SEANCE UNIQUE

Dimanche 16 novembre à 16h30


LEN LYE

" Len Lye est né Leonard Charles Huia Lye en 1901 à Christ Church en Nouvelle-Zélande. Saisi très tôt par une double ambition, créer un art totalement personnel et créer un art du mouvement, il ne cesse d'écrire poèmes, lettres et textes sur le cinéma fondés sur la problématique de l'empathie, de peindre, de sculpter (sculptures dynamiques figurant parmi les sculptures mobiles) et de cinématographier. Il réalise en 50 ans une trentaine de films composés de documentaires et de films d'expérimentation. C'est dans ces derniers qu'il explore plusieurs directions : l'animation de dessins dans son premier film Tusalava, le "direct cinéma" ou "direct film" (réalisé sans caméra) par grattage de la pellicule comme dans Free radicals, par application directe de la peinture comme dans Color cry. Len Lye s'intéresse très tôt aux différents procédés chromatiques : le Gasparcolor, utilisé notamment dans Rainbow dance, le Dufaycolor et le Technicolor. Ce sont ces multiples scintillements explorés dans ses films d'expérimentation qui sont ici présentés ; films qui ont cette caractéristique surprenante d'être d'une allégresse absolue. "
Claudine Eizykman, in programme Cabinet d'Amateurs n° 1, 8 février 1993,
Cinémathèque française, Paris.

11 OEUVRES DE LEN LYE

de Len Lye
Nouvelle Zélande, 1929-1980, 45 min, animation expérimentale

De Rainbow dance à Free Radicals, nul doute que ce programme de courts métrages fera appel à l'imagination des petits comme des plus grands.


TUSALAVA

Le premier film de Len Lye, une animation expérimentale animée à partir de plus de 9 500 dessins évoquant des motifs graphiques Samoens (tribu du Pacifique où Len Lye séjourna), l'art moderne, des processus microbiologiques des virus et anticorps. Len Lye a choisi le titre Tusalava, qui est un mot samoan signifiant "les choses accomplissent un cercle" ou "à la fin tout revient au même". (Dominique Willoughby)

"Je m'imaginais être moi-même un aborigène australien faisant ce film de dance tribale animée."
Len Lye, in Figures of Motion/Len Lye/Selected writtings, édité par Wystan Curnow and Roger Horrocks, Auckland University Press and Oxford University Press, Auckland, 1984.

COLOUR BOX
1935, 3'

Film peint directement sur la pellicule, sans caméra, "direct film" comme Len Lye a nommé cette technique. Le premier de l'histoire du cinéma réalisé ainsi qui ait été conservé et vu par un vaste public. Cette transe abstraite et dansante de graffitis aux couleurs intenses, au son des rythmes tropicaux, fut une petite révolution dont l'influence est encore sensible. (D. W.)

KALEIDOSCOPE
1935, 4'

Film peint directement sur la pellicule, réalisé la même année et juste après Colour Box dont il raffine les méthodes : brosse à dent, pinceau, peigne fin, pochoirs, trames, craquelures, coulées, grattage, sur fond de Biguine d'amour. (D. W.)

RAINBOW DANCE
1936, 5'

"Un arc-en ciel apparaît derrière un homme dans une rue pluvieuse, le transformant en une silhouette colorée, et ses vêtements citadins en ceux d'un randonneur. S'élançant dans des activités estivales, il danse en une fantaisie des couleurs... Dans ce film, le propos technique était de n'utiliser que les couleurs du système Gasparcolor, qui sont le rose, le jaune et le bleu qui constituent trois couches sur le film lui-même. Dans Rainbow Dance la couleur est utilisée de manière "spatiale" de façon à monter vers l'oeil ou à s'en éloigner, ou disparaître puis réapparaître selon des rythmes colorés précis... Ici le mouvement des couleurs est une forme de contrepoint à celui des objets, des couleurs supportant celles-ci... En d'autres mots le mouvement chromatique domine tous les autres, tant picturaux que cinématiques."
Len Lye, "Experiment in Colour", p.47, in Figures of Motion. Len Lye. Selected Writings, édité par Wystan Curnow et Roger Horrocks, Auckland University Press et Oxford University Press, Mai 1984

