FILMS DU PATRIMOINE • GRANDS CLASSIQUES

La Barrière de chair


de Seijun Suzuki




Japon, 1964, 1h30
avec Yumiko Nogawa, Ikuko Kasai, Kayo Matsuo
NUM • VERSION RESTAURÉE

Dans le Tokyo de l’immédiat après guerre, dans un quartier populaire misérable où souvent intervient la police militaire américaine, puissance occupante, des prostituées s’organisent pour ne dépendre de personne…

Des prostituées qui s’organisent pour ne pas être exploitées : il fallait être Suzuki pour aborder le thème rebattu de la prostituée au cinéma de cette
manière. Ce cinéaste, très connu au Japon, peu connu en Europe, fut considéré assez vite comme un cinéaste important et admiré de gens comme Oshima et Jarmusch. Et pourtant il avait tout pour rester un cinéaste confidentiel. De 1956 à 1967 il tourna environ quarante films de série B. Série B, donc petit budget, peu de temps pour préparer et peu de temps pour tourner le film. Tout cela parce que le film est programmé avant le "grand film" qui passe en seconde partie. Donc un cinéaste qui veut exister en tant que tel doit se débrouiller pour se faire remarquer par ses qualités propres, c’est à dire rarement par le scénario qui, par facilité doit se classer dans un genre repéré, ni par les moyens déployés. Et donc Suzuki ose : des développements scénaristiques inédits et souvent iconoclastes, des recherches esthétiques gratuites par rapport au sujet. Il osa tellement qu’en 1967 son film La Marque du tueur fit scandale et il fut renvoyé de son studio. Pendant dix ans il ne tourna plus, fit un procès qu’il gagna avant de reprendre sa carrière.

De la seconde partie de sa carrière certains Nantais ont peut être le souvenir de trois films, présentés en 1991 au Festival des 3 Continents, où il déploie ses talents et où l’esthétique se joint à l’onirisme.

La Barrière de chair de 1964 fit sans doute partie de ses films qui attisèrent la colère du patron de la Nikkatsu, qui le vira trois ans après. Du film de genre autour des "filles", il fait un tableau sombre du Tokyo de l’après guerre. La ville est décrite comme une jungle où l’on meurt de faim, ou chacun vit dans le souvenir traumatisant de la guerre, où tous les trafics sont possibles – on retrouve, comme dans Le Troisième homme de Carol Reed, qui se déroule dans la Vienne de l’après guerre, un vol de pénicilline dans un entrepôt américain.

Situant l’action dans un quartier périphérique de Tokyo, sous une route prolongeant un pont, Suzuki nous déplace entre une sorte de bidonville et des ruines. Avec les "filles", on est dans des intérieurs qui ressemblent à des bunkers à moitié détruits par les bombes, et c’est là qu’il nous propose des échappées esthétiques stupéfiantes. Jouant simplement sur les trouées dans les murs et les éclairages, sur les formes fantomatiques créées par les moignons de murs, des ferrailles erratiques, il invente un univers visuel qui rappelle certaines œuvres picturales du surréalisme. Pour ne pas parler d’une sorte d’étrange crucifixion érotique qui prolonge une séduction buñuelienne d’un prêtre. Entre surimpressions, plans monochromes à la couleur de la robe des filles, abattage d’une vache etc... Suzuki s’éloigne du genre, en n’oubliant pas ses filles, rattrapées par la vie et l’amour.

Séances

BOUGUENAIS • Cinéma Le Beaulieu
Mer 06/11/2019, 20:00

SAINT-ÉTIENNE-DE-MONTLUC • Montluc Cinéma
Mar 12/11/2019, 20:45

ANCENIS • Cinéma Éden 3
Mar 16/06/2020, 20:30