| |

SEANCES
Mercredi 14 mai à 21h
Samedi 17 mai à 18h
Dimanche 18 mai à 21h
|
LES
MAUVAISES FRÉQUENTATIONS :
DU CÔTÉ DE CHEZ ROBINSON
de Jean Eustache
France, 1963, 42 min
Avec Jean Eustache, Aristide, Daniel Bart, Dominique Jayr
Deux jeunes dragueurs désoeuvrés errent un dimanche à Paris. Ils
rencontrent une jeune fille désireuse de danser. Le trio finit
au Robinson, un dancing à Montmartre. Mais, vexés qu’elle se laisse
toujours inviter par un autre, ils décident de se venger…
Ce film est la première partie du diptyque formé avec le moyen-métrage
suivant et intitulé Les mauvaises fréquentations.
Tourné en décors naturels avec une caméra légère, ce premier film
connu de Jean Eustache, interprétés par des comédiens amateurs, reflètent
l’influence de la Nouvelle Vague, en particulier de Jean-Luc Godard.
On pense à la série « Paris vu par » et en particulier
à « Charlotte et son Jules » sur Jean Eustache : richesse
de la bande son, présence de la ville et de la vie de quartier, humour…
« Pour les premiers courts-métrages que j’ai faits, j’avait
dicté les plans et si je ne les avait pas écrits sur le papier,
je les avait écrits dans la tête. »
Jean Eustache, Entretien réalisé par Sylvie Blum et Jérôme
Prieur, paru dans Caméra/stylo, septembre 1983.
« Ethnologue de lui-même, Eustache, mine de rien, prend
le pouls d’une époque. Derrière l’anecdote, il se fait le porte-parole
d’une jeunesse en crise ; celle qui dépavera Paris Cinq ans
plus tard. »
Marie-Elisabeth Rouchy,« La passion selon Jean », Télérama n°2516,
1er avril 1998, p.32
« Eustache renie le film très rapidement, comme il reniera
peu à peu tous les suivants, comme s’il avait honte de ces personnages
qu’il a lui-même un peu été à une époque. Chaque film semble aider
Eustache à repousser un peu plus le passé derrière lui. »
Jean-Baptiste Morain, « Rétrospective Jean Eustache », Les
Inrockuptibles n°168, le 1er avril 1998.
« Nous n’avons su qu’il tournait Les Mauvaises Fréquentations
qu’au moment où nous nous sommes inquiétés de la disparition du
coursier des Cahiers, engagé pour jouer l’un des deux rôles principaux.
Une fois son film terminé, c’est d’abord à Rohmer et à moi qu’Eustache
a voulu le montrer. Nous avons été surpris et très impressionnés.
Bien qu’ayant un ton Nouvelle Vague, Les Mauvaises Fréquentations
est un court-métrage totalement différent de ceux de Rozier, Truffaut,
Godard, Rohmer, Rivette. Il y a là le ton Eustache qui implique,
comme toujours chez lui, des personnages un peu losers, un peu
paumés, proches du peuple, accoutumé à la pauvreté. Il les regarde
sans naturalisme, mais fraternellement. »
Jean Douchet, « Le premier artiste d’après la Nouvelle Vague », Cahiers
du cinéma « Spécial Jean Eustache » supplément au
n°523, avril 1998, pp. 3-4 |
|
| |

|
LES
MAUVAISES FRÉQUENTATIONS :
LE PÈRE NOËL A LES YEUX BLEUS
de Jean Eustache
France, 1966, 47 min
Avec Jean-Pierre Léaud, Gérard Zimmermann,
Henri Martinez
Daniel a 20 ans et il est pauvre. Il se fait passer pour
le fils déshérité d’un riche industriel. Le jeune homme aimerait s’acheter
le duffle-coat de ses rêves pour être à la mode et séduire les filles.
Pendant les fêtes de fin d’années, un emploi de Père Noël dans les
rues de Narbonne va lui permettre de gagner de l’argent tout en séduisant
les jeunes filles. Il reçoit chaque jour un billet de mille du photographe
qui l’emploie.
Après avoir consacré ses deux premiers films à Paris, Eustache, à l’instar
de Vigo ou de Pagnol, nous fait découvrir la province, cette région
du sud-ouest dont il est originaire.
« Mes films fonctionnaient
sur une émotion. Enfin je n’ai plus pensé au cinéma, j’entends au plan
purement technique, à la caméra. On ne peut transmettre que de l’image
et du son. Dans les courts-métrages, j’étais très embêté par le fait
que je n’avais pas vu les plans, que je n’avais pas les moyens de les
réaliser parce que je ne savais pas qu’ils seraient un peu plus difficile
à filmer que ce que j’avais pensé. Par exemple dans Le Père Noël e
les yeux bleus, un de mes premiers films, il y avait un plan où deux
personnages passaient devant la caméra en parlant. Ils devaient arriver,
ils disaient quelques mots, ils passaient devant la caméra de face
et ils partaient dos à la caméra. On n’a pas pu faire comme je l’aurais
voulu, il aurait fallu un travelling de deux ou trois mètres et que
les personnages restent toujours à égale distance de la caméra. Ce
plan je l’ai fait dans Mes Petites Amoureuses. Un personnage passe
et il n’est pas plus près de la caméra ici que là, il a toujours
une même présence. Je n’avais pas obtenu ça avec mon panoramique.
(…) Ce plan je l’ai donc fait plus tard, mais il faut des moyens. »
Jean Eustache, Entretien réalisé par Sylvie Blum et Jérôme Prieur,
paru dans Caméra/stylo, septembre 1983.
« Dès qu’il
revient chez lui, à Narbonne, le cinéaste se fait plus grave. Le rythme
du Père Noël a les yeux bleus est plus mesuré, plus contrôlé, en un
mot plus écrit. L’idée du cadre s’affirme davantage. Le film commence
et se termine comme un conte d’hiver (les plans de Narbonne, magnifique
par leur densité, et saisis en noir et blanc par Philippe Théaudière,
annoncent ceux que Nestor Almendros enregistrera trois ans plus tard,
à Clermont-Ferrand, pour Ma nuit chez Maud de Rohmer.) Eustache se
doit de saisir la province dans ses rites, ses permanences, sa routine
mélancolique. »
Serge Toubiana, « Paris-Province », Cahiers du cinéma « Spécial
Jean Eustache » supplément au n°523, avril 1998, p. 9.
« Je
voulais tourner un film dans une ville que je connaissais, où j’avais
vécu. Je ne suis pas tout à fait d’accord quand on dit :
il faut voir une ville avec les yeux de celui qui y arrive pour la
première fois. Au contraire, il faut la voir avec les yeux de quelqu’un
qui sort tous les jours de chez lui, et l’imposer d’emblée au public.
On trouve ça dans tous les films que j’aime. C’est un peu pour défendre
et illustrer le cinéma que j’aimais, que j’ai pris ce parti. Il y
a très peu de cinéastes qui sont nés à Paris, qui ont toujours vécu
à Paris. Il serait bon que chacun aille faire des films dans son
pays. »
Jean Eustache, propos recueilli par Serge Toubiana, Cahiers du cinéma n°284,
janvier 1978
|
 |