TRADE TATTOO (IN TUNE WITH INDUSTRY)
1937, 5' 30

Len Lye opère une synthèse des précédentes méthodes : "direct film", travail séparé des trois couches chromatiques (cette fois-ci en Technicolor), et utilisation de vues réelles (chutes et fragments recyclés de documentaires du GPO, Postes Britanniques) en introduisant une technique de montage par "jump-cut" ("faux raccord" ou montage elliptique d'une action). Le résultat parvient presque à surpasser en rythme et flamboyance chromatique ses précédents films. Une foule d'heureuses expérimentations (mots animés, raccords formels entre vues réelles et motifs abstraits, couleurs rares) sont montées crescendo révélant également Len Lye comme un maître du montage. (D. W.)

COLOUR CRY (THE FOX CHASE)
1953, 4'

"Inspiré par les "rayogrammes" de Man Ray, Len Lye, dans "Color Cry", a découvert tout une gamme de nouvelles applications du procédé et crée le meilleur et le plus travaillé des ciné-rayogrammes jamais réalisés. Durant des années il a cherché des matériaux et expérimenté de nouveaux effets. Les textures et points complexes qu'il crée reflètent son sens magistral du mouvement abstrait. Les couleurs sont d'une extrême pureté. La musique poignante interagit avec les images pour créer un film d'une grande force."
Len Lye, Figures of Motion/Len Lye/Selected writtings, édité par Wystan Curnow et Roger Horrocks, Auckland University Press and Oxford University Press, Auckland, Mai 1984.

RHYTHM
1957, 1'

L'assemblage d'une voiture aux usines Chrysler compacté en une minute par le montage.
Les percussions des tambours africains rythmant les centaines de "jump-cuts" du film. Len Lye est ici au sommet de l'art du montage elliptique. (D. W.)

FREE RADICALS
1958-79, 4'30

Avec Free Radicals (vocable emprunté à la physique des particules: les radicaux libres) Len Lye introduit une variante du "direct film" (film sans caméra) : les inscriptions sont grattées sur du film noir, graffitis de lumière trouant l'obscurité. Les effets cinétiques et rythmiques en sont accrus, des mouvements spasmodiques et vibrants dansent en rafales discontinues au son des tambours de la tribu Bagirmi, joignant leurs attaques percutantes. Des formes tournent dans l'espace, des nuées de particules lumineuses tressautent et pulsent. Une extrême économie de moyens produit un effet maximal. (D. W.)

"Je trouvais un jumeau parfaitement identique à mes particules dans la manière dont un tambour africain attaquait ses notes pour frapper le plus cryptique, simple, rond et merveilleux des rythmes répétitifs...La vision des images du film, oscillant et se précipitant selon la musique, a pris la place de la danse."
Len Lye, The art that moves.

PARTICLES IN SPACE
1979, 4'

Particles in Space est réalisé par grattage tout comme Free Radicals, mais développe un espace profond, tournoyant et cosmique.

"Le film a des va-et-vient "respirants", des charges pulsantes et circulaires d'atomes ou tout simplement de particules."
Len Lye, "Why I scratch or how I got to Particles", 1979, extrait de Figures of Motion/ Len Lye/ Selected writtings, édité par Wystan Curnow and Roger Horrocks, Auckland University Press and Oxford University Press, Mai 1984.

TAL FARLOW
1980, 2'30

Len Lye avait longtemps travaillé sur un "direct-film" inspiré par la musique du guitariste jazz Tal Farlow et destiné à l'accompagner.
Sa mort interrompit le projet mais peu avant, il avait autorisé son assistant Steven Jones à monter et synchroniser les éléments déjà réalisés. Cette version reçu l'approbation de sa veuve Ann Lye. Les glissements et balancements des lignes des cordes de la guitare rappellent certaines résonances déjà établies par le cinéaste, dans ses précédents films, entre forme visuelles et sonores, notamment durant les solos de jazz (points, traits et taches sur les percussions, coulées fluides pour les instruments à vent, lignes parallèles ondulantes pour les cordes).

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