CYCLES ET RÉTROSPECTIVES

L'Homme d'Aran (Man of Aran)


de Robert J. Flaherty



IDENTITÉS IRLANDAISES • MAI 2013

GB, 1932-34, 1h20, documentaire

La vie des paysans des îles d’Aran sur la côte ouest de l’Irlande est une lutte quotidienne contre la mer, les intempéries et l’aridité de la terre. Se situant aux limites et au mélange des approches documentaire et fictionnée, Flaherty reprend la démarche inaugurée avec Nanouk l’Esquimau. Pour filmer cette épopée de l’homme face à la nature, il utilise les habitants de l’île comme des acteurs. Il fabrique de toutes pièces la famille qui est au centre du film, mais en faisant d’un forgeron dans la vraie vie le pêcheur qui deviendra cet Homme d’Aran.

"Du bord d’une falaise, un gamin jette une ligne à la mer, la laisse se dérouler, puis se place en position d’attente. Ses gestes sont appliqués. Pas comme ceux d’un acteur qui mime une action, mais comme ceux d’un enfant qui joue pour lui-même. Cette différence fait tout le prix de L’Homme d’Aran, faux documentaire et vrai grand film que Robert Flaherty réalisa de 1932 à 1934 sur Inishmore, la plus grande des trois îles qui forment l’archipel d’Aran. au large des côtes ouest de l’Irlande. Faux documentaire, parce que la famille dont il décrit l’existence n’est pas une vraie famille, que ses faits et gestes sont mimés pour la caméra, parce que si la tempête qui secoue la dernière séquence est, bien sûr, réelle, il y avait déjà longtemps que les habitants d’Aran avaient cessé de chasser le requin au harpon. Vrai grand film, parce que le combat de l’homme face à la nature a inspiré à Flaherty des images d’une beauté et d’un lyrisme renversants, et dont le modernisme demeure saisissant plus d’un demi-siècle après."

Les Films du Paradoxe

"Peu de film, dans toute l'histoire du cinéma, auront comme
l'Homme d'Aran, construit leur propre mythologie. Phare de haute mer, construction aux limites de l'art et de l'humanité, Man of Aran doit avant tout sa qualité de film mythologique à sa facture, sa gueule, sa définition biologique. Film mi-homme, mi-bête, mi-documentaire, mi-fiction, il ressemble comme deux gouttes d'eau à son sujet : c'est un film-île, âpre, salé, unique, solitaire, isolé et désolé. Lorsqu'il l'a tourné, entre 1932 et 1934, Robert Joseph Flaherty n'avait qu'un but, qu'une seule mission : peindre, étreindre, embrasser la vie d'un tout petit peuple de marins irlandais, aggrippés à un bout de terre rocailleuse perdue dans l'Atlantique. (…) Citadelle inexpugnable, l'Homme d'Aran est resté solitaire dans son génie, son hypothèse d'un cinéma documentaire tout en démiurgies et passions, sa prodigieuse hauteur ; c'est sans doute pourquoi il garde aujourd'hui entières ses vertus transfiguratives, intact son pouvoir d'émerveillement et si crue, si brutale, sa force d'émotion."
Olivier Seguret, Libération


Séances

Vendredi 17 mai 2013 à 20h30
Mardi 21 mai 2013 à 18h30