Le Cinematographe
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FILMS DU PATRIMOINE • GRANDS CLASSIQUES

La Jeune fille à l'écho

d'Arūnas Žebriūnas



Lituanie, 1964,1h06, VOSTF
avec Lina Braknytė, Valeri Zoubarev

La Jeune fille à l'écho
Dernier jour de vacances pour Vika qui passe l’été chez son grand-père, un pêcheur vivant au bord de la plage. Les garçons de son âge ne sont pas très intéressants et la rejettent par principe. Elle rencontre alors Romas qui vient d’arriver dans la région et semble différent des autres…

Dans les années 1950 Arūnas Žebriūnas fait ses premiers pas dans le cinéma en Lituanie son pays d’origine, puis URSS oblige, séjourne à Moscou et travaille auprès du réalisateur Mikaïl Romm qui influença un grand nombre de cinéastes soviétiques. En 1964 lorsqu’il envisage de se lancer dans son troisième film il choisit un décor majestueux entre les montagnes du Kara Dag en Crimée et les rivages de la Mer Noire. Son héroïne sera une fillette d’une dizaine d’années qui semble vivre en fusion avec la nature aquatique et minérale. On le sait, dans un pays autoritaire, raconter des histoires d’enfants permet de déjouer la censure (L’Enfance d’Ivan de Tarkovski…) et Žebriūnas d’expliquer que là où le Parti voyait des films pour les enfants, lui réalisait des films avec les enfants et "toutes les exigences du parti se sont volatilisées".

Le film s’ouvre par un panoramique sur une baie calme encadrée par de hauts rochers. Le plan suivant la caméra est descendue sur la petite plage et Vika apparaît dans toute sa vitalité, elle court de la maison de son grand-père accrochée à la falaise vers la plage. La remarquable photographie de Jonas Gricius joue avec la lumière, le scintillement du soleil sur la mer, les nappes de brumes… le chef-opérateur s’empare de tout ce que lui offrent les éléments pour composer des images radieuses. Le scénario tisse comme on l’a rarement vu des connexions entre son histoire et le décor naturel. Vika, qui attend son père avec un mélange d’impatience et de déception, imagine un cadran solaire avec un rocher dont l’ombre se déplacera sur les horaires de bus qu’elle vient de tracer dans le sable. Car c’est la fin des vacances et le temps va bientôt reprendre son importance, elle recevra d’ailleurs une montre en cadeau de la part de son père. Fin de l’été, fin de l’enfance, fin de l’innocence ? Un cadeau qu’on ne peut s’empêcher de comparer à celui promis par le grand-père… le vent !

Vika est autant à son aise dans l’eau que dans la montagne dont elle connaît le secret. Elle nage comme un poisson, plonge, court, grimpe aux rochers. Elle promène aussi un cor accroché à son épaule, autre cadeau de son grand-père. La mélodie qu’elle tire de l’instrument, comme un dialogue qu’elle entretient avec la nature, devient vite une ritournelle qui reste en tête. Les quelques notes sont en fait interprétées en studio par un soliste, puis reprises dans une partition plus ample pour orchestre. A l’instrument rustique de Vika s’oppose le transistor que le chef de la bande des garçons arbore avec une certaine fierté. De l’objet symbole du modernisme s’échappent des notes de rock sur lesquelles se trémoussent les adolescents. Il faut dire que le son joue un rôle éminent dans le film comme le met en évidence le titre français (la traduction littérale du titre original est "Le Dernier jour des vacances"). Lorsque Vika joue avec l’écho provoqué par les montagnes, dont l’inquiétant Doigt du Diable, le cinéaste invente un procédé pour rendre l’effet en images. La caméra effectue plusieurs zooms brusques et consécutifs et opère des panoramiques rapides figurant le rebondissement des sons sur les rochers. Ainsi on comprendra plus tard que Romas ne réussit pas à trouver le point d’écho à la fois par le son et par l’image : l’absence de répercussions de ses cris sera redoublée par une image désespérément fixe. La bande son a connu deux phases de travail puisque le film a d’abord été tourné en russe pour une plus large diffusion puis doublé en lituanien.

Vika est libre, instinctive et solaire. Elle côtoie les dauphins, nage sous l’œil d’une mouette et de rochers aux formes humaines, s’émerveille devant les coquillages. Chez elle pas de calculs mesquins, elle fait confiance à celui qui lui promet son amitié. Non par des mots, mais en plongeant et restant sous l’eau 20 secondes. L’engagement du corps est plus solide que les mots, mais la jeune fille découvrira avec tristesse qu’une trahison est toujours possible.

Restauré en 2019 par le Centre du film Lituanien La Jeune fille à l’écho est un film lyrique et fascinant qui fait tournoyer le spectateur au rythme de la robe de Vika dont la danse annonce le film La Belle que Žebriūnas tournera en 1969. Il y reprend le personnage d’une fillette radieuse, vecteur de son regard acéré sur la société vacillante de l’époque.

Séances

ANCENIS • Cinéma Edem 3
Mar 15/12/20, 20:30

BOUGUENAIS • Cinéma Le Beaulieu
Mer 24/02/21, 20:00

CAMPBON • Cinéma Victoria
Mar 8/12/20, 20:30

DIVATTE-SUR-LOIRE • Cinéma Jacques Demy
Dim 4/04/21, 17:10

LA MONTAGNE • Cinéma Le Montagnard
Mar 2/02/21, 20:30

LA TURBALLE • Cinéma Atlantic
Jeu 22/10/20, 19:00 • Dim 25/10/20, 11:00

LE POULIGUEN • Cinéma Pax
Lun 26/10/20, 14:30

SAINT-MICHEL-CHEF-CHEF • Cinéma Saint-Michel
Lun 14/12/20, 20:30