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Archives 2001-2011

BERLIN 10/90


de Robert Kramer



PROGRAMMATION JUIN 2009

France, 1990, 1h04

Dans une série télévisuelle dont la figure imposée est le plan séquence, Robert Kramer invente un dispositif qui multiplie la narration. Enfermé dans la salle de bains d’un hôtel de Berlin, face à un téléviseur qui projette des extraits d’actualités et des séquences tournées par lui-même, le cinéaste se livre au difficile exercice d’autofilmage tandis qu’il improvise sur le sens de sa présence dans la ville de ses origines.

« Le dispositif imaginé pour venir à bout du pari du plan-séquence est de découper l’espace et le temps en deux « scènes » reliées l’une à l’autre par des mouvements latéraux : discontinuité dans le continuum. La première scène - la première cellule - est donc une salle de bains, baignoire et carreaux blancs, meublée d’une chaise en fer, noire ; face à cette chaise, posée sur un pied ou sur un support, la caméra fixe, qui définit un cadre dans lequel le corps du cinéaste va s’inscrire en s’installant sur la chaise pour de longs moments de présence, cadre immuable ; il est certain qu’il n’y a personne derrière la caméra, nul regard : configuration prophétique d’une caméra de surveillance, à cette nuance près qu’elle est ici placée par le cinéaste pour le surveiller, lui, pour l’enfermer dans son cadre qui n’est plus celui d’un regard, qui serait comme l’absence de tout regard, comme si c’était alors le corps filmé du cinéaste qui portait le seul regard humain figurable dans cette mise en scène : exclusion du spectateur. Alors que - paradoxalement - cette situation est bien offerte à son regard, au point qu’il n’aurait plus qu’à occuper lui-même la place vacante derrière la caméra de surveillance. La deuxième scène est soumise elle aussi à un cadrage répétitif : au bout du travelling latéral sur les carreaux blancs apparaît un poste de télévision, cadré entier parfois, d’autres fois par bouts, et dans l’écran de ce poste passent des plans filmés par Kramer les jours précédents l’épreuve du plan-séquence, images et sons d’un avant dont la liberté serait rabattue et enfermée dans la cellule du plan-séquence et dans le cadre du téléviseur - lui-même recadré ou décadré par la caméra. Double mise en abyme : cadre dans le cadre, scène dans la scène, paroles des autres dans la parole de Kramer. Mais aussi dans le temps, temps d’avant, temps du cinéma kramérien fait d’associations, de montages, de combinaisons, de jeux signifiants, qui s’oppose ici au temps qui est d’abord, littéralement, le temps qui passe. La voix principale, celle de Robert Kramer, in et off, nous parle de sa volonté farouche de connaître et de comprendre, de ne pas oublier, de collectionner les listes et de faire les comptes de l’effondrement de la dimension politique des luttes, parallèlement à la chute du Mur de Berlin. »
Jean-Louis Comolli, L’Anti-spectateur

SEANCES

Vendredi 26 juin à 21h
Dimanche 28 juin à 21h
Jeudi 2 juillet à 21h15