Le Cinematographe
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FILMS DU PATRIMOINE • GRANDS CLASSIQUES

Mort à Venise

de Luchino Visconti



Italie-France, 1971, 2h11, VOSTF
avec Dirk Bogarde, Bjorn Andresen



Mort à Venise
1911. Un compositeur vieillissant et à la santé fragile, Gustav von Aeschenbach, se rend à Venise pour prendre du repos au Grand Hôtel des Bains. Il y croise Tadzo un jeune noble polonais dont la beauté le trouble et l’obsède. Pendant ce temps la ville est menacée par une épidémie de choléra que les autorités dissimulent pour ne pas voir fuir les touristes.

Quand il aborde la nouvelle de Thomas Mann Visconti s’est déjà éloigné depuis quelques années du néoréalisme dont il réalisa des œuvres majeures (Ossessione, 1942 ; La Terre tremble, 1948). En 1954 il tourne son premier long métrage en couleurs, Senso, et tout naturellement le "style Visconti", évolue ce qui n’est pas toujours du goût de la critique. On lui reprochera d’ailleurs d’être passé d’une ferveur marxiste à une œuvre plus conformiste conditionnée par sa culture aristocratique.

Mort à Venise, qu’il réalise à 65 ans, est le deuxième opus de la tétralogie allemande imaginée par le cinéaste (entre Les Damnés et Ludwig) et qu’il ne parviendra pas à achever. Le personnage de Gustav von Aeschenbach, écrivain dans la nouvelle, est devenu compositeur dans le film, comme une synthèse de l’auteur Mann et du musicien Mahler. Épris d’art pur et maîtrisé, Aeschenbach est un être tourmenté sans concession dans ses compositions ce qui lui vaut parfois les foudres du public. Autour de lui Visconti fait revivre un monde figé et finissant dans l’insouciance des drames à venir. Le souci du détail, de la justesse dans les costumes et les décors évoquant souvent des tableaux impressionnistes pourrait s’apparenter à une nouvelle forme de réalisme. Il y a du Proust dans ces personnages bienséants et respectables. De très longs panoramiques balaient les salons de l’Hôtel et la délicatesse des lieux est immédiatement figurée dans une ode aux sens : les senteurs qu’on imagine se dégager de magnifiques bouquets, la douceur des étoffes aux couleurs chatoyantes, les mets raffinés, le lyrisme de la musique… Franco Mannino a conçu la bande originale du film autour du splendide Adagietto de la "Symphonie n° 5" de Gustav Mahler et indéniablement l’omniprésence du thème ajoute à l’émotion.

Le film s’ouvre sur une image un peu sombre aux tons dorés, un ferry glisse à la surface de l’Adriatique, à son bord Aeschenbach. Il prendra une ensuite une gondole pour se rendre au Grand Hôtel des Bains sur l’îlot du Lido. Étonnante vision que ces pêcheurs à pied sur la lagune, captés par la caméra et non le regard las d’Aeschenbach qui ne s’intéresse guère à ce qui l’entoure. Ce n’est qu’après sa découverte de Tadzo qu’il pourra s’ouvrir à la beauté du littoral. La grâce de l’éphèbe l’entraîne dans une fascination troublante, incontrôlable et trompeuse. Le jeune homme incarne cette beauté statuaire et pure que l’artiste poursuit depuis toujours dans son œuvre. On le comprend par des flash-backs. Et s’il ne perd pas totalement pied, Gustav est vaincu par ses sens. Un sort annoncé par l’homme ridiculement fardé qui l’interpelle avec obscénité au début du film : Aeschenbach est voué à devenir à son tour un vieux beau grimé et grotesque. "C’est au dernier instant lorsqu’il n’est plus temps que naît en nous l’envie de méditer", déclare-t-il en comparant sa vie à un sablier. Il ne reste plus beaucoup de sable dans celui de Gustav et le choléra qui sévit, une autre métaphore de la décomposition, annonce la mort qui le guette.

Le chef opérateur Pasquale de Santis compose ici des cadres précis où les regards se croisent tout en sous-entendus. Il fait surgir les lignes horizontales qui séparent le ciel et la mer ou les verticales qui empêcheront toujours Gustav d’approcher davantage Tadzo. À de nombreuses reprises la fluidité des mouvements de caméra est brisée par une utilisation voyante du zoom qui perturbe le spectateur. La brutalité du geste dans un ensemble si harmonieux ne répond-elle pas à la volonté d’une mise à distance du personnage ? On le comprendrait face à un sujet aussi périlleux…

Séances

BOUGUENAIS • Cinéma Le Beaulieu
Mer 16/06/21, 20:00

CAMPBON • Cinéma Victoria
Mar 9/03/21, 20:30

DIVATTE-SUR-LOIRE • Cinéma Jacques Demy
Dim 21/02/21, 17:10

LA MONTAGNE • Cinéma Le Montagnard
Mar 4/05/21, 20:30

LA TURBALLE • Cinéma Atlantic
Lun 10/05/21, 20:45

LE CROISIC • Cinéma Le Hublot
Ven 15/01/21, 21:00

LE POULIGUEN • Cinéma Pax
Mar 2/02/21, 21:00

NANTES • Cinéma Bonne Garde
Lun 22/02/21, 20:30

SAINT-HERBLAIN • Cinéma Lutétia
Mer 3/02/21, 20:30

SAINTE-MARIE-SUR-MER • Cinéma Saint-Joseph
Jeu 18/02/21, 20:30

VERTOU • Ciné-Vaillant
Jeu 29/10/20, 20:00