Le Cinematographe
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FILMS DU PATRIMOINE • GRANDS CLASSIQUES

The Endless Summer

de Bruce Brown



USA, 1966, 1h32, VOSTF, documentaire

The Endless Summer
A l’hiver 1963, Mike Hynson et Robert August, deux jeunes surfeurs californiens, s’envolent pour le Sénégal, planche de surf sous le bras. Puis c’est le Ghana, l’Afrique du sud, l’Australie… Ils sont à la recherche de plages moins fréquentées et surtout d’une saison qui ne s’arrêterait jamais.

Drôle d’objet que ce documentaire, cet "été sans fin" qui nous fait voyager aux côtés de Hynson (21 ans), August (18 ans) et Brown (25 ans). N’oublions pas qu’un documentaire est un film scénarisé et c’est particulièrement vrai ici. Brown, surfeur lui-même, a déjà réalisé quelques films sur sa passion avant de s’attaquer à ce projet. Il "recrute" les deux jeunes gens qu’il présentera comme un duo quasi inséparable alors qu’ils se connaissent à peine. Ce sont les contingences matérielles qui donnent proprement sa forme au film : alors que Bruce Brown imagine un simple voyage en Afrique du Sud le billet d’avion est moins cher s’ils continuent leur tour du monde plutôt que de rentrer par le même chemin. Le cinéaste choisit donc pour l’accompagner les deux premiers surfeurs qui pourraient payer leur billet. L’équipe réduite aux trois jeunes hommes part donc pour l’aventure.

Brown réalise toutes les prises de vue et le montage sans aucune assistance. L’essentiel du film est tourné en 16mm avec de très longues focales et sans son. Quelques plans spectaculaires sont réalisés par Brown surfant une caméra plus légère à la main ! Pour capturer des images au ras de l’eau, il conçoit une coque de plastique étanche protégeant la caméra et fixée par une ventouse sur le nez de la planche. La tonalité des premières images déroute car au bleu de la mer qu’on imagine omniprésent dans un film de surf, une collection de jaunes, rouges, orangés rivalisent sur l’écran. Le cinéaste choisit d’introduire cet été sans fin avec des couleurs chaudes saturées dans une longue séquence de scintillements de soleil couchant sur l’océan. Pour accompagner ces images à l’esthétique frappante le groupe de rock instrumental The Sandals compose une partition surf rock portée par la réverbération psychédélique d’une guitare solo. Tout au long du film Bruce Brown commente les images avec force humour et calembours (plus ou moins drôles). Parfois même il joue les dialogues entre ses deux camarades et en Australie lorsqu’il rapporte les propos d’un local il imite son accent. Les premières projections du film aux Etats-Unis se sont déroulées de cette façon. Une fois le film monté, Hynson et Brown partent en tournée pour présenter le documentaire pendant l’été 1964. En l’absence de bande son Brown passe des disques de surf music et commente en direct ce qui se passe à l’écran.

Etonnamment la construction du film offre quelques flash-backs. Quand les vagues ne sont pas au rendez-vous, les deux jeunes héros se remémorent avec nostalgie les spots qu’ils connaissent bien en Californie et à Hawaï. Une occasion pour le réalisateur de faire un peu de pédagogie sur les techniques de surf, les risques, les vedettes de la vague… À l’époque du film le surf n’est encore qu’un style de vie qui deviendra plus tard un sport professionnel et une industrie. C’est ce que saisit Brown, sans le savoir, dans sa recherche individualiste d’hédonisme. Sénégal, Ghana, Nigéria, les commentaires condescendants à l’égard des populations locales sont désolants d’ignorance. Et puisque seul le surf compte, le régime d’Apartheid qui règne en Afrique du Sud est passé sous silence à l’exception d’une blague douteuse à propos des squales qui menacent les surfeurs à Durban "Marsouins et requins vivent encore séparés en Afrique du Sud". Après tout, pourquoi les surfeurs se comporteraient-ils mieux que la plupart des touristes ? Ici donc pas de politique… sauf à se souvenir qu’en 1963 la plupart des jeunes américains reçoivent leur ordre de mobilisation pour la Guerre du Vietnam !

Malgré l’accueil enthousiaste du public dans les séances itinérantes, en 1966 Brown n’a toujours pas de distributeurs. Il décide de gonfler le film en 35mm et de louer un cinéma à New York pour le projeter pendant 47 semaines. L’audace de Brown séduit quelques critiques qui soulignent dans la presse culturelle son courage, voire son inconscience, de s’engager dans une telle aventure. Enfin le film est lancé nationalement puis à l’international pour devenir un immense succès et une référence dans le monde du surf. Cette quête de deux "amis" à la poursuite de l’insatiable plaisir de la glisse forge une nouvelle notion : la vague parfaite. Entre buddy movie et road movie, ce film précurseur et fascinant fait figure d’incontournable, non seulement chez les surfeurs mais aussi pour les jeunes routards des années pop.+

Séances

ANCENIS • Cinéma Edem 3
Mar 10/11/20, 20:30

CAMPBON • Cinéma Victoria
Mar 11/05/21, 20:30

LA TURBALLE • Cinéma Atlantic
Lun 9/11/20, 20:45

LE POULIGUEN • Cinéma Pax
Mar 29/09/20, 21:00

SAINT-ÉTIENNE-DE-MONTLUC • Montluc Cinéma
Mar 25/05/21, 20:45

SAINT-MICHEL-CHEF-CHEF • Cinéma Saint-Michel
Lun 11/01/21, 20:30