Le Cinematographe
Le Cinématographe
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LA LOI DU GENRE

La Roue

d’Abel Gance



France, 1923, 6h58, muet
avec Severin Mars, Gabriel de Gravone, Ivy Close
NUM, version restaurée

La Roue
Un train déraille. Un cheminot qui réussit à empêcher une plus grande catastrophe recueille une petite fille dont la mère est morte dans l’accident et la fait passer pour sa fille. Mais elle grandit... Presque un siècle après sa sortie en 1923 au Gaumont-Palace, en deux séances, c’est le retour d’une version du film reconstituée, identique à celle de cette séance historique qui fit dire à Cocteau qu’après ce film le cinéma ne serait plus le même. Cette restauration fut complexe car élaborée à partir de copies réparties dans plusieurs cinémathèques d’Europe. Remarquable est qu’elle fut établie à partir de la liste des 117 morceaux de musique dues à 56 compositeurs qui furent joué lors de ces séances. Cette liste avait été établie par Arthur Honneger et Paul Fosse. Parmi ces morceaux ceux d’Honneger d’où est issu son mouvement symphonique "Pacific 231" dont les innovations sonores en firent un précurseur de la musique moderne.

Cette version restaurée retrouve la durée de 7 heures d’origine et remplace heureusement les versions tronquées qui circulaient depuis 1923 et donnaient du film une image parfois ridicule. Elle respecte la division en un prologue et quatre époques voulues par Abel Gance et son assistant Blaise Cendrars. Chaque partie retrouve ainsi sa tonalité dominante propre, entre le quasi documentaire sur la vie des cheminots, le mélodrame familial à base d’inceste, le poème visuel exaltant les paysages, les références littéraires et mythologiques, entre Sisyphe et Œdipe. Le mélodrame un peu naïf et au jeu nettement daté est parfois cassé par des sauts dans des moments de comédie - la tragédie œdipienne transformée en jeu de colin-maillard par exemple - mais est surtout transcendé par l’utilisation de tous les moyens techniques que le cinéma explorait à l’époque - surimpressions, accélérés, éléments de couleur, coupes rapides destinées à suivre la musique prévue... L’alliance de ces éléments agrège la modernité ferroviaire, ses lignes, ses mouvements, ses bielles et surtout ses roues à la symbolique de la roue à travers les temps - on trouve même un plan avec une gravure représentant le supplice de la roue -, roue du destin qui ici se confond avec celles de la locomotive, protagoniste - féminin, hé oui - essentiel du film. La longueur du film s’oublie grâce à ses incursions dans des univers totalement inattendus, son accumulation de péripéties incroyables et le souffle lyrique qui emporte le tout.

Séances

SAMEDI 7 JANVIER 2023
17:00 Prologue + Époque 1 : La Rose du rail (1h55)

> précédé d’une présentation du film par des membres de la fondation Jérôme Seydoux - Pathé
20:30 Époque 2 : La Trégédie de Sisif (1h51)

DIMANCHE 8 JANVIER 2023
18:00 Époque 3 : La Course à l’abîme (1h34)
20:30 Époque 4 : Symphonie blanche (1h33)