Le Cinematographe
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Le Cinématographe, salle de cinéma à Nantes et Education à l'image

CYCLES ET RÉTROSPECTIVES

Le Dahlia noir (The Black Dahlia)


de Brian De Palma



HOLLYWOOD SUR HOLLYWOOD • JUIN - JUILLET 2012

USA, 2006, 2h02, VOSTF, interdit -12 ans
avec Aaron Eckhart, Josh Hartnett, Scarlett Johansson, Hilary Swank


Le Dahlia noir (The Black Dahlia)
Dans les années 1940, à Los Angeles, Bucky et Lee, deux inspecteurs, s'attaquent à une affaire de meurtre particulièrement difficile. Une starlette, Elizabeth Short, a été découverte atrocement mutilée. Sa beauté et sa fin tragique deviennent les sujets de conversation de toute la ville. Que vivait-elle dans son intimité ? Et avec qui ? Au-delà des apparences, l'enquête commence... Dans la vision du réalisateur, le cinéma est un monde en soi, un double du réel, dans lequel une image externe peut prendre partiellement le contrôle de son film . Il ne faut donc pas s'attendre à une adaptation convenue du roman de James Ellroy. Le Dahlia noir est bien plus que cela, c'est le témoignage effrayant d’une vie minée par les images.

"Le Dahlia noir avait un nom : Elizabeth Short. C’était une apprentie comédienne, retrouvée morte, atrocement mutilée, dans un terrain vague de South Los Angeles en janvier 1947. Elle avait 22 ans. La presse lui donna son surnom en référence au Dahlia bleu, film noir (!) écrit par Chandler. Quarante ans plus tard, le romancier James Ellroy signe Le Dahlia noir. Ceux qui l’ont lu parlent d’une expérience singulière : descente au plus profond de la noirceur humaine, attirance macabre pour le mal. Double obsession, en fait. Celle de deux flics pour la jeune femme ; mais aussi, à peine masquée, celle de l’auteur, marqué à jamais par le meurtre, jamais élucidé, de sa mère, quand il avait 10 ans. Ceux qui n’ont pas lu le livre trouveront largement leur compte dans l’adaptation qu’en offre aujourd’hui Brian De Palma. Il suffit, au fond, de changer d’obsession. Car, tout en respectant les grandes lignes du récit – deux enquêteurs et une poignée de femmes très fatales –, le cinéaste s’intéresse moins aux faits proprement dits qu’à son art : le cinéma. Lequel, on le sait depuis Hitchcock, n’est pas moins innocent que le crime mais paie davantage. Les excès de cinéphilie ont poussé Brian De Palma à des expériences « limite », à l’image de son précédent opus, ridicule et alambiqué, Femme fatale. Ici, l’exercice (de style) est plus cadré : ressusciter le grand Hollywood, travailler sur le genre, donner au film noir une patine sophistiquée, glacée et sexy à la fois. Le glamour a fui Hollywood pour gagner, un peu, le cinéma indépendant américain et, beaucoup, son cousin asiatique – parangon : Wong Kar-wai. C’est un plaisir que l’on retrouve en contemplant les acteurs réunis par De Palma, ou en admirant sa mise en scène, voyante mais incomparablement élégante (mouvements de grue dans un Los Angeles des années 40 reconstruit en Bulgarie). De nos deux héros policiers, le premier (c’est Josh Hartnett, probablement le plus beau mec en activité à Hollywood) sait que le second (Aaron Eckhart, impeccable gueule rétro) n’est pas clair : amours troubles avec une pépette aguicheuse (Scarlett Johansson, irrésistible en vamp au foyer). Lui-même n’est pas net, s’amourachant d’une héritière (Hilary Swank, la boxeuse de Million Dollar Baby, le charme à l’état pur). Mais n’est-ce pas parce qu’elle lui évoque la morte que Josh s’est épris de la belle Hilary ? Il faut dire la jouissance à voir ces très jolis êtres faire de très jolies choses – et de moins jolies – et l’ivresse de se perdre dans une intrigue à tiroirs, mais l’effort d’orientation aura sa récompense. Comme d’une petite madeleine hawksienne surgissent nos souvenirs ensommeillés du Grand Sommeil et consorts. Sauf que les sous-entendus de l’époque, censure oblige, sont ici explicites : lesbianisme, nécrophilie, sadisme et perversions en tout genre s’étalent au grand jour. C’est la "cité du péché" qui corrompt, non sans délice pour le corrompu. C’est le cinéma qui fait de nous des voyeurs jubilants. Les plus belles scènes du Dahlia noir sont les bouts d’essai de la jeune Elizabeth Short : fragments de pellicule en noir et blanc où la jeune actrice aux grands yeux mouillants (émouvante Mia Kirshner, vue dans The L Word) se livre à des cinéastes plus ou moins vicieux. La voix qui l’interroge, c’est celle de Brian De Palma. C’est du cinéma dans le cinéma, et de cette mise en abyme naissent paradoxalement des instants de pure vérité : une fleur fragile que l’on brise, une beauté que la caméra viole. Nous, spectateurs, avons tous tué le Dahlia noir."
Aurélien Ferenczi, Télérama

Séances

Jeudi 14 juin 2012 à 18:15
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Dimanche 17 juin 2012 à 18:30