| |

SEANCE
UNIQUE
Dimanche 11 mai à 18h45
|
ORDET (LA PAROLE)
de Carl Theodor
Dreyer
Danemark, 1955, 2h04, VOSTF
Avec Henri Malberg, Birgitte Federspiel, Preben Lerdorff Rye
En
1930, dans un village du Jutland, un vieux fermier est père
de trois garçons. L’aîné,
Mikkel, est marié à Inger, enceinte d’un troisième
bébé. Le second, Johannès, s’autoproclame
prophète et porte la bonne parole dans les villages aux alentours.
Le cadet, Anders, est amoureux de la fille du tailleur. Il désire
l’épouser. Malheureusement, dû à une discorde
religieuse, les patriarches ne s’entendent pas et refusent littéralement
l’union des deux jeunes gens.
Cependant, suite à la mort en couche d’Inger, les deux hommes se
réconcilient, alors que Johannès s’enfuit après avoir
prophétisé ce malheur. Il revient pour l’enterrement de Inger, à l’instant
où le cercueil va être fermé.
Ce film de Dreyer est une adaptation fidèle d’une pièce de
théâtre de l’écrivain danois Kaj Munk, qui est aussi
pasteur. Le point de départ de son œuvre s’articule autour
de la notion de foi dans les années 30 : « Nous n’avons
plus fois en rien ». Vingt-cinq ans plus tard, le sujet est toujours
d’actualité pour le cinéaste.
« Dreyer revendique
l'héritage de la grande époque
du cinéma allemand. Nous pourrions qualifier son art de véritable
expressionnisme, si ce terme n'avait pas été quelque
peu galvaudé. (...) Le cinéma ne nous a jamais donné l'exemple
d'un art plus volontaire : mais son mérite n'est pas tant
dans sa rigueur que le fait que celle-ci n'est jamais pesante, ne
brime pas un seul instant la liberté du jeu, n'étouffe
pas l'émotion du spectateur, mais au contraire l'avive, la
mutiplie. »
Eric Rohmer, dans un entretien donné aux Cahiers du Cinéma,
n°55, janvier 1956.
« Ordet est le seul film que
je peux voir et revoir et qui, chaque fois, me transforme en serpillière.
Je le connais pourtant par cœur. Mais il y a en lui une profondeur
et un mystère qui me fascinent. J’y vois, mais sublimé,
ce que l’on trouve dans toute l’œuvre de Dreyer :
une tentative de rendre visible l’invisible. (…)
Je ne sais toujours pas si la fin s’ouvre sur l’espoir
et le désespoir. C’est le secret du film. Il navigue
de scènes très physiques en scènes métaphysiques.
Mais les unes comme les autres n’ont qu’un seul but :
nous redonner foi en la vie. »
André Téchiné, « Ordet vu par André Téchiné », Télérama n°2462,
le 19 mars 1997.
« Dans cette architecture de nacre et
de jais, se meuvent des êtres qui lui sont accordés par
une mystérieuse évidence.
La lenteur de leurs gestes, de leurs paroles, de leurs déplacements,
n’est lenteur que par mémoire et comparaison. C’est
ici le rythme même de la réalité, comme le prouve
la prodigieuse scène de l’accouchement, l’un des
plus intolérables moments du cinéma universel (intolérable
de beauté !) où les gestes du chirurgien s’accordent
positivement aux pulsations de la vie. Mais cette lenteur réaliste
est évidemment pour Dreyer une conscience de l’espace
et de la gravité du mouvement, elle est l’équivalent
pour la durée, de l’importance des blancs et des gris. »
André Bazin, Extrait de « Le cinéma
de la cruauté », Ed. Flammarion.
|
 |