Le Cinematographe
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FILMS DU PATRIMOINE • GRANDS CLASSIQUES

Pauline à la plage

d'Éric Rohmer



France, 1983, 1h35
avec Amanda Langlet, Arielle Dombasle


Pauline à la plage
C’est la fin de l’été, Pauline 15 ans vient passer quelques jours dans une maison familiale sur la côte normande avec sa cousine Marion, la trentaine. Marion est belle et célibataire depuis peu, elle retrouve Pierre un vieil ami et rencontre Henri pour lequel elle ressent vite de l’attirance. Quant à Pauline, elle se réjouit de ce séjour loin du regard de ses parents…

L’idée de Pauline à la plage est née dans les années 50 à l’époque où Rohmer avait imaginé un début de dialogues pour une pièce de théâtre qui mettrait en scène quelques personnages de jeunes femmes et jeunes hommes aux amours croisées. Fidèle à ses habitudes d’écriture le petit cahier est resté dans un tiroir jusqu’à ce qu’il le reprenne dans les années 80 pour son nouveau cycle "Comédies et Proverbes" Ce film devient le troisième opus de la série qui en compte six et s’ouvre sur une citation de Chrétien de Troyes :

"Qui trop parole, il se mesfait". Le réalisateur confie volontiers que ces proverbes associés aux films correspondent à une sorte de jeu. Il les choisi après avoir achevé le tournage, parfois même quand cela est nécessaire il invente. Ici donc on parle beaucoup : on parle d’amour, on imagine, on commente, on prévient… De déclarations enflammées en maladresses, de mensonges en vérités crues, Rohmer, maestro du dialogue intime, pose des questions plus profondes qu’elles peuvent le sembler au premier abord.

Le titre à lui seul raconte déjà une histoire. Un prénom, un lieu. La jeune Pauline (Amanda Langlet) est d’emblée pressentie comme le personnage principal du film mais l’adolescente et son ami Sylvain (Simon de la Brosse) du même âge se sentiront manipulés tous deux, dans ces jeux de l’amour et du hasard. Sylvain reprochera même à Henri (Féodor Atkin) de profiter "i[qu’[ils sont] jeunes pour tout faire tomber sur [eux] et arranger [ses] petites histoires]i". Jeunes mais clairvoyants et certainement moins manipulateurs que les adultes censés veiller sur eux.

La plage, deuxième indice du titre, annonce les vacances, le soleil, une certaine légèreté. Ce sont les vacances en effet, le soleil n’est pas si présent (le film se déroule en Normandie) et la légèreté de certains entraîne de fâcheuses conséquences pour d’autres. Rohmer fait de la plage le lieu de toutes les rencontres, là où on peut se donner rendez-vous mais aussi où quiconque peut se rendre sans invitation. Parce que Pierre (Pascal Grégory), rabat-joie moralisateur, ennuie souvent Marion (Arielle Dombasle) elle aimerait l’éviter. Le cinéaste filme la plage comme un lieu de passage qui appartient à tous en opposition à la villa d’Henri ou au jardin verdoyant de Marion, espaces ancrés à leur propriétaire. Sur le sable, les corps sont aussi très exposés, surtout les corps féminins car Pierre le véliplanchiste garde sa combinaison, Henri et Sylvain portent souvent leur pantalon. Il y a finalement assez peu de scènes de baignades néanmoins on garde en mémoire l’apparition de Marion sortant de l’eau telle une sirène… La sensualité des images confrontées aux propos des protagonistes qui exposent leur vision de l’amour joue ce jeu du chat et de la souris entre comédie et cruauté, amour courtois et vaudeville.

Rohmer, qui voulait faire du cinéma comme Matisse peignait, choisit pour Pauline à la plage une esthétique dominée par le bleu, le blanc et le rouge en référence au tableau "La blouse roumaine" – peinture dont une reproduction est accrochée dans la chambre de la fille d’Henri où Pauline passera une nuit (une image de cette séquence a été sélectionnée pour l’affiche du film). Le directeur de la photographie Néstor Almendros et Rohmer choisissent d’attribuer une couleur particulière à chacun des trois hommes. Comme à son habitude, Rohmer offre ici un film extrêmement construit en dépit d’une apparente spontanéité voire d’improvisation. Le montage un peu brut est réalisé sans musique sauf dans les scènes où les personnages dansent au son d’un orchestre ou d’un disque. Le scénario met l’accent sur la surprise et à son tour chacun des personnages surprend un autre couple. Étonnamment chaque personnage, malgré ses défauts et ses déséquilibres touche le spectateur par l’intelligence et la sensibilité que le cinéaste lui accorde. Car il faut reconnaître à Rohmer cette grande qualité qui consiste à ne jamais mépriser ses personnages y compris en traitant les rôles les plus ingrats et agaçants avec une certaine tendresse.

La plage reviendra dans l’œuvre de Rohmer treize ans plus tard avec Conte d’été. On ne s’étonnera pas d’y retrouver la comédienne Amanda Langlet devenue femme, intimement associée à ces histoires d’amour estivales et maritimes, aux côtés de Melvil Poupaud interprétant Gaspard un jeune homme qui se refuse à choisir entre deux amours.

Séances

LA MONTAGNE • Cinéma Le Montagnard
Mar 1/06/21, 20:30

SAINT-ÉTIENNE-DE-MONTLUC • Montluc Cinéma
Mar 16/02/21, 20:45

SAINTE-MARIE-SUR-MER • Cinéma Saint-Joseph
Jeu 20/05/21, 20:30