peuvent nous enseigner le présent.
Ces images, qui sont l'objet d'une métaphore de "l'originarité",
montrent les forces insondables qui gouvernent le monde de la nature.
Le monde de Tiresia lui ressemble. Son opacité est
trouble mais aussi tranquille, si l'on veut admettre que la représentation
de la réalité dans son opacité est une façon
calme, apaisée d'aborder le présent. La question que
soulève ce qui préoccupe aujourd'hui une réalité,
son mode de lecture ayant trait à la fascination. Il y a bien
un récit qui permet cet horizon expressif de ce qui fascine
: un homme seul traverse le Bois de Boulogne en voiture, scrutant les
prostituées jusqu'à ce que son regard s'attarde plus
particulièrement sur l'une d'elles. Un autre client, avec lequel
la prostituée s'enfonce dans le bois, lui fait chanter une ballade
portugaise. C'est la forêt, la nuit noire : deux hommes écoutent
cette prostituée chanter. Comme nous le constatons avec Bonello
dans notre entretien, cette séquence répond à des
critères expressifs qui s'apparentent à la musique. Cette
voix dans le Bois, nous semble-t-il, dicte le mouvement de l'image
comme l'enchaînement des plans. Les premiers conteurs, comme
les premiers récits sont le fait du chant. C'est la voix qui
créait un espace poétique et fictionnel, adressé à la
foule avant même le théâtre grec. La douloureuse
complainte de Tiresia a un caractère toutefois éminemment
paradoxal : le lyrisme parfait de cette voix provient d'un corps en
détresse (malade), comme autrefois Homère chantait Ulysse,
dans son corps de pauvre aveugle. Les siècles ont effacé cette
présence de la fiction poétique par le corps du poète
et nous avons retranscrit un récit épique. Bonello semble
montrer que le poème est synonyme du présent et le cinéma
peut participer à ce fait, au moins en donnant "de la présence",
dans l'image. Cette proposition du cinéaste peut déterminer
l'audace et en même temps la limite du film. La résurgence
d'un présent purement poétique à l'image, pour
idéaliste qu'elle soit, ne peut longtemps se maintenir si elle
n'est un carrefour par lequel s'exprime les passions, les conquêtes
des hommes. »
Guillaume Lafleur, Tiresia de Bertand Bonello : Variations
du mythe (passé, présent, futur), Hors Champ
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