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SEANCES
Mardi 27 novembre à 20h30
Dimanche 2 décembre à 16h
Mercredi 5 décembre à 18h30
Samedi 8 décembre à 18h
Dimanche 9 décembre à 20h30
RÉÉDITION
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CRIA
CUERVOS
de Carlos Saura
Espagne, 1975, 1h55, VOSTF
Avec Géraldine Chaplin,
Ana Torrent, Conchita Perez, Maite Sanchez Almendros
Témoin
de la mort de ses parents malgré elle, Ana refuse le monde des
adultes et s'invente son univers. Elle s'accroche à ses rêves
et ses souvenirs pour faire revivre sa mère et retrouver son
amour. Elle remplit son quotidien de jeux qu'elle partage avec
ses soeurs. Un témoignage du moment où bascula l’histoire de
l’Espagne.
« Il est des films qu'on a peur de revoir. Trente
ans après son succès international, qu'aurait donc à nous offrir Crìa
Cuervos, dont on ne garde en mémoire,comme la plupart des gens, que
quelques images et quelques sons : le visage souriant et désolé de
Geraldine Chaplin et surtout, surtout, la chanson phare du film, interprétée
par Jeanette, Porque te vas (d'autant que depuis Crìa Cuervos, le
cinéma de Carlos Saura ne nous a guère comblés). C'est donc la principale
bonne nouvelle : Crìa Cuervos est un très beau et bon film, savamment,
patiemment construit, qui nous introduit petit à petit, par des allers
et retours temporels multiples, dans la psyché et la mémoire d'une
jeune femme qui, en 1995, se souvient de son enfance, de la mort
de sa mère puis de son père, de ce qui s'en suivit... Le visage de
Geraldine Chaplin (qu'on a revue récemment chez Almodòvar dans Parle
avec elle) est toujours là, interrogateur et fragile, un brin (Ingmar
pas Ingrid) bergmanien dans la pose, mais il y a aussi et surtout
celui, triste et intrigant, presque inquiétant (comme ceux des enfants
dans les films fantastiques) d'Ana (Ana Torrent), la petite fille
que fut Geraldine Chaplin enfant, qui ne distingue pas vraiment l'imaginaire
de la réalité, habitée par les fantômes de son père général franquiste
et de sa mère, pianiste de talent (également interprétée par Geraldine
Chaplin), qui dut renoncer à sa carrière pour satisfaire les exigences
bourgeoises de son fasciste de mari.
Tout cela, nous le découvrons peu à peu, ainsi que ce qui travaillait
Ana : tel Archibald de la Cruz, le personnage du film de Bunuel,
elle se sentait et se voulait coupable de la mort de ses parents.
Mais au fond, ce qu'il y a de plus beau dans Crìa Cuervos, ce sont
ses scènes muettes comme l'est la grand-mère d'Ana, et, en somme,
ce qui n'y est pas dit du tout mais fièvreusement suggéré : la mort
proche de Franco, donc la fin de l'ère franquiste, la maladie d'une
vieille Espagne catholique et militaire, en train d'agonir dans les
pires souffrances - celles dont elle est elle-même responsable -,
laissant ses enfants marqués à jamais par les stigmates de la dictature.
C'est là que Carlos Saura frappe le plus fort. Alors, dans cet océan
de détresse où Ana, avec ses grands yeux sévères et déjà adultes,
n'a que son imaginaire, ses rêves de pouvoirs magiques pour ne pas
se laisser noyer, quand soudain la vie semble surgir dans cette ambiance
macabre, qu'Ana Torrent, désobéissant à sa tante, se met à danser
avec ses deux soeurs sur Porque te vas, alors on pleure. »
Jean-Baptiste Morain, Les Inrockuptibles
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