CYCLES ET RÉTROSPECTIVES

Bophana, une tragédie cambodgienne


de Rithy Panh



CARTE BLANCHE CATHERINE CAVELIER • OCTOBRE 2014

France, 1996, 1h, documentaire

Bophana était une jeune femme qui résista à la folie des Khmers rouges en écrivant des lettres d’amour à son mari. Tous deux le paieront de leur vie. Rithy Panh mène l’enquête et retrace son histoire pour l’arracher à l’oubli. Car pour lui, l’anonymat dans un génocide est complice de l’effacement. Découvert au festival des 3 Continents en 1992 à Nantes, Rithy Panh devient un réalisateur fondamental pour mieux appréhender l’histoire du Cambodge et le génocide des Khmers rouges.



Séances

• mardi 21 octobre • 18:30 • invité, Jérôme Baron, Festival des 3 continents


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En s’attachant au destin tragique de Bophana et de son époux qui eurent le tort de s’aimer sous le régime de Pol Pot, crime pour lequel tous deux furent accusés de conspiration puis exécutés, l’entreprise de Rithy Panh est triple.
Le réalisateur s’attelle ici à la tâche immense de sortir de l’anonymat les victimes, s’appuyant sur les témoignages de proches survivants étayés par les photos, les lettres et les aveux extirpés sous la torture de Bophana. À la lecture des lettres d’amours de Bophana à son mari, dans lesquelles celle-ci assimile son exil forcé aux amours contrariées de Préah Ream et Neang Séda dans le Reamker, version khmérisée du Ramayana indien de Valmiki, le documentaire prend alors des accents tragiques.

Rithy Panh a ensuite à cœur de lier l’histoire particulière à l’Histoire en déplaçant son sujet sur le tristement célèbre camp d’extermination S 21 où périt Bophana et auquel il consacrera tout un documentaire en 2002 sous le titre S 21 La Machine de mort khmère rouge Le réalisateur réussit à filmer l’une des scènes les plus fortes probablement de la documentation sur les génocides en confrontant Houy, l’ancien chef adjoint de la sécurité de S 21 à Van Nath, peintre de son état et l’un des 7 survivants du camp, devant les peintures très réalistes de Van Nath représentant des scènes de torture vues ou imaginées, dont l’ancien tortionnaire ne peut de son propre aveu que reconnaître la pertinence. Le documentaire se veut enfin un réquisitoire en faveur de la reconnaissance du génocide cambodgien alors même que l’extermination massive, qui fit 1 800 000 victimes sous les Khmers rouges, n’est pas considérée comme un génocide par la Convention de l’ONU du 9 décembre 1948 ; celle-ci ne retient dans sa définition que les critères "national, ethnique, racial ou religieux", à l’exclusion des crimes politiques.

Clémentine Fullas – A voir-alire