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Le
chapitre 1 a été écrit il y a environ un an. Depuis,
les choses ont évolué. En effet, je n’avais réalisé
à l'époque qu’un ciné-concert avec la formation
ads(r), sur L’homme à la caméra de Dziga Vertov.
J’ai été amené entre-temps à jouer
sur deux autres films, et bientôt un troisième. Je dois
avouer que tout cela ne me permet plus de réactualiser l’article
ci-dessus : il me serait difficile de garder un minimum de distance
par rapport à ma réflexion. C’est pourquoi nous
avons choisi, en accord avec Trompe le monde, d'enrichir cet article
de quelques notes, dont l’angle sera beaucoup plus personnel.
Le Cinématographe à Nantes, qui m’a accueilli déjà
trois fois et me propose un nouveau défi, m’a ainsi permis
d’utiliser le ciné-concert comme terrain d’expérimentation
formelle. J'aimerais donc vous entretenir de nos derniers essais, ainsi
que de celui réalisé par Mickaël Mottet (aka Angil)
dont le travail expérimental m’a beaucoup plu.
À l’époque de l’article, je me posais de nombreuses
questions sur l’utilisation de la voix en ciné-concert.
L’idée m’intéressait, mais je ne voyais pas
comment mettre cela en oeuvre. Une proposition du Cinématographe
changea les choses : dans le cadre du dispositif "Ecole et Cinéma",
ainsi que de la programmation jeune public, on m’offrit l’occasion
de réaliser le premier ciné-concert ouvert aux enfants
sur le film Chang.
L’exercice se révéla passionnant, puisqu’il
me permit de me poser une double question : quelle lecture faire du
film ? Et comment adapter celle-ci pour un jeune public ? Il me sembla
assez rapidement évident que je ne composerais pas une musique
pensée pour les enfants. Quelques expériences m’avaient
effectivement amené à remarquer que le jeune public est
le plus ouvert de tous, donc le plus réceptif à tout type
de proposition. Dès lors, je décidai de me laisser aller
à une composition personnelle, tout en accentuant néanmoins
davantage l’illustration que je ne l’aurais fait dans d’autres
circonstances. Mais malgré cela, je sentis qu’il me manquait
un élément pour capter l’attention des enfants :
une voix. Inspiré par l’idée du conte oral, je me
mis en quête d’une comédienne qui pourrait jouer
les intertitres du film, afin de leur donner plus de pertinence, mais
cela ne se révélait réellement exploitable qu’avec
des enfants.
La véritable trouvaille quant à l’utilisation de
la voix en ciné-concert vint de Mickaël Mottet. En effet,
celui-ci en fit le centre de son interprétation de La
jeune fille au carton à chapeau, tant et si bien que le duo
de cordes jouant les quelques thèmes composés pour l’occasion
passait à l’arrière plan sonore. Le pari audacieux
de Mickaël était de réactualiser l’humour du
film, pour ce faire il utilisa une voix-off pour la narration et joua
en direct avec l’aide d’un complice les dialogues visuellement
présents dans le film mais dont la sonorité n’avait
pas laissé de trace. L’épreuve était difficile,
car l’humour est une arme à double tranchant s’il
n’y a pas de réponse de la part du public, mais je dois
avouer que nous avons tous été conquis le soir de la représentation.
D’un dispositif fort simple et habituellement utilisé pour
le détournement, il fit l’un des ciné-concerts les
plus enthousiasmant auquel j’ai pu assister.
Suite à ces deux concerts, l’utilisation de la voix ne
me posa plus de problème et je dois avouer avoir trouvé
ce dispositif très intéressant pour rythmer le spectacle
du ciné-concert, car il permet également de faire passer
la musique au second plan, pour un temps ou pour la durée du
spectacle. Ce qui, finalement, rend cette musique plus efficace et plus
prenante lorsqu’elle reprend le dessus.
Mais bulCiné nous permit de chercher encore plus loin de nouvelles
propositions. En effet, avec le collectif jlg action pinball, nous eûmes
l’occasion de travailler sur un film sonore, La
nuit des morts vivants de Romero. J’avais pu assister à
la performance de Hutchinson sur Megavixens : même si le groupe
avait travaillé sur un film sonore, leur interprétation
jouait sur une relecture décalée et ironique, ce qui était
tout le contraire de ce que nous souhaitions faire avec le film de Romero.
Finalement, la chose ne nous sembla pas si difficile, puisque nous n’eûmes
qu’à choisir les dialogues qui nous semblaient les plus
importants et à leur donner la place nécessaire. Ce qui
permettait, là aussi, de faire disparaître par moments
les notes de musique. Le plus gros défi sur ce film fût
d’intégrer la vidéo. En effet, Antoine Ledroit participe
au jlg action pinball en tant que vidéaste, et ce fût donc
une excellente occasion de réfléchir à l’intégration
d’un nouveau medium dans ce type de performance. Nous avons été
amenés à réfléchir longuement sur l’intégration
des images numériques et sur leur pertinence. Finalement, c’est
du côté de l’art contemporain que nous avons cherché,
et c’est ainsi qu'Antoine a proposé un travail sur des
motifs extraits du film, relecture visuelle de certains passages, avec
jeux de bouclage, de recadrage, de décontextualisation. Ce processus
nous permit d’aller plus loin dans notre lecture clairement tragique
du film, en utilisant les images vidéos à des fins proleptiques.
Le résultat de l’expérience fût assez mitigé,
le travail d’Antoine se révéla si riche qu’il
devint dès lors difficile au public de suivre le grand nombre
d’informations qui leur arrivait simultanément.
C’est ainsi que mes questions par rapport au ciné-concert
ont pu évoluer. Et il est vrai que l’horizon d’un
prochain concert sur le film Gosses de Tokyo d'Ozu m’amène
de nouvelles interrogations. Chaque film amène sa problématique,
mais aussi des idées spécifiques en fonction des lectures
possibles de l’oeuvre. Ce qui me rassure, c’est qu’à
l’aube du quatrième ciné-concert, je ne perçoive
nulle recette applicable directement, que le long travail de découpage,
de réinterprétation, d’appropriation du film m’attend
une fois de plus, avec son lot de plaisirs et de frustrations.
Wilfried
Thierry - juin 2005 |
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