Le Cinematographe
Le Cinématographe
Le Cinématographe, salle de cinéma à Nantes et Education à l'image

CYCLES ET RÉTROSPECTIVES

Rocco et ses frères (Rocco e i suoi fratelli)


de Luchino Visconti



RÉTROSPECTIVE LUCHINO VISCONTI • DÉCEMBRE 2015-JANVIER 2016

Rocco et ses frères (Rocco e i suoi fratelli)
Italie-France, 1960, 2h57, VOSTF
avec Renato Salvatori, Alain Delon, Annie Girardot
NUM • VERSION RESTAURÉE




Rosaria Parondi et quatre de ses cinq fils quittent l’Italie du Sud pour s’installer à Milan. Simone, l’un des fils, rencontre Nadia, une prostituée, et mène une vie de boxeur de quartier, espérant progresser pour lui offrir la vie dont elle rêve. Mais son frère Rocco va s’avérer être un boxeur plus talentueux, et entame une idylle avec Nadia. Ce film, un des plus notoires de Luchino
Visconti, emprunte le chemin de la tragédie grecque pour décrire les métamorphoses de l’Italie de la fin des années 50. À la charnière des débuts néo-réalistes puis des fresques historiques de Visconti, Rocco et ses frères laissait éclater le talent d’Alain Delon et Annie Girardot.

"De cette longue cérémonie de naissance et de sacrifice, Visconti fait un film d’une folle densité romanesque, où chaque scène est l’écho inversé de la précédente. Mais, si sa mise en scène est d’une maîtrise et d’une beauté impériales, il s’autorise aussi des expérimentations qui laissent pantois, comme la bagarre entre Salvatori et Hanin, éclairée par la seule lumière de l’écran de télévision." Frédéric Bonnaud, Les Inrockuptibles, 1995

Quand, au printemps 1958, il évoque pour la première fois le projet de Rocco et ses frères, avec sa scénariste attitrée, Suso Cecchi d’Amico, qui vient d’écrire pour lui Senso (1954) et Nuits blanches (1957), Luchino ­Visconti a une image en tête. C’est peut-être la première fois qu’une idée surgit ainsi chez lui, sans qu’il ait besoin au préalable de s’appuyer sur un roman ou sur les impulsions de sa scénariste. Le réalisateur italien voit une famille, avec une mère et ses cinq fils. Il faut qu’ils soient cinq et que le père, petit et insignifiant, soit absent. Ces fils doivent tout à leur mère imagine le metteur en scène. Leur modèle, c’est elle, et cette dernière les voit à travers le prisme déformant du rêve : forts, grands, magnifiques, invincibles.
Mais ce rêve se heurte à une réalité qui compose le fond historique, sociologique et politique de Rocco et ses frères, présenté cette année à Cannes dans sa version intégrale restaurée. Depuis 1955, en effet, la migration interne draine à Milan, la ville la plus industrielle ­d’Europe, les gens misérables de l’Italie du Sud : Calabre, Sicile, Pouilles, et Lucanie (actuelle Basilicate), cette partie du pays situé à ­l’extrême sud de la botte italienne d’où sont ori­ginaires Rocco Parondi et sa famille.
Inspiré par le livre "Le Christ s’est arrêté à Eboli", de Carlo Levi, et la ­description d’une Lucanie rongée par la misère, la faim et la maladie, Rocco et ses frères doit aussi beaucoup à l’œuvre du poète et romancier italien Rocco ­Scotellaro, dont le personnage principal porte le prénom. L'auteur, expliquera le metteur en scène, est un "de ses prophètes désarmés en lesquels je crois". Aux yeux du réalisateur, issu de la haute aristocratie milanaise, devenu après le libération compagnon de route du Parti communiste italien, jamais son pays n'a été aussi divisé que durant ces années du miracle économique où les préjugés des Italiens du Nord étaient si forts à l'égard de leur compatriotes méridionaux. "Avec Rocco et ses frères, j'ai voulu écouter la voix profonde qui vient de la réalité méridionale, assure-t-il. Celle d'une civilisation et d'une humanité maintenues par le Nord dans un état d'infériorité, d'isolement moral et spirituel fondé sur le privilège." Samuel Blumenfeld, Le Monde

- - samedi 2/01 20:45 - - dimanche 10/01 20:00 - - jeudi 14/01 20:30

Présentation du film par Laurence Schifano