Le Cinematographe
Le Cinématographe
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COLLÈGE AU CINÉMA

Bienvenue à Gattaca (Gattaca)

de Andrew Niccol



USA, 1998, 1h46, VOSTF
avec Ethan Hawke, Uma Thurman, Jude Law, Alan Arkin, Loren Dean, Ernest Borgnine

Dans un monde parfait, Gattaca est un centre d'études et de recherches spatiales pour des jeunes gens au patrimoine génétique impeccable. Jérôme, candidat idéal, voit sa vie détruite par un accident tandis que Vincent, enfant naturel, rêve de partir pour l'espace. Chacun des deux va permettre à l'autre d'obtenir ce qu'il souhaite en déjouant les lois de Gattaca.

"Ici, la génétique a pris le pouvoir. En une fraction de seconde, tel un diktat implacable, l'examen d'une microgoutte de sang détermine l'avenir d'un nouveau-né. Les humains sont classés en deux catégories : "non-valides" et "valides". Les premiers sont confinés aux tâches les plus viles. Les seconds forment l'élite. Et "l'élite de l'élite", surentraînée, pourra s'envoler pour Titan, une des lunes de Saturne, dont on parle comme d'une Terre promise. Vincent (Ethan Hawke) est "non valide". Des perturbations neuropsychologiques et un souffle au cœur lui interdisent à jamais de réaliser son rêve : embarquer dans une de ces fusées qui transportent les "navigateurs de première classe". Un jour, Vincent a l'idée d'une machination diabolique, qui va lui permettre de se faire passer pour "valide". Sans effets spéciaux ni gadgets, Andrew Niccol ­ un nouveau venu qui a signé le scénario et dont c'est la première réalisation ­ renouvelle avec éclat le film de science-fiction. On pense à Orwell (1984) ou à Aldous Huxley (Le Meilleur des mondes), et pourtant tout est ici comme revivifié. La fable sur les dérives de la science se double d'un remarquable thriller. Le directeur d'une mission est assassiné. On ouvre une enquête. Vincent est menacé. Combien de temps déjouera-t-il le diabolique système de surveillance de Gattaca ? L'intrigue flirte aussi avec le drame psychanalytique : le flic chargé d'enquêter est en effet le frère de Vincent. Entre eux, la rivalité remonte à l'enfance. Ils vont s'affronter de manière décisive. Andrew Niccol entrelace les différents niveaux du récit avec brio. Il ne dramatise jamais de manière artificielle. Il fait monter la pression, lentement. Il aère l'action de clins d’œil (l'efficacité génétique aboutit à créer des pianistes à douze doigts). Bref, il maîtrise parfaitement cet univers qu'il a créé de toutes pièces. Une mise en scène précise, soucieuse du moindre détail, orchestre un ballet de regards vides et de visages fermés, puisque à Gattaca le visage de l'autre importe moins que son identité génétique affichée sur les mini-détecteurs des forces de l'ordre. Une froide lumière d'aquarium baigne cette non-vie, aseptisée, normalisée et où tout le monde surveille tout le monde, tandis que l'identité des "valides" est contrôlée et recontrôlée jusqu'à la névrose. Dans cet univers implacable aux engrenages bien huilés, Vincent est le grain de sable, l'homme à abattre. Avec son cœur qui bat la chamade, il symbolise toutes les résistances. Le refus aussi d'une discrimination sociale monstrueuse."
Bernard Génin, Télérama

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