Le Cinematographe
Le Cinématographe
Le Cinématographe, salle de cinéma à Nantes et Education à l'image

Archives 2001-2011

SHIRIN


de Abbas Kiarostami



PROGRAMMATION JUIN 2011

Iran, 2008, 1h34, VOSTF
avec Mahnaz Afshar, Niki Karimi, Juliette Binoche, Golshifteh Farahani

SHIRIN
Shirin est l'histoire d'un amour passionné et passionnant raconté par Nezami Ganjevi, poète iranien du 12ème siècle, et par Shirin elle-même, à une audience de plus de 110 actrices, dont 108 voilées. Une audience qui s'identifie avec l'héroïne du film qu'elle regarde. Une audience sujet mais aussi objet. Une audience pas tout à fait comme les autres, qui offre à ce film une narration essentiellement abstraite et sensuelle.

« Voilà un film comme vous n'en n'avez jamais vu. Un film miroir. Un film entièrement situé dans une salle de projection, où la caméra tourne le dos à l'écran. (...) Le film que regardent ces femmes s'appelle Shirin. Celui qui montre l'impact de Shirin sur le visage de ces spectatrices se nomme Shirin lui aussi. C'est toute l'astuce de Kiarostami, qui a tourné les deux, le visible et l'invisible.
(...) De cette tragédie, ne nous parvient que la bande sonore. À partir de ce que nous entendons, et ne voyons pas, à partir de l'effet, sur toutes ces femmes, d'images qui nous restent interdites, Kiarostami invite à imaginer, à dépasser le stade du simple consommateur pour nous comporter en créateurs. Ce choix constitue un double pied de nez à la République islamique : d'une part, la femme devient ici le personnage majeur d'un film, à la fois sur l'écran et dans la salle, où elle est largement majoritaire ; d'autre part, Kiarostami ignore délibérément le règlement qui impose en Iran des espaces séparés aux hommes et aux femmes dans les lieux publics. Ici, des mâles sont aperçus en arrière- plan, dans la pénombre.
(...) Kiarostami démontre que le cinéma fonctionne à la fois par la stimulation mentale du spectateur via des images et des sons, et une contagion d'émotions, échos sensoriels entre un personnage de l'écran et un spectateur (ici une spectatrice) ainsi qu'entre un spectateur et un autre spectateur. La beauté de Shirin sourd aussi de la communion, captée par Abbas Kiarostami, qui, le temps d'une messe en salle obscure, fait partager à des hommes et des femmes attention, sourires, perplexité, froncements de sourcils, crispations de mains, émois, effrois, tremblements, compassion, larmes. »
Jean-Luc Douin, Le Monde

« Ce qui intéresse Kiarostami, ce sont exclusivement les femmes. Elles constituent à elles toutes une sorte de portrait composite de Shirin. C’est aussi, d’une certaine manière, un manifeste politique. Une telle accumulation de visages féminins a quelque chose de subversif dans un pays aussi patriarcal que l’Iran. Mais ce qui nous intéresse le plus, c’est le mystère de ces regards, qui finissent par donner le vertige. Vertige de l’identité et de l’altérité, vertige du visage comme manifestation de la psyché. Manoel de Oliveira compare non sans justesse Shirin à Jeanne d’Arc de Dreyer. D’une certaine manière, Shirin est également un film muet, dont le sous-texte est produit par l’articulation de ces faces sublimes de femmes de tous âges. »
Vincent Ostria, Les Inrockuptibles

Séances

mercredi 15 juin à 21h
samedi 18 juin à 20h