Le Cinematographe
Le Cinématographe
Le Cinematographe

ÉCOLE & CINÉMA

Jour de fête

de Jacques Tati


France , 1949, 1h10
avec Jacques Tati, Guy Decomble, Paul Frankeur, Santa Relli, Maine Vallée, Roger Rafal

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Tout un village est en effervescence car se prépare la fête annuelle. Des forains arrivent et diverses attractions se mettent en place. Dans le cinéma ambulant on projette un film sur le service des postes d'Outre-Atlantique, bien plus moderne que notre facteur local qui décide alors de distribuer son courrier "à l'américaine"...

Toute la première partie du film s'attache ainsi aux préparatifs de la fête et aux réactions des villageois, commentés par une vieille commère bienveillante (jouée par le comédien Delcassan). Observateur des communautés, Tati installe son film avec patience et vigueur à la fois. Une somme de petits détails et d'actions, relevant autant du burlesque que du quotidien, prennent le pas sur une dramaturgie conventionnelle. Et si les deux principaux forains sont interprétés par des comédiens familiers du public (Paul Frankeur et Guy Decomble), le cinéaste s'attache à en faire des éléments déclencheurs, des troubleurs d'habitudes un peu moqueurs et condescendants, mais en prenant soin de ne pas en faire les héros de l'histoire. Loin de dérouter le spectateur et de lasser sa patience, cette longue introduction où ne se dessine qu'une esquisse de récit et où ne se distingue aucun personnage central établit une impression d'intimité et de sympathie immédiate, qui donne le sentiment d'être l'hôte privilégié d'un petit monde, gagné peu à peu par la liesse et la féerie. (...) Solidement épaulé par sa petite équipe et par les villageois, qui vivent ensemble pendant cinq mois, Tati invente un cinéma qu'on a judicieusement qualifié de démocratique, où tout le monde, du cafetier bougon au plus fugitif des passants a sa place et son importance. Ce n'est qu'au bout d'une vingtaine de minutes que le facteur François fait enfin son apparition et s'impose comme le point central du film. Naïf et buté, gaffeur mais doué par fulgurances d'une grande intelligence pratique, ce personnage interprété avec génie par Tati est une des plus belles créations du cinéma burlesque. Bien qu'il soit l'objet des blagues des enfants et des quolibets de ses voisins, il est bien plus qu'un cliché de l'idiot du village. Digne héritier des fonceurs inconscients et surnaturellement chanceux incarnés par Buster Keaton dans ses chefs-d'oeuvre des années 20, François est avant tout un corps en mouvement, une force qui traverse le film comme une tornade. S'exprimant dans un babil plus proche de l'esperanto comique que du patois, il rejoint la grande famille des figures burlesques universelles, aux côtés du vagabond de Chaplin et des fous furieux incarnés par Laurel et Hardy.
- Emmanuel Voisin, dvdclassik.com

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