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SEANCES
mercredi 26 mars à 15h
vendredi 28
mars à 18h30
dimanche 30 mars à 14h30
À PARTIR DE 8 ANS
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L'HOMME
QUI RÉTRÉCIT
(THE INCREDIBLE SHRINKING MAN)
de Jack Arnold
USA, 1957, 1h21, VOSTF
Avec Grant Williams, Randy Stuart, Paul Langton
Après avoir été exposé à une émission gazeuse, Scott Carey commence
à rétrécir, sans que les médecins ne trouvent une solution. Il vit
dans une maison de poupée et affronte de nombreux dangers, comme son
propre chat. Des effets spéciaux certes imparfaits, mais efficaces
!
" Vers la fin des années 50, Jack Arnold s'est affirmé
comme le principal artisan d'un nouvel âge d'or de la SF américaine,
propice à un questionnement inquiet de la science (Tarantula), où le
regard documentaire Arnold fut l'assistant de Flaherty se posait
sur la beauté des monstres (L'Etrange créature du lac noir). Loin de
la SF belliciste et nationaliste en vogue à cette époque, les films
de Jack Arnold témoignent d'une approche humaniste du genre le très
réussi Météore de la nuit, à l'origine de la vocation de cinéaste de
John Carpenter. Mais L'Homme qui rétrécit, écrit par Richard Matheson
d'après son propre roman, demeure sans conteste le chef-d'oeuvre du
réalisateur.
Lors d'un week-end en bateau avec sa femme, Scott Carey
traverse un nuage radioactif qui, adjoint à un précédent jet de pesticides,
bouleverse sa structure moléculaire, provoquant sa diminution progressive
! Après une série de tests, la science avoue son impuissance à enrayer
l'inexorable processus. Harcelé par les médias, Carey se terre dans
sa maison, de la taille d'un enfant, puis d'une poupée, puis d'un soldat
de plomb. Tandis que sa femme le croit dévoré par son chat, commence
pour Carey, dans la cave transformée en territoire préhistorique, une
nouvelle existence rythmée par la quête de la nourriture et la lutte
pour la survie. Au terme d'un combat acharné contre une araignée, Carey
se fond littéralement dans l'univers et le plan final, superposant
poussières et galaxies, anticipe de dix ans l'épilogue de 2001.
L'Homme
qui rétrécit n'a pas pris une ride, tant au niveau de ses effets spéciaux,
plus que parfaits, que par sa concision narrative. Aucune digression
ne nous détourne du destin tragique de Carey, à la différence des nombreuses
séries B de SF, noyées dans les intrigues périphériques ou les bavardages
oiseux. Le film, raconté à la première personne, est un journal de
bord où chaque incipit de chapitre coïncide avec une nouvelle rupture
scalaire : un contrechamp différé procure un choc malséant lorsqu'on
découvre finalement Carey réduit de moitié, perdu dans un fauteuil
immense, le regard triste et apeuré. Le film devient alors terrifiant
dans la mise à nu d'un homme qui constate sa propre médiocrité à rebours,
à l'instant où sa vie s'écroule. Il faudra que Carey rapetisse pour
qu'il ressente combien il était petit avant.
Jack Arnold se livre à
une satire discrète mais radicale de la middle class : Carey, homme
sans qualité, subit la domination de son frère aîné et employeur qui
l'écarte de son poste, lui suggère cyniquement de négocier auprès des
journalistes son infortune, puis embarque sa femme. Scott Carey est
donc déjà un minus, et son anéantissement inattendu n'apporte que la
confirmation par l'absurde de sa nullité préalable. Le film constitue
également une redoutable description de la médiocrité conjugale, dans
laquelle la miniaturisation du mâle apparaît comme l'aboutissement
logique. Précédé d'une complicité niaise entre les deux jeunes mariés
(la conversation humoristique sur le bateau), le handicap de Carey
confirme son infantilisation par une épouse anormalement maternelle.
Les signes de castration et d'impuissance abondent : l'alliance de
Carey glisse le long de son doigt juste après que sa femme lui a juré
fidélité. L'image du couple monstrueusement désaccordé dans la chambre
à coucher nous rappelle cette nouvelle de Bukowski, où un homme s'imaginait
dans son cauchemar transformé en godemiché entre les jambes d'une femme.
A
insi,
parallèlement à la poésie immédiate des images du film, qui exploitent
à la perfection le dérèglement dimensionnel de notre univers domestique,
sourd une angoisse qui confère
au film son statut de conte cruel et définitivement adulte. Jack Arnold
dut tenir tête à son producteur afin que la linéarité irréversible
du destin de Scott Carey soit maintenue et donne heureusement toute
sa valeur à ce grand film. Minable parmi les minables, Carey accède
enfin à la dimension inespérée d'être unique, de héros. En rejoignant
l'univers des atomes, il se trouve en mesure de proclamer à l'instar
d'un autre héros de Richard Matheson : "Je suis une légende." "
Olivier Père, Les Inrockuptibles
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